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RENCONTRE AVEC MAME AWA LY FALL SALL, PRESIDENTE DE L’ASSOCIATION DES ETUDIANTS SENEGALAIS

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ENTRETIEN DU WEEK-END- Son nom a fait le tour de l’Empire du Milieu.

Du Guangdong au Heilongjiang ou encore de l’Urumqi à Nanjing, en passant par Beijing et Wuhan, il n’y a pas un étudiant sénégalais qui ne connaisse l’acronyme MALF, comprenez Mame Awa Ly Fall. La présidente de l’AESC fait partie de ces personnes qui ont le sens de l’auto-sacrifice pour la communauté. En effet, Il n’est pas rare d’entendre les étudiants tenir des propos élogieux à son égard, faisant allusion à sa promptitude et son pragmatisme à diligenter les problèmes des étudiants quels qu’ils soient. A la rencontre de cette <<mère thérèsa=»»>>, ce qui frappe de prime abord est cette chaleur humaine se reflétant sur un visage radieux, auréolé d’un sourire enjôleur que ne dépare nullement son diastème inférieur, le tout dans une aisance à communiquer et une élégance dans l’accoutrement soigné. Traits de caractère sans doute ataviques pour cette ressortissante de Ngumba Gueewul, bourg du Sénégal à cheval entre un ndiambour pastoral et un cayor agricole, terreau fertile, témoin de fructueux métissages historiques, de cohabitation confrérique harmonieuse et écrin pour l’éclosion d’illustres prodiges comme le grand savant Seydi Alioune Ba. Interview réalisée par Alhassane Diop

 

Pouvez-vous revenir sur la genèse de l’association des étudiants sénégalais de Chine?

L’association des étudiants sénégalais de Chine a été créée en 2005-2006 par les premières promotions d’étudiants venus de Taïwan après les ruptures diplomatiques avec ce dernier. L’objectif principal de l’association est d’améliorer les conditions de vie et d’études des étudiants sénégalais en territoire chinois. Par ailleurs, nous pensons raffermir les liens de solidarité entre  ses membres et promouvoir des activités socio-culturelles.

Quelles ont été vos réalisations jusqu’ici?

Nous venons de terminer notre première année de mandat. Notre programme pour cette année tournait autour des points suivants: La création d’une base de données des étudiants ainsi qu’une sorte de manuel des compétences de l’expertise sénégalaise fruit de la coopération  chinoise (une base de données à projets), la création d’un journal mensuel et l’organisation de la rencontre annuelle pendant la fête nationale d’indépendance.

Ces objectifs ont-ils été atteints?

Malheureusement nous sommes toujours en stade de réalisation. La ligne éditoriale a été  remplacée par la rédaction d’un guide de l’étudiant pour les nouveaux. Malgré les défis d’ordre   structurel et fonctionnel, nous avons réussi à résoudre les problèmes socio-pédagogiques de certains étudiants avec l’appui de l’ambassade du Sénégal à Pékin. Nous avons tenu notre  programme de la rencontre annuelle organisée cette année à wuhan du 3 au 6 avril. L’ambassade, le SGEE et l’ association des sénégalais de Guangzhou et celle de Yiwu nous ont fait honneur en répondant à notre invitation et participer à nos activités.

Quelle est votre posture par rapport à l’association des sénégalais de Chine basée à Guangzhou?

L’association des sénégalais de Guangzhou regroupe nos frères et sœurs sénégalais vivant dans la ville industrielle et commerciale de Guangzhou tandis que l’association des étudiants sénégalais de Chine est plutôt une entité exogène, regroupant tous les étudiants sénégalais de Chine quelle que soit la ville où ils se trouvent. Nous sommes une association indépendante mais en partenariat permanent avec celles de Guangzhou et de Yiwu qui est une autre ville commerciale en Chine dans la province du Zhejiang. Ce sont des aînés qui ne cessent de nous soutenir. Nous  remercions de passage M. Dieng Moustapha, leur président, qui a fait le déplacement jusqu’à Wuhan pour venir participer à nos activités et manifester solennellement sa solidarité pour la  communauté estudiantine que nous sommes.

En quoi consistent ces partenariats avec les dites-associations de Guangzhou et de Yiwu?

Un éventuel partenariat est en cours de discussion pour l’organisation de la rencontre annuelle  édition 2016 dans la ville de Guangzhou, afin de réaliser notre projet initial d’organiser un  week-end culturel en Chine et ainsi, présenter la culture sénégalaise dans ses différentes facettes à la population chinoise et aux autres nationalités présentes en Chine.

Je profite de l’occasion pour remercier M. Tirera Sourakhata et tous les sénégalais de Yiwu. N’eut été leur soutien financier et matériel cet événement serait de moindre envergure.

Quoique diplômés de prestigieuses universités chinoises et ayant des compétences fines dans des domaines prioritaires pour le Sénégal, beaucoup d’étudiants se plaignent du fait qu’une    fois rentrés au pays, ils ne trouvent d’autres perspectives que l’interprétariat. Qu’est-ce-que l’association peut faire pour corriger cette donne?

L’insertion professionnelle est un problème majeur après les études. Le Sénégal émergent a beaucoup de leçons à apprendre de la Chine qui a été elle-même un pays émergent il y a moins  de deux décennies, devenue maintenant première puissance économique mondiale. Grâce à noscompétences dans divers domaines, nous devons être au cœur des accords de coopération. Nous avons eu la chance de connaître la culture chinoise et de bien parler la langue. Beaucoup d’étudiants se sont vus être négligés une fois rentrés et ont été obligés d’aller sous d’autres cieux pour monnayer leur compétence et servir un autre pays. Et celà, c’est un investissement à perte. Il faut que l’Etat accompagne les étudiants à réaliser leurs projets. Notre participation au     développement n’est pas seulement d’être des employés mais aussi des entrepreneurs. D’après la présentation du directeur du SGEE (Ndlr: service de gestion des étudiants sénégalais à               l’étranger) sur les réformes des bourses, Le mérite, l’excellence et les filières d’intérêt national    sont les premiers critères d’octroi des bourses. Et toujours dans l’émergence, il y a encore plus  important qui est le suivi après les études. L’Etat ne doit plus investir sur une bonne graine et ensuite la laisser aller se planter sur un autre sol plutôt que de bénéficier de ses fruits.

Le mandarin ne constitue-t-il pas un blocage pour acquérir des connaissances et compétences?

Certes au début, la barrière linguistique est toujours un défi. Certains étudiants jugent qu’ une    année de langue est insuffisante pour faire leur cours en chinois. Pour d’autres ce n’est pas le cas. On a vu des étudiants sénégalais sortir majors de leur promotion après une formation en  chinois. En réalité, tout dépend de la capacité de tout un chacun à assimiler les choses dans son domaine de compétence. Et pour trouver des solutions à ce problème, l’association n’a jamais cessé de s’activer pour que l’Etat n’amène plus d’étudiants en bachelor en Chine car ceux-là ont l’obligation de faire leurs cours en chinois. Il faut donc favoriser les masters et PhD   qui ont l’option de faire   leurs cours en anglais ou en chinois et aussi permettre aux étudiants     sénégalais qui veulent faire leurs cours en chinois de bénéficier d’une année de langue  supplémentaire s’ils jugent qu’une année est insuffisante pour comprendre.

Pourquoi avez-vous personnellement choisi d’étudier la médecine traditionnelle chinoise plutôt que la médecine moderne?

Il faut comprendre que le système éducatif chinois nous permet de bénéficier des deux médecines. Je fais l’intégration de la médecine traditionnelle et moderne. La médecine traditionnelle chinoise a une expérience clinique de plus de 2000 ans qui a suffisamment montré ses preuves. Il faut aussi reconnaitre que la médecine moderne n’a pas encore la solution à tous les problèmes. Alors, l’intégration des deux serait au bénéfice du patient. En plus de celà la médecine traditionnelle chinoise est naturelle, intégrale, dérivée de la philosophie taoiste qui  renvoie tout au Yin et au Yang (Rires)

Seulement, c’est une médecine peu connue en Afrique. Ne risquez-vous pas en conséquence  de vous retrouver dans une impasse à votre retour?

En effet, elle n’est pas très connue en Afrique mais elle est un peu proche de la médecine     traditionnelle africaine en ce sens qu’elles sont toutes deux à base de plantes. Il y a également le traitement avec l’acupuncture, le Tuina (massage médical), le Qigong (sport médical)… Je n’ai   pas de soucis par rapport à cela parce que la seule chose qui nous intéresse est de servir. Dans tous les pays développés du monde, la médecine traditionnelle chinoise commence à occuper une place très importante dans le système médical. Mieux, il y a des universités de médecine chinoise aux États-Unis, en Californie par exemple, de même que des écoles et centres de formation en acupuncture et Tuina partout en Europe. Et comme l’Afrique est un peu en reste,  c’est à nous africains de faire le pas en allant chercher ce qui peut nous servir et l’implanter chez nous. Il ne faut pas toujours attendre que l’autre vienne avec sa science pour nous l’imposer. En tout cas mon rêve est de voir la première université en médecine traditionnelle chinoise en Afrique être implantée au Sénégal et je sollicite nos autorités à s’engager sur cette lancée avant  qu’un autre le fasse à notre place.

L’année dernière, l’Afrique de l’ouest a connu la tragédie du virus Ebola. Bien que d’autres pays tels que le Cuba aient apporté une contribution assez importante, la Chine a brillé par son absence. S’agit-il d’un choix ou plutôt d’un manque de communication?

Il n’y a pas un mois, j’ai rencontré un médecin chinois qui faisait partie de la délégation chinoise en Sierra Léone. Peut-être que la Chine n’a pas amené un contingent comme le Cuba mais il faut saluer sa présence et sa solidarité. Disons juste qu’elle pouvait mieux faire. A titre d’exemple, en 2003 il y avait une épidémie de SARS en Chine qui a fait des ravages mais ils avaient su la contrôler avec l’intervention de la médecine traditionnelle. Seulement, Je m’attendais à ce qu’elle s’active sur cette même lancée pour venir en aide au peuple africain ami et frère. En tout cas beaucoup de littérature a été écrite pour trouver des méthodes de traitement. Mais je doute que cela soit passé à un stade pratique. Moi-même J’ai eu à faire des recherches dans la littérature traditionnelle mais ça s’arrête là.

Pour revenir sur l’association, est-elle juridiquement reconnue par l’Etat chinois?

Non. Ce sont les lois du pays et on les respecte et d’ailleurs nous n’avons pas fait de recours pour avoir cette reconnaissance parce que la plupart du temps ce sont nos représentants diplomatiques qui nous aident à résoudre nos problèmes. Ils sont notre lien direct et avec le gouvernement chinois et avec le Sénégal.

Quel bilan tirez-vous des  journées culturelles sénégalaises d’avril dernier?

Alhamdoulilah, tout s’était bien passé. On avait réussi à boucler toutes nos activités prévues dans le programme malgré les contraintes liées au climat. Je peux dire que nous avons un bilan positif. Il reste juste à inciter les étudiants à s’impliquer davantage dans les activités de l’association et à renforcer les rangs de solidarité, la gestion du temps ainsi que les cotisations.

Quelles sont vos perspectives à cours, moyen, long et très long terme?

Un partenariat avec l’ambassade, les anciens étudiants, les associations des sénégalais en Chine et partout ailleurs dans le monde, pour réaliser nos projets mais aussi et surtout contribuer davantage à l’insertion professionnelle des étudiants, avec l’obtention de stages dans les entreprises notamment chinoises et sénégalaises.

Quel est le regard de l’expatriée que vous êtes sur la marche du Sénégal?

Je trouve que nous perdons trop de temps au Sénégal. Et d’ailleurs on a trouvé une expression qui s’appelle <<l’heure sénégalaise=»»>> alors que le jour compte 24 heures au Sénégal comme partout ailleurs dans le monde. Il faut vraiment que les sénégalais copient le respect du temps des chinois. Les anglais disent time is money! Il faut que nos compatriotes comprennent que le  temps perdu ne se rattrape jamais et que notre émergence passera par là. Il faut dès lors que les dirigeants nous y obligent. André Gide disait: <<Plus rien nest à inventer, tout est à dire. >>

Moi je dis que dorénavant plus rien n’est à dire, tout est à faire. Je le dis et je le répéterai encore, moins de paroles et plus d’actions. Si on veut aller de l’avant, il faut mettre les choses   en action et arrêter de parler.  Il faut également prendre exemple sur la chine qui a fondé son avancée sur sa culture. Cette année, nous avons  célèbré dans l’allègresse le 55ième anniversaire de notre indépendance mais je me demande si véritablement nous le sommes. A mon avis, le développement d’un pays commence par le fait de savoir d’où l’on vient. Il importe dès lors que nous sachions nous réapproprier pleinement notre patrimoine culturel. Comment voulez-vous  par exemple réveiller le bâtisseur de nation qui dors en un sénégalais si ce dernier ne connait    même pas ce que dit sa constitution qui est écrite dans une langue qu’elle ne possède pas, ou    possède mal? Il faut dès lors promouvoir nos langues nationales. C’ est le premier pas à faire. Il faut ensuite avoir une indépendance monétaire au lieu de continuer à avoir une monnaie coloniale (ndlr: F CFA qui signifiait franc des colonies françaises d’Afrique rebaptisé franc de    la communauté financière africaine.) et ce n’est point impossible, il faut juste y croire. 世上无难事只怕有心人: Nothing is impossible to a willing mind. Il nous faut par ailleurs promouvoir la consommation locale. C’est en procèdant ainsi que nous pourrons rééquilibrer notre balance      commerciale. Et d’ailleurs il faut l’élargir à tous les domaines: artistique, alimentaire, économique…

La préférence nationale est une pratique de tous les pays avancés. C’est mieux   que d’octroyer nos marchés à des entreprises étrangères qui vont rappatrier leurs gains.  Certes  il faut s’ouvrir dans une ère de mondialisation mais charité bien ordonnée commence par soi. Je pense enfin que le nombre de partis politiques doit être diminué considérablement. Voyez-vous? Près d’un Milliard 400 millions d’habitants sont gèrés par un seul parti dans un pays qui fait 48 fois le nôtre en superficie alors que le Sénégal qui a moins de 15 millions d’habitants compte      plus de 200 partis politiques. Il y a là un manque d’unité et de  conscience sur l’intérêt  national et il faut le regretter. Je serais fière le jour où l’Etat du Sénégal ouvrira un institut Kocc Barma à Guangzhou pour enseigner le Wolof aux chinois comme c’est le cas présentement à Dakar avec  l’institut Confucius.  Par là, comprenez que je veuille dire qu’il nous faut plus d’audace et d’actions plutôt que de rester éternellement des spectateurs et suiveurs.

Votre mot de la fin?

Je tiens tout d’abord à remercier mes parents, ma famille ainsi que le gouvernement sénégalais. Au nom de l’AESC, je remercie les autorités diplomatiques. Je citerai le nom de monsieur Fall      Amadou, responsable des étudiants à l’ambassade. Il est à notre entière disposition, de même   que son Excellence, le Général Fall et tout le personnel de l’ambassade. Voilà des personnes très accessibles et très soucieuses de nos problèmes quels qu’ils soient.

À l’unisson pour travailler notre beau pays, pour un Sénégal émergent, quelles que soient les appartenances, car personne d’autre ne viendra le faire à notre place d’autant plus que les femmes et les hommes passent, les institutions et structures demeurent!

Je ne saurais terminer sans remercier monsieur Moïse Sarr, directeur du SGEE qui avait fait le déplacement jusqu’en Chine pour participer à nos activités. Et j’espère que la commission ne va plus tarder à donner les listes des aides car nous sommes en fin d’année scolaire et les étudiants en ont vraiment besoin!

Entretien réalisé par Alhassane DIOP

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