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Renouer avec l'espérance du 13 décembre 2015...(6è partie)

Raphaël CONFIANT
Renouer avec l'espérance du 13 décembre 2015...(6è partie)

   Une immense espérance s'était donc levée au sein des quelques 83.000 électeurs qui avaient porté leurs suffrages sur la liste du GSPBPAC (GRAN SANBLE POU BA PEYI-A AN CHANS) conduite par Alfred MARIE-JEANNE, liste qui réunissait dans une alliance inédite, d'un côté, des indépendantistes-autonomistes-écologistes et de l'autre, des gens de droite et du centre. Espérance qui se manifesta concrètement au soir de la victoire, le 13 décembre 2015, sur la Place du Nègre Marron, au Lamentin, à quelques encablures de la permanence du député qu'était à l'époque CHABEN, quand plus d'un millier de personnes exaltées accueillirent les leaders des différents partis. La Martinique avait envie d'un changement et voici qu'il était là, qu'il serait là dans quelques jours ou quelques semaines, lorsque la toute nouvelle Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) serait installée.

   Sauf que ce peuple enthousiaste n'était guère au courant de plusieurs choses qui risquaient de perturber le fonctionnement de la nouvelle née : d'abord, l'impréparation de la fusion entre les personnels de deux collectivités (ex-Conseil régional et ex-Conseil général) à la philosophie et aux méthodes de travail si différentes ; ensuite, le flou juridique (artistique même, si l'on peut dire), quant à la répartition des rôles entre le président de l'exécutif et le président de l'assemblée ; enfin, cette fameuse prime au vainqueur de 11 sièges, prime que n'avaient voulu ni Alfred MARIE-JEANNE ni Claude LISE, mais bien Serge LETCHIMY, et qui, si elle donnait une majorité écrasante au GSPBPAC, réduisait l'opposition au rôle de figurant ou alors, plus vicieusement, en cas de conflit interne au sein de la majorité, de force d'appoint pour de futurs frondeurs. Mais le pire était aussi ignoré par l'électeur-lambda : le conseil exécutif pouvait être renversé par un vote de défiance de l'assemblée et ses 8 membres se retrouveraient immédiatement hors jeu. Hors circuit ! Ils n'avaient pas le droit de siéger à l'assemblée et se retrouvaient dès lors sans aucun poste politique. Autrement dit, CHABEN pouvait parfaitement se retrouver, du jour au lendemain, complètement out de la scène politique martiniquaise dont il avait été un acteur majeur au cours des presque 40 dernières années. cela l'électeur-lambda l'ignorait ! Le sait-il d'ailleurs aujourd'hui, deux ans après l'installation de la CTM, c'est à voir...

    L'installation de la CTM se fit donc dans un réel enthousiasme, une volonté de travailler laquelle se manifesta immédiatement chez les élus de...droite, sans doute parce qu'on ne les avait pas vus à l'œuvre depuis des décennies, l'électorat martiniquais boudant les partisans de l'assimilation. En effet, le PPM et le MIM se partageaient, avec leurs alliés respectifs, la quasi-totalité de la scène politique depuis au moins trois décennies, l'un ou l'autre dirigeant à tour de rôle la Région ou raflant (/ralliant) des municipalités. La vieille droite martiniquaise ne résistait plus guère qu'à Rivière-Salée et au Macouba depuis le ralliement du Morne-Rouge à EPMN. Or, voici qu'on revit à l'œuvre Yan MONPLAISIR et Miguel LAVENTURE et qu'on découvrit de nouveaux visages et surtout de nouveaux talents : Sylviane SAITSOOTHANE, Marinette TORPILLE, Karine MOUSSEAU etc. Ces élus de droite respectaient scrupuleusement l'article 1 du "contrat de mandature" à savoir tout mettre en œuvre, au-delà des divergences idéologiques, pour redresser économiquement la Martinique. La prétendue "alliance de la carpe et du lapin" qu'avaient dénoncée et raillée S. LETCHIMY et le PPM/EPMN fonctionnait sans anicroches et c'est à l'intérieur de la carpe (partisans ou membres du G20) que les problèmes allaient commencer à pointer. Les médias aussi, qui avaient ricané lors de la signature du pacte, les grands sondeurs et éminents journalistes, s'étaient largement trompés : "l'eau et le feu" travaillaient de concert sans problème et débloquaient même rapidement des situations inextricables comme celle du lycée de transit pour les élèves du lycée Schoelcher...

    Les premières hostilités provinrent du PPM/EPMN qui était resté KO debout au soir du 13 décembre et n'avait toujours pas digéré sa défaite. L'impensable s'était produit ! Comment était-ce possible ? Les sondeurs et les analystes politiques n'avaient-ils pas prédit un triomphe de la liste conduite par S. LETCHIMY ? Qui avait bien pu être la cause d'une aussi cinglant désaveu populaire ? Les réponses à ces questions n'étaient pourtant guère difficiles à trouver : des promesses non tenues (5.000 emplois, 12 zones d'activités économique etc..), des chantiers en souffrance (Lycée de transit de l'ex-Maternité, TCSP etc.), des scandales à répétition (X-PAY, couvoirs du Saint-Esprit, BOODOOM, CEREGMIA, PAPARAZZI, Vedettes MADININA etc.) et surtout une arrogance et une agressivité sans limites à l'endroit de l'opposition et de toute personne considérée comme un opposant ("chien abiyé an moun" de C. CONCONE, photos-montages scandaleux de C. CHAUVET etc.). Autrement dit, le PPM/EPMN portait une large part de responsabilité dans sa défaite et c'est pourquoi il était malhonnête de sa part de ne pas l'accepter.

   Or, jusqu'à ce jour, il semble ne l'avoir toujours pas acceptée, comme si le GSPBPAC était une bande d'usurpateurs et que 83.000 personnes n'avaient pas voté en sa faveur. Alors, anbafey, on commencera à activer divers secteurs (pompiers, marins-pêcheurs, Parc Naturel etc.) pour créer une situation de tension permanente et tenter de faire croire au peuple que les occupants de Plateau Roy étaient illégitimes. Au PPM/EPMN s'ajouta NOU PEP LA dans ce qui n'est autre qu'une opération de déstabilisation. Au point que le député européen, pourtant socialiste, Louis-Joseph MANSCOUR se sentit obligé de se fendre d'une lettre ouverte pour demander qu'on laisse le GRAN SANBLE POU BA PEYI-A AN CHANS travailler en paix. Un comble !!!...

    Or, si les vaincus refusent d'admettre leur défaite et cherchent par tous les moyens à mettre des bâtons dans les roues des vainqueurs, c'est parce qu'il n'y a pas d'opinion publique en Martinique. Ou plus exactement, l'électeur, une fois son devoir électoral accompli, se désintéresse de l'action politique, sauf quand il est directement concerné par tel ou tel problème. C'est cette indifférence qui transforme l'hémicycle en "pit" et les débats politiques en combats de coqs. Car on aurait pu penser que se sachant désormais filmés (les plénières de la CTM sont retransmises par vidéo), les élus de tous bords éviteraient certains écarts de langage ou certaines attitudes désobligeantes. Or, lesdits élus savent très bien que seule une toute petite minorité de Martiniquais regarde ces plénières et cela pour une raison bien simple : les gens qui travaillent sont à leur...travail et ceux et celles qui ne travaillent pas sont devant leur télé à regarder des feuilletons brésiliens, des clips ou des matches de foot. Or, une opinion publique se forge quand chacun prend sa plume pour donner son opinion sur ce qu'il estime ne pas aller, mais nous préférons nous contenter de "coups de gueule" radiophoniques sans lendemain ou de tribunes épisodiques dans le quotidien local alors que grâce à l'Internet, aux sites-web, aux blogs etc..., les gens disposent désormais de formidables tribunes d'expression politique.

   Les quelques 83.000 électeurs qui ont donné mandat aux élus du GSPBPAC et les quelques 70.000 qui en ont fait de même pour les élus du PPM/EPMN ont le droit de questionner les conseillers territoriaux. Ils ont le droit de les critiquer ou des les approuver, de leur apporter un soutien sur tel ou tel sujet ou de les désapprouver. Or, en Martinique règne la peur, y compris chez les intellectuels. Peur d'être mal vu. Peur de ne pas êtres invité à telle manifestation. Peur de ne pas être associé à tel projet. Peur de se voir refuser un "filon" quand on en aura besoin. Peur de devenir la cible de la franc-maçonnerie, de la "békaille" ou de tel ou tel groupe de pression aux bras longs. Peur entretenue d'ailleurs par certains élus (es) qui distillent des menaces verbalement ou sur Facebook. D'où l'on comprend pourquoi une opinion publique est si lente à naître en Martinique alors que la "démocratie coloniale" s'est finalement mise en place. J'aurais écrit dans les années 60-70 ce que je suis en train d'écrire là que j'aurais été immédiatement muté (Ordonnance d'octobre 60) à Montauban ou à Dijon comme ce fut le cas de Georges MAUVOIS et ses trois autres camarades. Aujourd'hui, chacun est libre d'écrire ce qu'il veut, donc on a du mal à comprendre que ceux qui en sont capables fassent l'autruche...

   Donc la CTM s'installe. MARIE-JEANNE devient président de l'exécutif et LISE de l'assemblée.

   Et ce qu'ils craignaient, ils le découvrent : des dettes à hauteur de 300 millions d'euros laissées par l'ex-Conseil régional sous la mandature de Serge LETCHIMY. Des factures qui arrivent tous les jours et des fournisseurs qui réclament à cors et à cris d'être payés. Evidemment, l'opposition crie au scandale et déclare que tout cela n'est que mensonges. Et les médias, partisans ou nostalgiques de l'ancienne majorité, de renchérir avec le PPM/EPMN ! Alors que le problème est tout simple : il s'agit d'une question d'utilisation de l'argent du Papa Blanc (franco-européen). Il y a, d'un côté, le PPM/EPMN pour lequel il convient de l'utiliser au maximum, quitte à s'endetter (au-delà du raisonnable souvent), et il y a le GSPBPAC pour qui il faut tout au contraire faire avec ce que l'on a, limiter l'emprunt et donc les dettes. L'économiste Jean CRUSOL a souvent raillé "la gestion de boutiquier" de MARIE-JEANNE pour lequel un sou est un sou, en effet, mais il aurait fallu que quelqu'un dénonce "la gestion de dépensier" du PPM. Ce dernier avait d'ailleurs déjà fait le coup en 1992 lorsque le communiste Emile CAPGRAS était devenu président du Conseil régional au bénéfice de l'âge. Plus d'un milliard de francs de déficit avait été trouvé et il avait fallu emprunter en catastrophe auprès d'un fond de pension américain pour pouvoir fonctionner, ces "fonds-vautours" comme les a surnommés la presse à cause des taux d'intérêt stratosphériques qu'ils imposent à leurs clients. Ce qui fait que lorsque MARIE-JEANNE avait succédé à CAPGRAS, il avait préféré solder le prêt au lieu de continuer à engraisser l'ogre américain, chose qui lui avait été reproché d'ailleurs par...le PPM. Interdit de rire !

    Bis repetita donc pour la CTM...

                                                                      (mettre photo 5)

 

   Exagération ?

   Oh que non ! Reportons-nous à un article du magazine "LE POINT" en date du 20 mars 2015, pendant la mandature LETCHIMY donc au Conseil régional. On y lit ceci à la page 27 :

 

      "L'association Contribuables associés établit tous les ans un "argus des départements" et un top 10 des plus mauvais élèves dans les six catégories suivantes : les plus dépensiers, ceux qui ont les dépenses de fonctionnement les plus élevées par habitant, les plus taxateurs, ceux qui ont les dépenses sociales les plus élevées par habitant, les départements les plus subventionneurs par habitant et, enfin, les plus endettés. Autrement dit, les six critères de base de la mauvaise gestion pour un établissement public."

 

     Et quelques lignes plus bas, le coup de "boutou" (ou de massue pour nos lecteurs non-créolophones) :  

  

     "Voici ce top 10 complet de notre tableau des pires départements français :

          1. La Réunion : 40 points (citée dans 5 catégories sur 6)
          2. Martinique : 31 points (4 catégories)
          3. Lozère : 27 points (3)
          4. Hautes-Pyrénées : 24 (4)
          5 et 6 ex aequo. Guyane : 20 (3) et Corse-du-Sud : 20 (3)
          7. Corrèze : 13 (2)
          8 et 9 ex aequo. Creuse : 12 (3) et Hautes-Alpes: 12 (2)
          10. Cantal : 10 (2)"

 

      Refermons la parenthèse ! La prochaine fois que le PPM parlera de gestion saine, chacun pourra rire à gorge déployée. Bref...(Au fait, l'audit demandé par la CTM au cabinet parisien KLOPFER a fini par arriver en ce mois de décembre 2017 : il confirme bel et bien que la Région-Letchimy a laissé 300 millions d'euros de dettes à la CTM-MARIE-JEANNE/LISE)...

    La CTM installée, il a donc bien fallu attribuer des responsabilités aux membres des différents partis composant la coalition GRAN SANBLE POU BA PEYI-A AN CHANS. Quoi de plus élémentaire, mon cher WATSON ?

   Or, si le contrat de mandature sécurisait 3 sièges au Conseil exécutif pour la droite à savoir BA PEYI-A AN CHANS, pour le "lapin" donc, s'agissant de la "carpe" à savoir le GRAN SANBLE, les choses étaient plus floues, pas du tout inscrites dans le marbre même. Et c'est ici que les problèmes commencèrent ! En effet, sans que cela soit ouvertement exprimé, il apparaît, au vu des comportements de certains élus (es) du MIM, que l'attribution d'un poste au sein du conseil exécutif à chacun des partis de l'alliance n'a pas été bien vu. Comme si le MIM avait gagné l'élection tout seul ! Ces mécontents mirent même en circulation l'expression méprisante et pour tout dire ignoble d'"auto-stoppeurs politiques" à l'encontre des élus des cinq autres partis du GRAN SANBLE. Autrement dit, ces partis se seraient accrochés à la locomotive du MIM pour pouvoir arriver à destination, un peu comme dans certains pays du Tiers-monde, on voit des grappes de miséreux sauter sur des trains en marche et s'y agripper parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'acheter un billet.

   Ces mécontents (du G20) auraient besoin d'un petit cours d'arithmétique de niveau Cours préparatoire. Car, supposons qu'ils et elles disent vrai, supposons que les "autostoppeurs" soient des gueux qui ne pèsent rien et attribuons-leur à chacun, disons, 1% des voix. Cela donnerait au premier tour de l'élection, le 6 décembre donc, MIM : 25% + les 5 autostoppeurs 5%. Ce qui fait 30%, le score réalisé lors de ce tour par le GRAN SANBLE. Cela signifie quoi ? Que si le MIM était allé tout seul à la bataille, c'est lui qui n'aurait rien pesé avec ses 25% face aux quasi 39% du PPM/EPMN ! Les "autostoppeurs" ont donc été bien utiles, d'abord pour ne pas perdre la face ; ensuite, pour pouvoir négocier en position haute face à BA PEYI-A AN CHANS. Conclusion : les élus "autostoppeurs" qui occupent des postes au sein de la CTM ne sont aucunement illégitimes. Et ils le sont d'autant moins que leur niveau de compétence et leur force de travail justifient pleinement que ces postes leur aient été attribués...     

    J'imagine la tête de certains (es) en lisant ça ! Ben, soyez pas scandalisé(es), les amis (es) car tout ce que j'écris dans cette série d'articles figure en long et en large dans un ouvrage publié il y a...2 ans, ouvrage co-écrit avec L. BOUTRIN et publié par Caraibéditions : 'DECEMBRE 2015. UNE NOUVELLE PAGE DANS L'HISTOIRE DE LA MARTINIQUE". Rien de nouveau sous le soleil donc !...                     (A suivre)

Commentaires

Véyative | 30/12/2017 - 09:40 :
Et je revois Miguel Laventure en plénière parler des finances de façon magistrale! Et je revois Sylvia Saithsootane régler le problème du Lycée Schoelcher avec calme et détermination. Oui, ce sont des bosseurs.

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