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POURQUOI LES BEKES NE REPRENDRONT PAS "FRANCE-ANTILLES"

POURQUOI LES BEKES NE REPRENDRONT PAS "FRANCE-ANTILLES"

   Créé à l'instigation, dit-on, du Général DE GAULLE, il y a un peu plus d'un demi-siècle, le quotidien "FRANCE-ANTILLES" connaît de graves difficultés financières et cherche un repreneur.

   Déjà son édition-papier en Guyane à savoir FRANCE-GUYANE est vouée à disparaître et seul le site-Internet du journal continuera à fonctionner. Pareil destin menace les éditions de Martinique et de Guadeloupe, ce qui priverait ces deux îles de journal quotidien, situation à comparer avec celle de la Barbade, par exemple, et ses seulement 250.000 habitants qui en comporte pourtant deux. Ce monopole cinquantenaire de ce que certains appellent "le journal d'HERSANT" et d'autres "FRANCE-MANTI" (appellation au demeurant injuste car la qualité rédactionnelle s'est non seulement améliorée ces dernières années, mais les colonnes du journal se sont ouvertes à toutes les tendances politiques au point de devenir le principal canal de certains nationalistes et surtout trotskystes), ce monopole donc découle directement de la politique de ses...annonceurs.

   En effet, quel que soit le pays du monde capitaliste, la presse-papier, qu'elle soit quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, vit principalement des annonces publicitaires même si en France, des aides sont prévues pour lui venir en aide. Or, qui sont les principaux annonceurs dans nos pays sinon les Békés ? On constate que ces derniers pendant des décennies ont abreuvé FRANCE-ANTILLES et FRANCE-GUYANE de publicité parce que ces organes de presse faisaient le job comme on dit c'est-à-dire diffusaient à doses journalières l'idéologie départementaliste, assimilationniste et pro-attachement à la Mère-patrie. Et c'est vrai que le journal d'HERSANT a fait le job ! Mieux : les quelques tentatives de création d'un autre quotidien, cela par des Martiniquais de couleur, se sont heurtées au refus des Békés de leur confier la moindre annonce publicitaire, transformant du coup France-Antilles en une sorte de Pravda tropicale. Anti-communistes viscéraux, nos Békés se sont pourtant satisfaits depuis plus d'un demi-siècle d'un seul et unique quotidien !!!

   Et puis l'Internet vint ! Et, dans la foulée, le désintérêt progressif des nouvelles générations pour l'écrit. Voir un jeune de 25-30 ans avec un FRANCE-ANTILLES sous le bras dans les rues de Fort-de-France ou de Pointe-à-Pitre relève de la science-fiction. Même pas sur les campus de ces deux îles d'ailleurs ! Du coup, il commença de plus en plus à être perçu comme un journal de vieux malgré les progrès remarquables__rayi chien mé di dan'y blan !__du journal tant au niveau rédactionnel qu'iconographique et, comme déjà souligné, sa plus grande ouverture idéologique. Depuis une bonne dizaine d'années, FRANCE-ANTILLES est quasiment du même niveau que les grands quotidiens régionaux de l'HEXAGONE tels que OUEST-FRANCE ou LA DEPECHE DU MIDI. Nettement mieux en tout cas que bon nombre de feuilles de choux de province !

   Oui, mais l'Internet est là qui domine désormais presque sans partage et même les grands quotidiens mondiaux ont été obligés d'inventer un nouveau modèle économique pour ne pas disparaître. Tous disposent d'une édition en ligne payante qui a permis de les renflouer et même parfois de redonner un certain élan à la version-papier du journal. FRANCE-ANTILLES a également son édition en ligne sauf que la petitesse du marché et le fait que les jeunes générations sont encore moins enclines à lire que celles qui les ont précédées constituent des obstacles rédhibitoires. Pour les jeune Antillais et même pour les moins de 50 ans, l'Internet c'est d'abord et avant tout Facebook, Instagram, Snapchat, Twitter etc...et non l'abonnement en ligne à un journal.

     La presse-papier est-elle alors condamnée dans nos pays ? JUSTICE, organe du Parti Communiste Martiniquais et presque centenaire (ce qui en fait le plus ancien journal de toute la Caraïbe) et l'hebdomadaire ANTILLA, quadragénaire lui, sont les arbres qui cachent la forêt. Ou plutôt le désert. Le premier est tenu et soutenu par un parti politique ; le second tient grâce à la ténacité de ses dirigeants ainsi qu'à sa grande qualité rédactionnelle et iconographique. Oui, mais pour combien de temps encore ? Il n'y a plus guère que les "Annonces légales" pour les maintenir à flot car de publicité, JUSTICE n'en fait pas, idéologie oblige, et ANTILLA n'est jamais parvenu à obtenir des principaux annonceurs de la place un volume publicitaire suffisant qui aurait pu lui permettre d'envisager l'avenir en toute sérénité.

   On en revient donc, quelle soit la façon avec laquelle on scrute le problème, à la question des annonceurs et forcément des Békés. Vont-ils faire un geste ? Investir dans l'entreprise FRANCE-ANTILLES comme le font les grands capitalistes dans la presse de l'Hexagone ? Ou au contraire vont-ils laisser le journal mourir de sa belle mort ? Il y a gros à parier qu'ils n'y miseront pas un seul euro en bons compradores qu'ils sont, habitués au profits à la fois rapides et conséquents que leur assure cette économie de comptoir qui sévit dans nos pays. Après tout, ils n'ont plus besoin du FRANCE-ANTILLES de qualité d'aujourd'hui puisque le FRANCE-MANTI médiocre d'autrefois a fait et bien fait le job. Ils commencent déjà à infiltrer les sites-Internet d'autant que le e-commerce ou commerce en ligne (pourtant dénoncé dans...FRANCE-ANTILLES par l'un d'eux il y a quelques semaines) est très probablement la voie prometteuse du business en Outremer.     

   La perspective selon laquelle les deux pays disposant du plus haut niveau de vie de la Caraïbe (Guadeloupe et Martinique) deviennent très bientôt les seuls à ne pas avoir de journal quotidien ne relève pas, elle, de la science-fiction. Après tout, cela ne chagrinera que les plus de 50 ans...

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