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REPORTAGE À FORT-DE-FRANCE, BANDE D’INGRATS, SUR VOS VRAIS AMIS FRANÇAIS




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... Nous ne sommes rien sur terre si nous ne sommes d'abord les esclaves d'une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté. »

 

Non, c'en est trop ! Voilà ce qu'écrivait un obscur rêveur, bercé d'illusions, irréaliste et irresponsable, au nom inconnu de Franz Fanon. Je suis las de lire MONTRAY KREYOL, où l'on dénonce, indignés, les prétendus manquements de mon grand pays, la France, qui vous aime affectueusement, vinaigre jeté par quelques plumitifs acariâtres, mal informés et peu reconnaissants. Je veux rétablir la vérité, faire dans le reportage objectif et indiscutable, sur le récent mois de février, des faits seulement des faits. Assez de mauvaise foi et de calomnie. Assez de tribunes sur MONTRAY KREYOL où l'indignation masque mal la réalité des liens fraternels qui nous unissent à la Martinique. Je me désolidarise des harangues aussi, bilieuses ou utopistes. Du vrai journalisme, voilà ce qu'il nous faut !

 

Le 20 janvier, l'état de grève générale est déclaré à la Guadeloupe. La situation s'étend deux semaines plus tard à la Martinique. Fin février, les manifestations s'étendent sur l'île aux fleurs, jusqu'alors moins violentes que sur l'île sœur, se durcissent avec un regain de violence. Tir sur les forces de l'ordre, voitures incendiées, magasins pillés. Récit de deux nuits au cœur de l'action.

 

La nuit vient de tomber sur Fort-de-Fran,ce, ce 24 février. Le Groupement tactique gendarmerie (GTG) II/6 de Hyères (83), projeté quelques jours plus tôt en Martinique, sous le signe de l'urgence, est placé en alerte immédiate avec les trois escadrons de gendarmerie mobile (EGM) qui le composent, le 15/5 de Beley (01), le 21/1 d'Aubervilliers (93) et le 43/7 de Decize (58).

 

L'intervention des gendarmes et des policiers est décidé par le préfet Monsieur Ange Mancini. Désormais aux mains des manifestants venus des quartiers périphériques, le centre-ville de la capitale foyalaise est dévasté. La rapidité d'intervention est déterminante.

 

Le GTG complet se dirige donc à vive allure vers le cœur de la cité, avec pour mission d'y rétablir l'ordre. Dès l'arrivée du convoi, l'engagement est direct ; le choc est rude. Immédiatement prises à partie, les unités débarquent, avant de refouler l'adversaire hors du centre-ville, en portant un effort particulier sur les axes majeurs, les édifices publics et les principaux commerces. Le centre-ville est ainsi progressivement repris. De 22 heures à 6 h, les affrontements se poursuivent, le dispositif étant harcelé de toutes parts. Les projectiles les plus divers pleuvent sur les forces de l'ordre, qui reçoivent notamment des blocs de béton, des pièces métalliques provenant du démontage du mobilier urbain. De nombreuses voitures sont incendiées. Le Peloton d'intervention (P.I.) de l‘EGM 43/7 de Decize est pris pour cible par trois fois au calibre 12 par les manifestants. Une grande surface est en flammes et les pompiers, assaillis depuis les hauteurs de la ville, doivent être protégés au plus large. Les opérations s'achèvent vers 5 h 30, au lever du jour, après une ultime agression sur une station service de l'un des principaux boulevards.

 

Le lendemain, 25 février, les manifestations se poursuivent différemment. Les agitateurs, manœuvriers, pour partie armés et connaissant parfaitement le terrain, adoptent clairement une tactique d'évitement et de harcèlement indirect. Les ouvertures de feu se multiplient. Le troisième peloton de l'EGM 15/5 de Belley est violemment pris pour cible au calibre 12, dans une rue adjacente. Le commandant du GTG décide d'engager à ses ordres directs, le P.I. de l'EGM 21/1 d'Aubervilliers dans une opération dynamique afin de reprendre possession des hauteurs de la ville d'où proviennent les tirs. Appuyés par leurs camarades du troisième peloton de l'EGM 15/5, le GTG et les gendarmes du P.I. progressent rapidement derrière un Land Rover blindé, mettant les opposants définitivement en fuite, non sans avoir essuyé plus de vingt coups de feu lors de cette progression. Chassés du centre-ville, les manifestants se livrent au pillage de nombreux magasins et entrepôts de la périphérie. Le dispositif du GTM est alors décentralisé en complémentarité du dispositif de l'EGM 35/3 de Saint-Nazaire sectorisé et des unités de la gendarmerie départementale, afin de protéger les centres commerciaux du pillage. Une dernière embuscade est tendue, au cours de laquelle les militaires du P.I. de l'EGM 31/1 d'Aubervilliers sont directement pris à partie à deux reprises. Cette deuxième nuit de protestation s'achève à Fort-de-France. La vie peut désormais y reprendre normalement, après un retour au calme, durement obtenu, mais fragile.

 

Mon informateur et ami le Lieutenant Colonel P.C. m'assure que l'ordre règne à Fort-de-France.

 

Alors c'en est assez, voyous, marlous, mandrins martiniquais des quartiers périphériques qui osez caillasser, et au calibre 12, nos sympathiques touristes métropolitains, incendier voitures et grandes surfaces. Et vous aussi, penseurs qui dénoncez dans vos tribunes le manque d'humanisme et de chaleur de nos ressortissants français. L'île aux fleurs ne pouvait-elle pas, leur offrir des oeillets comme ce fut le cas au Portugal en 1975 ?

 

Heureusement, ce n'est pas quelque allumé du MIM ou du PKLS qui a pu prendre des décisions. Notre bon Monsieur Ange Mancini veillait au grain. Qu'on ne vous y reprenne plus à manifester un mécontentement arbitraire, à fomenter des jacqueries infondées, tant qu'à faire des révoltes déplacées et, tant que vous y êtes, une révolution insensée. Songez à ce gâchis, des grandes surfaces, des véhicules et des stations-service, incendiées. Car nous pouvons vous envoyer aussi de dociles militaires, costumés en uniforme kaki, moins rigolards que les sympathiques gendarmes, dans nos échanges fraternels, s'il vous prenait l'envie de créer le désordre.

 

Je suggère que tous ces va-t-en-guerre qui sévissent sur MONTRAY KREYOL s'adonnent à écrire des élégies sucrées et des madrigaux courtois, sur la vieille biguine, la chatoyance des madras, les coloris suaves des oiseaux de paradis, l'enthousiasme des grillades bord-de-mer, la tradition séculaire du Ti-punch vespéral, le cours fluctuant du 4X4 BMW, 12 cylindres (si çà existe), la climatisation de la Galleria, enfin la Martinique, la vraie, celle qui ne nous emmerde pas !

 

Thierry Caille

 


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