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Poème écrit le 8 mai, pour nos mémoires et histoires solidaires

Puisqu’il y a tant de chaînes, je me refuse…

Khal Torabully
Puisqu’il y a tant de chaînes, je me refuse…

Je me refuse d’ignorer la déveine de l’ombre

Devenue poids de ma sinistre rengaine. Si tu fus

Esclave et moi engagé ou coolie de mille décombres

Je ne pourrais me célébrer entier si je suis perdu ou confus

Dans la haine ou l’indifférence de ta mémoire enchaînée.

L’holocauste des mémoires est à l’envers de ma parole

S’entretuer dans l’indifférence est une mine, un pactole

L’instant appartient aux langues que l’oubli désole

Je gémis de mille morts avant d’être jeté par-dessus bord

J’ai damné l’arabesque de nos morts en signant la pétition des échines brisées

Mais il pleuvait du matin au soir dans l’océan des indes au parapet des caraïbes

Moins sereine est la balle dans l’aine

Mais sur nos rivages un paon sauvage est syncope

Et brasier des noms maléfiques d’opium ou de sucre

Je refuse de me libérer sans ce nouveau pacte fraternel

A toutes les dates nos chairs vont réussir à braver l’interdit

Comme toi je fume des méditerranées dans le cratère des mers

Ma montagne est l’abat-jour des mornes et des ghats

Je ne suis ni l’horizontal des chaînes ni la verticale des contrats vérolés

L’oubli de partager notre douleur est le dernier convoi des chairs tristes

Je suis l’esclave, de très près, de toute ma scène primitive,

Je suis le coolie, l’engagé de nos servilités,

Si je reste à bord c’est parce que je suis à la solde des nouvelles fraternités.


© Khal Torabully, 8 mai 2018

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Photos F.Palli

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