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Quand l'Etat français se voit contraint de protéger nos terres agricoles et nos zones boisées...

Quand l'Etat français se voit contraint de protéger nos terres agricoles et nos zones boisées...

   La Martinique ne se trouve pas au Pôle Sud mais on a l'impression parfois, souvent, trop souvent même, d'y marcher sur la tête.

   En effet, sur ce minuscule territoire "gwo kon an tet zépeng" comme dit le créole, ce "petit rien ellipsoïdal" comme aimait à dire le Père de la Négritude, existe une engeance à qui le suffrage universel du Papa Blanc a donné la grosse tête : les maires. Ils sont 34 sur un territoire qui en toute logique n'aurait dû en compter, au grand maximum, que 10. D'aucuns argueront que cela n'a rien d'anormal car ce sont les anciennes paroisses de la colonie qui ont fini par devenir des communes ou des villes. Ouais...Sauf que rien n'empêche de s'adapter à de nouvelles réalités au fil du temps. Ainsi le Québec, par exemple, a-t-il supprimé 59 municipalités au tournant des années 2000

   Mais bon, comme notre chère île tropicale fait partie de la "doulce" France des 36.000 communes (curiosité unique en Europe), il ne faut pas rêver d'une réforme à ce niveau et donc faire avec. Faire avec nos roitelets à écharpe bleu-blanc-rouge et leurs délires. Le principal d'entre ce dernier étant ce qu'ils appellent, la bouche en cul de poule, "le développement de ma commune". Exemple : je fais saisir des terres appartenant à une distillerie pour cause d'utilité publique et j'y fais installer des HLM. Quand on m'interroge, je réponds :

  "Ces terres à canne n'amènent que de rats alors que les logements, c'est plus d'habitants pour ma commune et plus d'impôts locaux !"

   Ouais...

  On pourrait, hélas, multiplier les exemples de "développement économique" concoctés par nos maires et leurs équipes. Tous se résument à ceci : plus de HLM ou de villas, plus de routes, plus de ronds-points, plus de stations-service, plus de centres commerciaux. Surtout plus de centres commerciaux ! Dans un pays doté d'une certaine superficie cela n'aurait pas prêté à conséquence, mais dans un pays minuscule comme le nôtre, ce sont les terres agricoles, les zones boisées et les mangroves qui en prennent plein la figure. Nous perdons déjà 1.500 hectares de terres agricoles chaque année et les premiers responsables de ce désastre, de ce crime contre les générations futures même, sont nos chers porteurs d'écharpes bleu-blanc-rouge. Ben oui, les permis de construire sont délivrés par les maires, pas par l'Etat !

   Il existe cependant un garde-fou : le PLU (Plan Local d'Urbanisme). Chaque commune est tenu d'en présenter un et il doit être validé par la Collectivité et par l'Etat. Comme beaucoup de premiers adjoints au maire ou de deuxièmes adjoints sont membres de la Collectivité, le vrai, le dernier, le tout dernier garde-fou reste...L'Etat. Hé oui, l'Etat français. Le bon vieil Etat colonial vilipendé, décrié, voué aux gémonies matin, midi et soir par tout ce que cette île compte d'âmes autonomistes, nationalistes, indépendantistes, souverainistes, noiristes etc...C'est un comble, n'est-ce pas ?

   Bref...Ces jours-ci, ledit Etat a ainsi carrément rejeté le PLU d'une commune du sud de notre île, lui enjoignant de remettre en zones boisées des espaces qu'elle comptait déclasser et dénonçant le fait qu'elle consomme "trop d'espace agricole". C'est donc le Papa Blanc qui nous dit : "Arrêtez un peu, les gars, vous êtes en train de bousiller irréversiblement votre minuscule pays !".

   La honte !...

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