Accueil

Quand nos brillants analystes et journalistes martiniquais découvrent "la schizophrénie" de l'île aux fleurs

Quand nos brillants analystes et journalistes martiniquais découvrent "la schizophrénie" de l'île aux fleurs

   A écouter certains "brillants" analystes et journalistes locaux, on aurait assisté à quelque chose d'effarant ces derniers jours dans l'île aux fleurs fanées à savoir l'enthousiasme délirant des Martiniquais pour "Les Bleus", l'équipe de France de football qui vient de remporter la Coupe du monde en Russie.

  Pensez donc, s'exclame l'un d'eux, trois salles de Madiana étaient remplies de supporters qui se sont mis debout et ont entonné "La Marseillaise" au début de chaque match des "Bleus". Plus stupéfiant encore était que des gamins de 14-15 ans connaissaient toutes les paroles de l'hymne national français. Un autre analyste a relevé la multitude de drapeaux bleu-blanc-rouge accrochés aux maisons, parfois dans des campagnes reculées, et sur les voitures. Les concerts de klaxon chaque fois que l'équipe de France marquait un but et les "vidé" quasi-carnavalesques lorsque leurs favoris ont battu une équipe croate pourtant techniquement supérieure.

   Du coup, nos brillants analystes, avec des trémolos dans la voix, se sont demandés s'il ne fallait pas que les indépendantistes martiniquais se posent des questions, s'ils n'auraient pas échoué dans leurs efforts de conscientisation du peuple, si ce dernier ne serait pas par hasard un peu schizophrène et bla-bla-bla. Notons au passage que nos chers journalistes oublient les autonomistes car s'il est vrai qu'une fois au pouvoir, nos indépendantistes ne font pas avancer l'indépendantisme d'un millimètre, il en va exactement de même des autonomistes qui, lorsqu'ils sont placés dans la même position, ne font pas avancer l'autonomisme d'un millimètre.

   Or, s'il y a schizophrénie, elle ne date pas de juillet 2018, mais...de 1848 c'est-à-dire de l'Abolition de l'esclavage.

   D'un côté : rejet de la langue créole, du tambour, de la couleur noire, participation à toutes les guerres coloniales de la France de la conquête du Mexique en 1862 à l'Opération Barkhane au Mali en 2016 en passant par les deux guerres mondiales, la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie, vote de la loi d'Assimilation en 1946 par des partisans de la Négritude, rejet de la consultation sur l'Article 74 ("une poussière d'autonomie") par plus de 70% des votants etc...etc...

   D'un autre côté : détestation permanente du Béké et critique tous azimuts du "Métro", survalorisation des racines africaines, culte du bèlè, gwo-ka, reggae et des locks, protestation contre le fait que toutes les administrations soient dirigées par des Hexagonaux de la justice à la Poste, du Rectorat aux Douanes, noirisme et panafricanisme hautement affichés etc...etc...

   S'il y avait deux camps bien définis c'est-à-dire des partisans de l'un et l'autre côté, il n'y aurait rien de particulier ni de bizarre à la situation martiniquaise. Le problème__et c'est là qu'on est en droit de parler de schizophrénie__ces deux côtés se retrouvent souvent chez le même individu. La même personne qui va brailler qu'il y a trop de "Métros" en Martinique va clamer sa joie dans les rues avec un drapeau bleu-blanc-rouge pour fêter la victoire des "Bleus" au Mondial !!! Le même individu qui va régulièrement protester contre l'éventuelle suppression des 40% de sursalaire des fonctionnaires va exiger que la Martinique ait son propre drapeau lors des compétitions sportives dans la Caraïbe !!! La même famille qui va se saigner à blanc pour envoyer ses enfants étudier en France alors que ces derniers auraient très bien pu le faire sur le campus de Schoelcher va s'élever contre la part trop faible réservée à l'histoire et à la culture antillaises dans l'enseignement aux Antilles !!!

   Bref, on pourrait donner cent exemples, mille exemples de ce type de contradictions.

   Rien de nouveau sous le soleil. Cela date de 1848 et a simplement pris des formes diverses et variées selon les moments historiques, c'est tout...

   (Au fait, Edouard GLISSANT parlait, dès 1981, dans "Le Discours antillais, de "colonisation réussie". Il y a presque quarante ans donc.)...

Pages