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Pour une Martinique débarrassée de la corruption en 2018

Raphaël CONFIANT
Pour une Martinique débarrassée de la corruption en 2018

   Puisque la période des vœux est imminente, que souhaiter pour notre petit pays, la Martinique ? Celui qu'Aimé CESAIRE qualifiait affectueusement de "plus petit canton de l'univers". Plus petit canton qui, en effet, n'apparaît même pas sur les mappemondes mais qui est plus connu internationalement que le Turkménistan, le Laos, la Lettonie, le Honduras, la Biélorussie, le Bhoutan, la Moldavie, etc... lesquels couvrent pourtant des dizaines de milliers de kilomètres-carré et sont peuplés de millions d'habitants.

   Moins poétiquement que CESAIRE, plus abruptement, la langue créole déclare : "Matnik piti, mé kaka'y gwo". Autrement dit "La Martinique est petite, mais ses crottes sont grosses". Ce qui signifie en clair que malgré notre taille lilliputienne et notre population microscopique, nous avons de réelles potentialités que d'ailleurs savent déjà exploiter depuis longtemps des pays à la superficie et à la taille comparables aux nôtres : Barbade, l'île Maurice, les Seychelles, Singapour, Fidji et bien d'autres. Pays dépourvus, tout comme nous, de pétrole, de gaz, de fer, de manganèse, d'uranium ou de cuivre.

   En effet, le PIB de ces pays est supérieur à celui de contrées pourtant gâtées par la nature en richesses pétrolières, gazières ou minières : Congo, Nigéria, Algérie, Venezuela etc...Il n'existe pas de "boat-people" barbadiens et i n'y a aucun "migrant" mauricien ou seychellois qui risque de se noyer en Méditerranée. Or, notre tendance, à nous Martiniquais, est de toujours comparer ce qui n'est pas comparable et, pour prendre un exemple concret, de ne regarder que Cuba et jamais la Barbade (sauf pour de courts séjours enfermés dans un hôtel de luxe). Or, pas moins de 1.000kms (mille, oui !) séparent La Havane à l'ouest de Santiago à l'est contre seulement 800 entre Paris et Marseille. Il est donc curieux que nous nous précipitions aux funérailles de Fidel CASTRO, certes homme vertical entre tous, mais nous soyons totalement absent des commémorations du 50è anniversaire de l'indépendance de Barbade en 2016 et encore absent à celles du 51è en 2017 !!!

   Il convient donc de réformer notre regard.

   Barbade ou l'île Maurice ont mille fois plus à nous apprendre que Cuba en matière de développement économique pour la raison toute simple qu'ils sont des territoires micro-insulaires tout comme nous. Nous avons, modestement, beaucoup à apprendre de ces pays au lieu de jouer aux Koweïtiens-sans-pétrole avec nos subventions franco-européennes, nos 40% de sursalaire et nos allocations de toutes sortes. Certes, nos Békés et patrons, nos fonctionnaires et nos masses populaires en tirent un bénéfice réel qu'il serait malhonnête de nier, mais la question, la vraie question est la suivante : jusqu'à quand ce système de transfusion financière va-t-il durer ? Ou, plus exactement, peut-il durer ? Car à un moment ou un autre, quand un malade est transfusé, il faut le débrancher...

   Si nous avions la certitude ou la garantie que ce qui n'est autre qu'une aberration économique durera jusqu'à vitam aeternam, pourquoi pas ? Mais à moins d'être complètement bouché, chacun sait qu'aucun système n'est éternel, surtout lorsqu'il est artificiel, surtout lorsqu'il ne repose sur rien comme c'est notre cas. Un jour ou l'autre, il se délitera ! Comprenons-nous bien : nous ne disons pas qu'il "s'effondrera", ce qui suppose une chute brutale et rapide, mais qu'il "se délitera" c'est-à-dire qu'il se détachera petit à petit en morceaux sur une certaine période de temps jusqu'à ce que l'ensemble se retrouve par terre. Certes, notre génération actuelle ne vivra pas ce "par terre", mais avons-nous le droit de grever ainsi le devenir de nos enfants cet petits-enfants ?

   Tôt ou tard, la Martinique sera soit amenée à assumer seule son destin soit sommée de le faire.

   Et ce jour-là, elle ne pourra plus compter sur cette économie de comptoir qui fait sa pseudo-richesse actuelle. Il n'y à qu'à regarder Puerto-Rico ! Pendant des décennies, nos chers économistes et politologues nous ont seriné que "Puerto-Rico a, certes, le niveau de vie le plus élevé de la Caraïbe, mais la Martinique et la Guadeloupe viennent juste après". Aujourd'hui, notre grande sœur hispanophone du Nord, pourtant territoire étasunien, est en...faillite. Et ce n'est pas du tout la faute du cyclone IRMA lequel n'a fait qu'aggraver les choses ! D'ailleurs, le président TRUMP n'a rien fait pour venir en aide aux Portoricains qui, c'est vrai, ne votent pas pour l'élection du président des Etats-Unis. Oui, mais quand même ! Puerto-Rico n'est pas un pays indépendant et il est sous la tutelle des USA depuis...1898.

   Eh bien, ce qui arrive à Puerto-Rico et à son économie artificielle, c'est ce qui nous pend au nez !

   Nous avons donc quelques sérieuses leçons à tirer du désastre portoricain. Là aussi, en tant que territoire sous tutelle comme nous, il a plus à nous apprendre que Cuba ou le Venezuela qui, eux, sont des pays indépendants. Mais, de même qu'aucun indépendantiste-nationaliste-souverainiste martiniquais ne s'intéresse à Barbade, Puerto-Rico les indiffère complètement. Sauf pour la salsa.  Qu'on ne s'y méprenne pas : nous n'avons rien contre les régimes cubain et vénézuélien et leur lutte contre l'impérialisme étasunien est tout à fait admirable. Leur volonté aussi de bâtir des sociétés plus justes, plus égalitaires. Ce que nous disons c'est que CONCRETEMENT, la minuscule Martinique ne peut tirer aucune leçon, emprunter aucune recette, imiter aucun modèle émanant de pays indépendants qui ont des dizaines de milliers de kilomètres-carré et plusieurs millions d'habitants.

   Cela tombe sous le sens.

 

LECON DES PAYS DU SUD

 

   Ou plus exactement, si nous avions une leçon, une seule à tirer, des pays de l'ex-Tiers-Monde, des Pays du sud comme l'on dit aujourd'hui, indépendamment de leur taille et de leur population, c'est celle-ci : la corruption des décideurs et des élites en général est la cause principale de l'échec de ces pays. Echec à tous les niveaux ! Economique, social, culturel, écologique etc...Deux exemples parmi, hélas, mille :

 

    . la Gauche recule partout en Amérique du Sud et un millionnaire de Droite vient d'être élu président du Chili. Oui, mais à qui la faute ? Nos chers doctrinaires s'empresseront de répondre en chœur : "A l'impérialisme étasunien !". Certes, mais ils omettent toujours de dénoncer les premiers coupables à savoir les élites corrompues. LULA et Dilma ROUSSEF au Brésil, Cristina KIRCHNER en Argentine, nombre de barons du chavisme au Venezuela etc. ne sont pas tout blancs. Loin de là ! Leurs régimes ont fait souvent d'excellentes choses pour améliorer le sort de leurs peuples, cela est indéniable, mais dans le même temps, des petits malins, des voyous, des corrompus, des mafieux, ont contribué à miner lesdits régimes en se comportant en impérialistes de l'intérieur. Et donc en complices objectifs de l'impérialisme extérieur. Et les dirigeants "de gauche", "anti-impérialistes" ou "bolivariens" n'ont rien fait pour les stopper !

 

   . le Zimbabwe où, après la chute de Robert MUGABE, le nouveau régime a commencé à redistribuer les terres aux fermiers...blancs. Autrement dit aux anciens Békés !!! MUGABE, tout comme BOUMEDIENNE en Algérie une décennie avant lui, avait nationalisé les terres des anciens colons pour les redistribuer à des natifs, à des autochtones. Mais dans les deux cas___Algérie comme Zimbabwe__cela s'est transformé en un véritable désastre. Cela signifie-t-il qu'Arabes et Noirs seraient des incompétents, des incapables ? Aucunement ! Simplement, les néo-fermiers indigènes n'étaient que des profiteurs et des mafieux. Au moins, les anciens colons parvenaient-ils à produire, certes en semi-esclavagisant leurs employés indigènes, alors que les nouveaux colons, auréolés de leurs galons de soldats de la lutte de libération nationale, ont ruiné ces fermes tout en continuant à semi-esclavagiser les mêmes employés !!! Nelson MANDELA, que certains afrocentristes délirants qualifient aujourd'hui de "traitre à la cause noire", avait vu juste. Quand on se rend compte du nombre de prédateurs noirs qui gouvernent l'Afrique du sud actuelle, force est de reconnaître qu'il a eu raison de ne pas imiter BOUMEDIENNE et MUGABE.

 

ET NOUS ?

 

   Notre Martinique, pays encore sous-tutelle, pas encore indépendant, a donc des leçons à tirer, d'abord et avant tout, des pays à superficie et population comparables aux siennes et dans un second temps, des pays du Sud en général. Or, elle n'est même pas encore souveraine que la corruption y règne déjà en maître ! Quelques exemples en allant du plus récent au plus ancien :

 

   . Scandale de l'ANH (Agence Nationale de l'Habitat) : un fonctionnaire de cette agence chargé d'examiner les dossiers des propriétaires de maisons ou d'appartements désireux d'obtenir des aides financières pour les rénover, aides octroyées à la condition expresse que ceux-ci acceptent de louer leur bien pendant une période de 9 ans, a mis en place tout un système de pompage des aides en question. Tantôt il faisait passer le dossier d'untel ou untel en réclamant un pot-de-vin au passage, tantôt il exigeait des entreprises chargées des rénovations "une tite monnaie sous la table", tantôt aucune réparation n'était effectuée, mais la subvention versée était répartie entre certains propriétaires de logement et lui etc...Tout un système mafieux donc avec à sa tête ce fonctionnaire et autour des propriétaires malhonnêtes et des entrepreneurs en bâtiment tout aussi malhonnêtes. Comme quoi un seul individu, comme un vers dans un fruit, peut pourrir tout un ensemble de gens que rien ne prédisposait a priori à se livrer à des activités illégales. Sans compter que sa femme et sa maîtresse en bénéficiaient aussi au vu des gros chèques qu'il versait régulièrement à ces dames lesquelles ont été...relaxées. Ben, oui, elles ne pouvaient quand même pas savoir d'où provenait tout cet argent (interdit de rire ! )...

 

   . Scandale d'ODYSSI, société de distribution d'eau : 2,5 millions d'euros de...pompés (c'est bien le terme qui convient) dans les caisses de cette société de distribution d'eau bien connue. Là encore, des fonctionnaires biens placés, et surtout biens sous tous rapports, qui, jouant de leur position, se sont amusés des années durant à gonfler artificiellement leurs revenus pourtant pas modeste du tout. Chose qui n'a pu être possible que grâce à tout un réseau de complicités tant internes qu'externes...

 

   . Scandale du trafic de cocaïne et de cannabis sur le port de Fort-de-France : 14 individus arrêtés dernièrement parmi lesquels 6 employés du port qui avaient monté tout un réseau de drogue en provenance de la Caraïbe (pour le cannabis) et de l'Amérique du sud (pour la cocaïne). Leur méthode n'avait rien d'original : elle s'appuie très banalement sur le fait que dans tous les ports de la planète, le nombre des containers est beaucoup trop important pour que les douaniers puissent les contrôler tous. Alors ces derniers en sont réduits à faire des contrôles aléatoires qui parfois permettent de découvrir des paquets de cocaïne enfouis sous des couches pour bébé ou des pains de cannabis dissimulés sous des boites de conserve ou caisses des bouteilles de vin. Mais le plus souvent, ces contrôles ne permettent pas d'endiguer le trafic de drogue, seulement de lui porter des coups de temps à autre. C'est ce qui s'est passé sur le port de Fort-de-France. Là encore, les individus impliqués menaient grand train, s'offrant de grosses cylindrées et maîtresses chouchoutées...  

 

   . Scandale du CEREGMIA, pseudo-groupe de recherches en économie à l'Université des Antilles : il semblerait que cette affaire, qui a défrayé la chronique durant les quatre dernières années, arrivera enfin devant la justice pénale en 2018, mais ce n'est qu'une vague rumeur des nombreux couloirs que compte le Palais de justice de Fort-de-France et rien ne dit que ces universitaires mafieux, qui ont détourné 14 millions d'euros de subventions européennes au détriment de notre université, ne continueront pas à se la couler douce. Pour l'heure, ils demeurent inculpés pour "détournements de fonds en bande organisé au détriment de l'Union européenne".Excusez du peu ! Là, on est loin du braquage de supérette au Gros-Morne ou à Macouba. On n'est pas très loin d'Al Capone...

 

   . Scandale du CREDIT MARTINIQUAIS : c'est le plus ancien système mafieux martiniquais, du moins au XXe siècle, et il continue au XXIè puisque, deux décennies après la faillite de cette banque, des Martiniquais de couleur, aux revenus moyens ou modestes, qui y disposaient d'un compte, viennent de recevoir (oui, en 2017 !) des injonctions d'huissier exigeant d'eux qu'ils remboursent les 6.000 francs (1.000 euros) qu'ils avaient de découvert au moment de ladite faillite. Or, ceux qui ont ruiné la banque, des Békés qui s'octroyaient des prêts de plusieurs millions à taux zéro, par exemple, que souvent ils ne prenaient même pas la peine de rembourser, ont eu le temps de mourir de leur belle mort dans leur lit tellement la justice a été peu empressée à les traîner à la barre du tribunal. Et maintenant, ce sont les titulaires de comptes, certains fonctionnaires, d'autres smicards qui sont sommés de rembourser quand les féodaux et les compradores qui ont pompé des millions n'ont, eux, presque jamais été inquiétés !!!

 

   Ces tristes exemples, ces exemples affligeants, ne sont, malheureusement, que les plus visibles. Ceux aussi auxquels la police et la justice ont tenté de s'attaquer, mais avec, il faut dire, un succès très mitigé. Mais ils en cachent d'autres, certes de moindre importance, mais qui, lentement et sûrement, gangrènent notre société martiniquaise laquelle au Jour J, au jour de son inéluctable indépendance, risque fort de sombrer comme l'Algérie ou le Zimbabwe.  C'est pourquoi il convient de lutter dès maintenant et avec la plus ferme détermination contre toute forme de corruption de la plus petite à la plus grosse. Comment, par exemple, est-il possible qu'une institution comme l'ex-Conseil régional puisse se permettre d'attribuer une prime de 1.100 euros mensuels au DGS d'un organisme qui dépend de lui, cela à moins d'une semaine de la passation de pouvoir avec la nouvelle majorité sortie des urnes ? Comment un organisme dépendant de ce même Conseil régional puisse se permettre de régler une facture de 750.000 euros pour des œuvres d'art (ou censées l'être) alors que l'art n'entre pas dans les missions dudit organisme d'une part et que d'autre part, les "artistes" en question sont loin d'être internationalement cotés ?  Comment une université peut-elle envisager sereinement la réintégration des mafieux qui l'ont pillée alors que la justice pénale, lente comme chacun sait, est en train d'instruire l'affaire, l'enquête policière étant, elle, bouclée et les preuves mises à jour ? Etc...etc...

   Or, que constatons-nous ?

   Un silence global, total, sur les affaires de corruption de la part des politiques de tous bords, des syndicats marxisants pour la plupart et défenseurs des "masses exploitées",  des journalistes chargés d'informer Monsieur-tout-le-monde, des intellectuels pourtant censés dénoncer les dérives du corps social. Complicité objective ? Peur des forces occultes, peur de la franc-maçonnerie, peur de la puissance békée, peur du pouvoir français (pourtant qualifié de "colonial" à tout bout de champ) ? Il est vrai que les très rares personnes qui osent affronter nos mafias locales le paient très cher. L'ancienne et très courageuse présidente de notre université en sait quelque chose. On le paye toujours au prix fort ! Et pire : c'est celui ou celle qui cherche à nettoyer les écuries d'Augias qui est regardé (e) de travers, critiqué (e), insulté (e) même parfois et traité (e) de "fouteur ou fouteuse de merde".

   Alors, que répondre à la question du début de cet article ? Peut-on souhaiter une "Martinique débarrassée de la corruption" pour cette nouvelle année 2018 ? Soyons réalistes ! Le terme "débarrasser" est impropre. L'être humain est un matérialiste-né et quand on posait la question à l'ancien président de l'Uruguay, Pepe MUJICA, de savoir pourquoi les masses populaires latino-américaines avaient de plus en plus tendance à voter à droite, il répondait mi-ironique mi-amer : "Parce que maintenant tout le monde possède un IPhone !". C'est donc "endiguer" qui convient et non "se débarrasser". Mais qui peut endiguer la corruption, quel que soit le pays, sinon la police, chargée d'enquêter sur les trafics de tous ordres, et surtout la justice, chargée de sanctionner les auteurs de ces mêmes trafics. Et si ces institutions d'état ne font pas leur travail, qui peut les y contraindre ?

   Vous et moi, pardi ! Les citoyens et citoyennes...

Commentaires

Véyative | 26/12/2017 - 05:24 :
Analyse douloureusement exacte et réaliste. J'ajouterais qu'il faut éduquer également pour tenter de "corriger" le cerveau de ceux qui ont des réactions approbatrices devant la corruption, et qui en plus jettent l'anathème sur les incorruptibles.
Cyril Charpentier | 27/12/2017 - 23:52 :
"éduquer pour corriger le cerveau" :sous d'autres régimes ça s'appelle "rééduquer".C'est ce que vous voulez?
Cyril Charpentier | 27/12/2017 - 23:44 :
Quand les maires font bétonner des centaines d'hectares de terres agricoles ,comme récemment au Saint-Esprit ou à St-Joseph ,il ne faut pas s'étonner s'ils sont muets ,comme l'ensemble de la classe politique devant les scandales de corruption.
Cyril Charpentier | 27/12/2017 - 23:50 :
Tout à fait d'accord avec cet article pour dénoncer nos "indépendantistes" qui prennent exemple sur des pays n'ayant aucune caractéristique commune avec la Martinique (en ressources ,population,,ou superficie ) comme si l'application du catéchisme marxiste qui a multiplié ses ravages de par le monde pouvait suffire à remplir les ventres.

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