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POUR UNE INFORMATION JUSTE ET RESPECTUEUSE DU PEUPLE MARTINIQUAIS

Qu’avons nous fait au « Bon Dieu » pour mériter une telle punition ? Phrase prononcée souvent quand le sort semble s’acharner sur nous. Nous pourrions nous poser la même question quand nous voyons le spectacle que nous imposent nos valeureux journalistes.

Pâles imitations de leurs mentors de France et d’ailleurs, ils nous infligent leurs émissions débiles, leurs articles superficiels, leurs spécialistes tout aussi lamentables qu’eux… toujours, il est vrai avec le sourire.

Prenons la Une de « Fwansmanti » [[France-Antilles trouve son origine dans le lancement, en 1964 et 1965, de deux quotidiens éponymes (France-Antilles Martinique et France-Antilles Guadeloupe) par l’éditeur Robert Hersant, avec l’appui de la Société nationale des entreprises de presse (SNEP), un organisme d’Etat chargé à la Libération de redistribuer les biens de presse confisqués à ceux qui avaient collaboré avec l’occupant allemand puis d’aider, après les « indépendances », à la création de titres dans le cadre de la coopération en Afrique. Cette création, relatée par le magnat de la presse qui avait l’habitude de passer ses vacances d’hiver à la Guadeloupe, est symptomatique des liens entretenus avec le pouvoir politique de métropole : « je me suis trouvé en face de tous les parlementaires de l’île, du général qui commande la région, de l’ensemble du Conseil général (à une réception chez le préfet). J’ai été traité et chouchouté, plusieurs punchs servis et, à la fin du repas, le préfet m’a dit : ‘alors Monsieur Hersant, quand faites-vous un journal aux Antilles ? ’ J’ai répondu :‘Demain! ’ » (LE GROUPE FRANCE-ANTILLES - DE LA VOIX DE LA FRANCE A L’EXPRESSION DE L’OUTRE-MER par Gilles KRAEMER citant le journal Libération du 22 avril 1996)]] des 23-24 juin. Les trois titres les plus importants : «{{ Tué à 16 ans pour une bicyclette », « Il se promène avec deux pistolets chargés », « Viols et agressions en série aux assises »,}} les autres titres concernent les divertissements sans oublier une place conséquente pour la pub !

Ainsi donc, « Fransmanti » qui n’a guère évolué depuis sa création par le nazillon Hersant-père reproduit les mêmes clichés depuis 40 ans. Nous Martiniquais sommes ou bien violents ou bien des grands enfants qui ne savent que s’amuser. Faites donc l’expérience, prenez vos ciseaux et enlever la pub, les divertissements, que reste t-il ? RIEN. Une chose peut-être, le courrier des lecteurs !

Pâles imitations de leurs confrères d’ailleurs, disions-nous. Comme eux, ils organisent des soirées électorales. Comme eux, ils dépêchent dans les communes leurs journalistes à l’affût de résultats qui ne viennent pas, de déclarations des uns et des autres qui ne savent pas plus qu’eux. Mais là où la-bas ils ont des estimations sorties des urnes, ici ils n’ont rien. Nos sondeurs n’ont pas encore cette compétence, semble t-il. Les spécialistes qui les accompagnent nous assomment avec leurs analyses d’une remarquable perspicacité. Il faut meubler. Ainsi, un de nos politologues demande la parole car pour une commune, il y a 10% de participation en plus. Que croyez-vous qu’il dise ? « Et bien on verra comment cela va se traduire dans les urnes ». On a beau être professeur à l’UAG, on n’est pas nécessairement une lumière !

Et ça continue pendant deux heures. Ils nous infligent des chiffres approximatifs alors qu’il suffit d’attendre un peu pour faire une émission de haute tenue avec les vrais chiffres. Ainsi on a pu voir, au soir du premier tour Mme Conconne devoir rectifier les chiffres d’un éminent journaliste qui mettait M. Cayol devant. Au deuxième tour, il vrai que ce même journaliste brillait encore en rétorquant à M. Laventure que M. Karam était au deuxième tour en Guyane. Bien sûr on peut se tromper mais quand même !!!

Fidèles imitateurs, ils sont le même mépris pour les « petits » et la même allégeance pour les « grands ». Quand M. Boutrin ose remettre en cause le traitement de l’information au sujet de la zone franche par nos grands professionnels, ils s’offusquent. « Nous ne vous permettons pas M. Boutrin ! » disent en cœur le couple d’animateurs de la soirée mais ils se gardent bien d’apporter la moindre {zizing} de preuve pour démentir M. Boutrin.

Courageux, fins limiers comme là bas, ils nous imposent leurs micro-trottoirs en guise de sondage et d’analyse. On ne pourra pas leur reprocher de n’être pas sur le terrain. Et comment donc ?

Quand les travailleurs mènent une grève, ils auront tôt fait d’offrir leur micro aux patrons et donner la parole aux gens qui pensent que les grévistes sont des empêcheurs de tourner en rond voire des terroristes qui prennent les usagers en otage. Pourquoi les gens sont-ils en grève ? En toute impartialité, on le saura… quelque fois.

Voyons les chiffres qu’ils nous donnent du nombre de manifestants. C’est la traditionnelle phrase avec les chiffres de la Police et les chiffres des syndicats. Où sont leurs chiffres ? Comme si ils ne savaient pas compter ! Un scientifique sérieux est capable de compter un vol d’oiseaux migrateurs mais nos valeureux journalistes impartiaux ont du mal à compter une manifestation qui défile pendant deux heures en Ville.

Le PKLS sort un communiqué sur les fonds publics dilapidés au profit des Békés dans l’affaire Socomor. Non seulement ils ignorent le dit communiqué mais ils gardent un silence pesant sur l’affaire. N’importe quel journaliste sérieux et responsable aurait fait sa propre enquête et nous aurait-dit « sa » vérité. Mais silence, difficile de manger à la table des élus et d’enquêter sur leurs agissements.

Il en est de même avec le livre de Boutrin-Confiant « Chronique d’un empoisonnement annoncé ». Le sujet est suffisamment grave pour que des journalistes qui se respectent fassent un vrai travail d’investigation et nous informent correctement la-dessus. On peut admettre qu’ils ne disent mot du livre en question qui par ailleurs est un succès de librairie, pourquoi pas ? Mais quand ils essaient de jeter l’opprobre sur ce travail tout à fait sérieux et remarquable, on se dit qu’ils dépassent les bornes une fois de plus.

Ont-il interrogé les ouvriers, la douane, les Békés, les petits planteurs, les syndicats, les médecins, les infirmières ? Ont-ils lu les rapports de scientifiques ? Sont-ils allés aux USA pour comprendre pourquoi le Chlordécone a été interdit depuis 1976.

Non, rien de tout cela.

Ils préfèrent donner la parole à un Bertome, un neg-an-ba-grenn-bétjé ou à un préfet qui se contrefout complètement de la Martinique. D’ailleurs il vient de rejoindre la France gardant de la Martinique le bon souvenir du Tour des Yoles. Ces deux individus, loin d’étayer leurs propos par des faits, vont accuser les auteurs de mettre en danger l’agriculture dite martiniquaise. Que les étalages des grandes et petites surfaces soient remplis de produits importés de France ou d’ailleurs qui concurrencent directement nos productions, ils se taisent. Et ne compter pas sur nos vaillants journalistes pour leur poser la question.
Il a fallu que l’association PUMA invite un professeur français à ses frais pour que la presse dite locale nous dise ce qu’en pense un « spécialiste ». Des écrits qu’on peut vérifier et critiquer ne comptent pas. Il est vrai que ce sont des Martiniquais qui les ont produits. Ces hommes là n’ont pas les faveurs des dominants. Ce n’est pas possible que des Martiniquais puissent écrire des choses sérieuses sur des sujets graves.

Comme leurs mentors des pays dominants, ils participent à la gigantesque campagne de désinformation sur le Venezuela. Quand en France, le CSA ne renouvelle pas la concession pour Tropic FM, c’est le jeu normal de la démocratie. Quand c’est l’état vénézuélien qui fait la même chose pour la télé RCTV pour ses seules émissions hertzienne, on crie à la dictature. On omet de dire que RCTV peut continuer à émettre par câble et par satellite. On oublie de dire que RCTV a participé à tous les mauvais coups contre le président élu démocratiquement du Venezuela. On occulte le fait que la quasi-totalité des médias est aux mains de l’opposition et que RCTV a déjà été sanctionnée plusieurs fois pour non respect du cahier des charges y compris avant l’arrivée d’Hugo Chavez. Belle exemple d’impartialité n’est-ce pas ?

Et cette réunion du conseil municipal du Lamentin, où les élus ont voté sans coup férir une subvention pour prendre en charge les frais du journaliste qui les accompagnait lors d’un voyage à Cuba. Et vous pensez que ce journaliste ne va pas cirer les pompes de M. Samot ?

Les revues de presse et autres débats télévisuels sont du même acabit. Ils restent entre eux : journalistes et spécialistes en tous genres, politologues, économiste et sociologues patentés.

Et ce fameux Kanal Lokal bien de chez nous où c’est le petit frère qui ira couvrir le procès du grand frère. Pourquoi se gêner avec des konpè et des makoumè qui pensent et qui font comme eux ? Surtout quand un journaliste-écrivain prolifique-directeur d’hebdomadaire-grand défenseur des békés- vient nous noyer par la profondeur abyssale de ses analyses. Drôle de télé où on impose aux journalistes de terminer leur JT par la phrase empruntée aux gendarmes du monde « Que Dieu protège le Martinique ». Quelle indépendance d’esprit ! Quelle liberté de ton !

Et pourtant, quand ils veulent, ils savent mobiliser… surtout quand ça rapporte de l’argent à leurs donneurs d’ordre et surtout quand ça ne remet pas en cause le système. Il n’y a qu’à voir comment ils ont su manipuler les gens pour leur faire participer à la débile « Cyril mania ». Pour couillonner les gens en martelant matin-midi-soir qu’en bon Martiniquais – brusquement on n’est plus français -, il faut voter « Cyrille », ils ont été brillants. Brillants pour pomper le fric de nos compatriotes et remplir leurs poches et ceux de leurs maîtres. Il est vrai qu’il n’est pas rare de voir certains de nos valeureux journalistes animer les supermarchés et autres foires. C’est sans doute cela qu’on appelle les émissions de proximité. Mais quand il s’agit de mobiliser les gens sur les problèmes réels, alors ils sont aux abonnés absents. Dans les écoles de journalistes on apprend sans doute la vente plutôt que l’analyse.

La petite bourgeoisie martiniquaise, qui se distrait dans les clubs services tout en se donnant bonne conscience, a trouvé dans ces journalistes bonimenteurs de fidèles alliés. Il est vrai q’ un de leur maître à penser, Patrik Lelay, patron de TF1, avoue tranquillement :

{{"{ Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...)} }}

Punition divine croyez-vous ? Non en réalité. Nous avons bien mérité ces médias volontairement débiles car ce sont simplement des instruments aux services de leurs propriétaires, donc des dominants. Ils sont là pour rendre nos cerveaux disponibles pour les vendeurs de produits importés. Ils ont transformé leurs journaux en support publicitaire.

Pour ce qui est de la responsabilité des journalistes, c’est une autre affaire.

Par notre passivité, notre silence devant leur médiocrité, nous leur avons fait croire qu’ils pouvaient tout se permettre, en toute impunité. En acceptant qu’ils viennent dans nos réunions filmer pendant des heures pour ne montrer que deux minutes de la manifestation parce qu’ils n’ont rien d’autre en stock, en acceptant de répondre à leurs questions débiles, on les autorise de facto à être de mauvais professionnels. Alors laissons ces messieurs-dames à leur « ronron à l’eau froide », comme disait Depestre. Laissons les donc à leur suffisance et essayons de construire des médias alternatifs. Il faut boycotter cette presse, ne pas répondre à leurs interviews, les laisser entre eux et pourquoi pas, ne pas acheter ces journaux, grands défenseurs du libéralisme et de la réconciliation avec des gens qui se foutent de leur pays. Il ne faut surtout pas croire qu’on peut réveiller leur conscience endormie et qu’on peut profiter d’eux. Ce serait se nourrir d’illusions car ils ont clairement choisi leur camp. Quand ils daigneront laisser passer une parole rebelle, elle sera immédiatement noyée par le flot des paroles de bien pensants. Oui, il faut éviter ces allées remplies de lumières aveuglantes. Il y a d’autres voies possibles pour une information juste et respectueuse. C’est un chemin étroit et difficile qu’il nous faut emprunter résolument.

_ Pierre PAPAYA
_ Militant du PKLS