Quand ils déclaraient la banane bio impossible...

Quand ils déclaraient la banane bio impossible...

   Injonction a donc d'être faite par l'AGENCE BIO, au dernier Salon de l'Agriculture de Paris, aux producteurs de banane antillais (Martinique et Guadeloupe) d'ôter leur slogan publicitaire "Bio plus que bio" car il ne correspondrait pas à la réalité. Aussitôt, Eric de LUCY, le président de l'UGPBAN (Union des Groupements des Producteurs de Banane Antillaise), est monté au créneau pour dénoncer une mesure injuste, le même De LUCY qui déclarait il n'y a pas si longtemps, en Martinique et dans le quotidien "FRANCE-ANTILLES" (cf. article d'archives ci-après), qu'en milieu tropical, l'agriculture ne peut fonctionner sans pesticides !!! Ce qui est évidemment faux puisqu'un planteur du Lorrain, au quartier Morne Capot, BLONDEL DE LAROUGERY y arrive depuis de nombreuses années.

   Alors qui se moque de qui dans tout cela ?...

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Eric de Lucy, président de l'Union des groupements de producteurs de banane de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN) : « Il n'existe pas d'agriculture tropicale sans pesticides »

Demain, au tribunal administratif, se tiendra l'audience concernant les 2e et 3e arrêtés autorisant l'épandage aérien de pesticides sur les bananeraies. Par ailleurs, le préfet a signé un quatrième arrêté (voir nos différentes éditions de la semaine dernière). C'est l'avenir de la filière banane, mais aussi des autres, qui se jouent autour de cette problématique récurrente et légitime de l'utilisation des pesticides.

En début de semaine, à Paris, s'est tenue la réunion Ecophyto Dom, le plan de réduction de l'utilisation des pesticides. Pourriez-vous en parler ?
Quand Ecophyto Dom a été mis en place, l'objectif était de diminuer les volumes de pesticides et de mieux utiliser ces derniers. C'est une bonne chose. Notre filière a diminué de 75% l'utilisation de pesticides en 10 ans. Seulement, aujourd'hui, l'agriculture continentale française dispose encore de trois quarts des matières actives (pesticides, NDLR) dont elle a besoin, alors que les pesticides disponibles pour l'agriculture ultramarine ne couvrent que 20% de ses besoins.
Pour quelle raison ?
Nous sommes sur des terres européennes mais en climat tropical humide. À Bruxelles, l'Europe pense agriculture et climat continentaux. L'hiver permet d'éliminer de nombreux insectes et champignons. La problématique tropicale n'a pas été prise en compte.
N'y a-t-il pas aussi un désintérêt des firmes ?
Oui, pour les petits marchés que nous sommes. Et aussi un désintérêt des administrations françaises et européennes.
Sur ce débat, êtes-vous en adéquation avec les autres filières ?
Pendant longtemps, l'organisation de notre agriculture ne nous permettait pas d'avoir une vue globale de la situation. Nous avons commencé à le faire lorsque nous avons mis en place les instituts techniques tropicaux dans les Dom en 2010. En Martinique, il s'agit de l'IT2. La filière ananas n'a plus les moyens de subsister (c'est-à-dire plus assez de pesticides pour lutter contre les maladies, NDLR). Comme le melon ou l'igname. Depuis deux ans, la canne est en grande difficulté car elle n'a plus d'herbicide. Je suis consterné par cette passivité du gouvernement face à l'hypothèse de la disparition de la banane et de la canne. Il faut se battre mais encore faut-il avoir envie de le faire. C'est ce que nous attendons de nos ministres de l'Agriculture et de l'Outre-mer.
La filière banane a déclaré qu'elle souhaitait parvenir au « Zéro pesticide » . N'était-ce que de la communication ou l'envisagiez-vous sérieusement ?
Je crains que nous nous soyons bercés d'illusions. Nous avons fait un travail formidable avec le plan Banane durable, un modèle d'ambition et de réussite. Dans ce domaine, les producteurs n'ont de leçon à recevoir de personne. Mais il semble impossible d'arriver aujourd'hui au Zéro pesticide. Quelle que soit la culture, au-delà de quelques pour cents. Nous pensions y arriver en faisant appel à des pesticides biologiques. Seulement la recherche et la mise au point vont moins vite que ce que l'on pensait. Et les firmes qui produisent de pesticides biologiques ne les adaptent pas à de petits marchés comme les nôtres.
« Tout le monde sait que si cette maladie n'est pas maîtrisée, les plantations meurent. »
Ces produits sont aussi soumis à autorisation de mise sur le marché.
Oui, un pesticide biologique est un pesticide.
Sur l'épandage aérien, que pensez-vous de la prise du dernier arrêté par le préfet ?
Les producteurs de bananes sont confrontés à un défi unique qu'ils essaient de relever : combattre la cercosporiose noire sans traitement aérien. Nous sommes la seule production de bananes au monde privée de ce moyen aérien. La cercosporiose se développe à une rapidité considérable. Les moyens de lutte doivent être rapides et globaux. Je salue sans réserve la décision prise par le préfet de reconduire, même de façon ponctuelle, le traitement aérien.
Quelle est la situation en Guadeloupe ?
En Guadeloupe, l'État a fait appel de la décision de justice, devant la cour d'appel de Bordeaux. La date d'audience n'est toujours pas fixée. De ce fait, l'État n'est plus en situation d'émettre un arrêté.
À la dernière audience, au tribunal administratif, il a longuement été discuté des chiffres qui ne seraient pas présentés par les planteurs, comme les pertes sur les plantations dues à la cercosporiose.
S'il y a encore des gens qui pensent que l'on peut faire de la banane sans maîtriser la cercosporiose noire, ils n'ont qu'à aller voir l'état des plantations de Sainte-Lucie et Saint-Vincent. Tout le monde sait que si cette maladie n'est pas maîtrisée, les plantations meurent.
Comprenez-vous quand même les gens qui sont contre l'épandage aérien ? Ceux qui n'en veulent plus, pour différentes raisons ?
En toute objectivité et sans démagogie, je comprends qu'une partie de la population s'interroge sur la nécessité de maintenir ce type de traitement et, par déduction, sur l'utilité de maintenir la banane.
Toute solution qui mettrait fin définitivement à l'épandage aérien serait une bonne solution. Mais quand je globalise toutes les menaces qui pèsent sur l'ensemble des filières, je me dis qu'il faut faire comprendre à chaque Martiniquais, Guadeloupéens, Réunionnais ou Guyanais que, s'il veut continuer à voir une agriculture fonctionner dans sa région, il doit prendre en compte la nécessité de faire appel à des produits phytosanitaires. Beaucoup de nos élus ont un discours écologique (vis-à-vis de la population, cela ne coûte pas cher) et pro-caribéens. Ne savent-ils pas que les îles de la Caraïbe autorisent des produits pratiquement tous interdits chez nous ? L'exemple le plus frappant est l'huile Banole, interdite l'année dernière : les bananes bio de la République dominicaine sont produites avec cette huile épandue par voie aérienne. Je n'ai entendu personne dire que le gouvernement de la République dominicaine était composé de criminels qui en voulaient à leur population!
Il parait que la filière ne voulait pas être au salon de l'Agriculture...
Au final, notre stand a été très apprécié et le salon a été un très beau salon. Mais les producteurs ont hésité car ils vivent mal les critiques nombreuses et les contraintes environnementales inapplicables alors qu'ils ont le sentiment d'avoir fait des efforts considérables, de bien travailler, de s'être bien organisés.
Avez-vous l'impression d'être soutenus par les élus ?
Je n'ai pas le sentiment que nous soyons excessivement soutenus. Toutefois, nous pensons que le président de Région est un homme responsable : il sait que des milliers d'emplois sont en jeu, que ce n'est pas avec des mots que l'on fait de l'économie. Aujourd'hui, qui peut nous présenter un plan de reconversion qui réemploierait les 10.000 salariés (Martinique et Guadeloupe, NDLR) de la banane ? Pour moins de 1000 emplois en métropole, le président lui-même mouille sa chemise.
En termes d'avenir justement, qu'en est-il de la révision du POSEI ?
Elle concerne l'ensemble des régions ultrapériphériques de l'Europe. Actuellement, il est question de reconduire l'enveloppe au niveau actuel avec de nouveaux besoins et de nouveaux entrants, comme Mayotte. Le gouvernement français a un combat à mener avec Bruxelles. Encore faut-il le mener avec la conviction nécessaire. L'ambiance qui règne dans les ministères est d'aller prendre l'argent dans les enveloppes des autres.
En l'occurrence la banane ?
Oui, il est de bon ton de dire que la banane dispose de moyens importants. On oublie que la banane était une activité au bord du dépôt de bilan, il y a quelques années.
Elle s'est redressée de façon spectaculaire mais aujourd'hui, les producteurs sont confrontés à des difficultés, comme la cercosporiose.
Les filières se rejoignent sur le traitement phytosanitaire mais, pour le POSEI, n'êtes-vous pas en rivalité ?
Je ne peux pas répondre pour tout le monde mais je ne traite pas le dossier de cette façon-là. Les dirigeants des différentes filières agricoles savent que les uns ont besoin des autres. Personne, de bon sens, ne peut imaginer que l'on remplacera les nombreux emplois de la banane par quelque chose d'autre. Par contre, à Paris, il n'y a pas une prise en compte intelligente et globale de la problématique agricole de l'Outre-mer. La connaissance de M. Le Foll sur l'Outre-mer est réduite, puisqu'il n'y a jamais mis les pieds.