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Pour un front commun contre le chlordécone

Raphaël CONFIANT
Pour un front commun contre le chlordécone

   Ce mercredi 07 février, MARTINIQUE-ECOLOGIE tenait une conférence de presse à l’hôtel L’IMPERATRICE, à Fort-de-France, au cours de laquelle R. CONFIANT, L. BOUTRIN et le Dr J. de THORE ont exposé la position de leur parti (membre du GRAN SANBLE POU BA PEYI-A AN CHANS) sur la grave affaire du chlordécone qui resurgit ces jours-ci. Ci-après l’intervention de R. CONFIANT…

 

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   Au moment d'ouvrir la présente conférence de presse me revient une image, des images plutôt, en 2007, qui, avec le recul, me paraissent tout à la fois pathétiques et tragiques : celles de revendeuses des marchés de Fort-de-France défilant dans les rues en conspuant les noms de Boutrin et Confiant qui cherchaient à "leur enlever le pain de la bouche". Hâtivement rassemblées dans une association appelée "MACHANN FOYAL" par la municipalité dirigée alors par Serge Letchimy, elles ont été utilisées pour tenter de nous discréditer. Exactement comme l'a fait au même moment le président de la chambre d'agriculture, Louis BERTOME, qui avait déclaré que nous cherchions à ruiner l'économie bananière et donc à mettre au chômage quelques 8.000 ouvriers agricoles. Exactement comme cette élue du Conseil régional alors dirigé par le PPM, élue en charge du tourisme, qui déclarera que nous avions "mis en danger l'image touristique de la Martinique". Sans même parler des haussements d'épaule de ces messieurs de l'ARS de l'époque qui, aujourd'hui, tentent de nous faire accroire qu'il y a onze ans, ils avaient pris la mesure de la gravité du problème.

 

   Je rappelle cela pour dire que c'est en 2007, c'est il y a 11 ans donc, que nous aurions dû faire bloc, "faire peuple" comme certains aiment à dire, pour prendre à bras le corps cette catastrophe écologique, sanitaire et économique qui était la conséquence directe de notre irresponsabilité. Catastrophe écologique parce que près de 20.000 hectares de terres agricoles, la plupart de nos cours d'eau, une bonne partie de nos nappes phréatiques et de nos rivages ont été pollués pour au moins les 150 ans à venir si jamais la science ne trouve pas un moyen d'y remédier. Catastrophe sanitaire parce que, comme le montre par exemple, le Registre du cancer, on assiste d'année en année à une explosion de toutes sortes de cancers, certains rares comme celui du myélome ou devenus si courant comme celui de la prostate que la Martinique en est devenue la championne du monde. Tiens, depuis 2013, ce Registre a disparu de la circulation comme par enchantement. Cancers donc, mais aussi développement des maladies d'Alzheimer, de Parkinson et des maladies congénitales. Sans même parler les attaques sur nos enfants, tous ces petites filles qui arrivent à la puberté des années avant l’âge normal. Catastrophe économique parce que le chlordécone a tué tout un secteur très prometteur, celui de l'aquaculture et a mis en grave danger des zones de pêche entières comme celle qui va du Macouba au Vauclin.

 

   C'est tout cela que Louis Boutrin et moi avions expliqué dans notre ouvrage « CHRONIQUE D'UN EMPOISONNEMENT ANNONCE » paru en février 2007 et aussitôt cloué au pilori ou alors considéré avec mépris par presque tout ce que ce pays compte d'hommes politiques, de présidents d'organismes divers et variés et même de certains journalistes. Nous avons donc perdu 11 ans, 11 longues années ! Et je voudrais rendre ici hommage à un précurseur, un autodidacte de génie, feu Pierre Davidas qui, au sein de l'Assaupamar, fut l'un des premiers, sinon le premier à soulever la question de l'empoisonnement de notre pays par les pesticides. Car il n'y a pas que le chlordécone ! Il y a le DDT, le perchlordécone, le paraquat etc..., bref tout un bombardement chimique qui s'est abattu sur notre île à compter du milieu du siècle dernier. 

   Prenant notre bâton de pèlerin, Boutrin et moi avions organisé une conférence de presse dans l'enceinte même de l'Assemblée nationale, à Paris, toujours en 2007, appuyés ce jour-là par les députés écologistes français Corinne Lepage (ex-ministre de l’Ecologie) et Alain Lipietz. Tous les grands médias étaient présents et dans les semaines qui suivirent, ils répercutèrent l'information : "Les Antilles empoisonnées !" pour reprendre le titre de couverture du « Nouvel Observateur ». Revenus au pays, à la veille du Jeudi saint, nous avons rassemblé près de 300 personnes à l'Atrium et avons créé l'ANC (Association Non au Chlordécone) qui anima une série de Forum-Débat à travers tout le pays.  Car, face à cet empoisonnement de toute une population, il fallait une prise de conscience collective à la hauteur de la gravité de la situation.

 

Sur le plan judiciaire, des organisations écologiques guadeloupéennes ainsi que l’Assaupamar et Pour une Ecologie-Urbaine en Martinique porteront plainte pour mise en danger d’autrui et administration de substance dangereuse.

 

Enfin, ne nous arrêtant pas là, toujours en 2007, en septembre 2007 plus précisément, BOUTRIN et moi avions publié un deuxième ouvrage intitulé "CHLORDECONE : 12 MESURES POUR SORTIR DE LA CRISE". Car s'il est bien de dénoncer ce que nous avions fait dans notre premier ouvrage__, il est tout aussi bien de faire des propositions concrètes. Or, quel accueil a-t-il été fait à ce deuxième ouvrage ? Le même ! Mais sous une forme différente cette fois : le premier avait été moqué ou dénoncé ; le second sera recouvert par une chape de silence.

   Mais, l'Etat français, lui, n'y a pas été indifférent car dans le tout premier "Plan Chlordécone" qu'il mettra en place, avec 33 millions d'euros à la clé, il reprendra pas moins de 9 de nos 12 propositions ! N'est-il donc pas paradoxal qu'alors que les nôtres, que des Martiniquais s'employaient à nous descendre, le pouvoir souvent dit "colonial", commençait, lui, à prendre l'exacte mesure du problème et à agir.

 

    Je ne saurais terminer mon propos sans faire part de mon indignation à la lecture d'un texte sur l'empoisonnement de notre pays écrit par quelqu'un du corps médical et nous accusant BOUTRIN et moi, d'avoir soulevé cette question pour des raisons électoralistes en 2007 et qu'une fois arrivés au pouvoir en 2015, nous n'avons rien fait pour tenter de solutionner ladite question. Ce texte est tout simplement ignoble ! Ignoble parce que c'était d'abord et avant tout aux personnes du secteur médical martiniquais, confrontées à l'explosion des différentes maladies dont j'ai déjà parlées, de monter au créneau contre le chlordécone. Il a fallu que le Professeur Belpomme, Français de France, vienne porter la bonne parole ici pour que nos soignants commencent à se réveiller.

   Et je ne parle même pas de cet article d’un président d’association de marins-pêcheurs bien connu à l’époque qui, avec sa femme, tenait le haut du pavé médiatique, article paru dans « France-ANTILLES » dans lequel BOUTRIN et moi étions accusés de « vouloir faire de l’argent facile ». Comme si, en Martinique, on pouvait s’enrichir grâce à la publication d’un livre !!!

 

   Et puis, faut-il rappeler que notre livre n’était que le prolongement de notre engagement militant de toujours. Durant plus d’un an et demi, dans la plus totale discrétion, nous avons mené notre enquête, nos investigations et recherches sur ce sujet sensible de contamination. Au final un ouvrage de 240 pages qui visait à briser le silence fait autour de cet empoisonnement massif par les parties concernées. Alors, ramener un tel investissement à des considérations bassement électoralistes au seul motif que Boutrin avait eu un mandat de Conseiller régional, relève de la pure démagogie.

 

Quant à moi, je ne suis pas un politicien, mais un simple militant politique qui ne cherche à être élu nulle part. Je le répète : cette accusation venant d'un médecin est ignoble.

 

   Enfin, pour terminer, se posera l'inévitable question : que faire ?

Ma réponse sera nette et claire : ne pas laisser ceux qui, il y a onze ans, n'ont jamais pris la mesure du problème, qui se sont même permis de discréditer les écologistes, ne pas laisser ces opportunistes venir nous dire aujourd'hui ce qu'il fait faire. Car désormais, on n'attend plus que les Békés pour dénoncer l'utilisation du chlordécone. Nous disons STOP A CETTE MASCARADE et nous en appelons à la création d'un "Front Anti-Chlordécone" qui sera mené par tous ceux, toutes les personnes, toutes les organisations, qui depuis deux décennies déjà se battent sur le terrain. Il faudra faire taire les divergences ou les oppositions et mettre toutes nos forces en commun car il s'agit non pas seulement d'obliger l'Etat à cesser son zwel-séré, son jeu de cache-cache, mais à demander des comptes à tous ceux qui ont participé à l'empoisonnement de notre pays. Il s'agira d'exiger que les ouvriers agricoles soient dédommagés et pris en charge médicalement ; que les petits agriculteurs reçoivent des aides de reconversion ; que les importateurs du chlordécone soient mis devant leurs responsabilités de même que tous ces parlementaires qui d'une année sur l'autre demandaient à ce que l'utilisation du pesticide soit prorogée. 

 

  Sans un front commun d’abord des écologistes, rien de tout cela ne pourra advenir !

 

   Je vous remercie...

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