Accueil

REPORTAGE. Martinique ou Guadeloupe… La guerre des rhums est déclarée à Saint-Malo

REPORTAGE. Martinique ou Guadeloupe… La guerre des rhums est déclarée à Saint-Malo

Les rhums guadeloupéens règnent en maître sur le village de la Route du Rhum, à Saint-Malo. Mais dans les rues d’Intra, leur voisin martiniquais leur fait de l’ombre. Beaucoup d’ombre...

C’est flagrant, à Saint-Malo ! Dès la porte Saint-Vincent passée, le visiteur tombe sur un tonneau de la marque Dillon sur une terrasse. Dans la très fréquentée rue Jacques-Cartier, les flammes rouge et jaune Dillon sautent aux yeux, alignées à l’entrée de beaucoup de restaurants.

En ville, Dillon s’affiche partout. Sauf que ce rhum est… Martiniquais. En pleine Route du Rhum - Destination Guadeloupe où les rhums guadeloupéens Damoiseau sont partenaires, ça dérange…

 

Pourtant les organisateurs guadeloupéens de la course veillent au grain. Chaque jour, ils arpentent le village et font la chasse aux produits qui viendraient d’ailleurs. Sur le village, ils ont la main. Mais à l’extérieur, il n’y a aucune règle sur la concurrence.

« C’est dommage »

Alors ils viennent parfois titiller les commerçants. Comme au Café de Saint-Malo où les organisateurs aiment venir déjeuner le midi. Ils ne goûtent pas trop la fontaine à punch Dillon à l’entrée de la terrasse…

« Ils me font la remarque, tous les jours, en me disant que c’est dommage, qu’ils sont chauvins et qu’ils préféreraient que je fasse la promotion des rhums guadeloupéens. Mais j’avoue ne pas être grande consommatrice et j’ai suivi les conseils de mon brasseur. Ça m’embête, c’est dommage. Mais maintenant, je subis », admet Alicia Leclerc, responsable du restaurant, qui « fera autrement » dans quatre ans.

Ses voisins du restaurant La Malouinière aussi ont subi les choix du même brasseur, qui travaille avec la marque Dillon. « Je reconnais que ce n’est pas logique mais c’est indépendant de notre volonté », regrette la patronne. Même si elle n’y est pas obligée, elle a joué le jeu de son fournisseur en accrochant une banderole au comptoir et en affichant les cocktails sur une carte à l’effigie de la marque. « Ce n’est pas que ça nous plaise mais ça décore. »

D’après plusieurs établissements, Dillon a effectué une véritable offensive sur Saint-Malo depuis des semaines.

« Avec eux, c’est facile »

Une gérante de restaurant, qui souhaite rester anonyme, raconte que le représentant de Dillon est venu la solliciter, trois fois, pour placer sa marque. « Au début, je ne voulais pas car mon fournisseur guadeloupéen d’il y a quatre ans m’avait forcé la main pour commander une grosse quantité de rhum. Je ne l’ai terminée qu’il y a trois mois. »

Manque de temps, de trésorerie, elle a d’abord opposé un refus avant de céder aux arguments de Dillon. « Ils m’ont aidée à confectionner une carte avec huit cocktails. Ce que je n’avais jamais eu le temps de faire. » Sauf que la marque a apposé un petit logo en bas de la carte qui incite la tenancière à utiliser les produits Dillon pour ses boissons. Avec les verres qui vont avec. «Ils ne m’ont obligé à rien mais j’ai bien compris qu’il fallait que j’achète mon rhum chez eux dorénavant », relate la commerçante, qui a également laissé le commercial disposer ses décorations dans le restaurant. « Avec eux, c’est facile. »

Pas sollicités

Voilà comment Dillon a imposé son logo partout en ville. Elle a parié sur le nombre. Là où son concurrent Damoiseau a davantage joué sur le spectaculaire en habillant les façades des bars les plus emblématiques d’Intra-muros (L’Univers, la Belle époque, le Chateaubriand, les établissements de la maison Hector…). Au risque de fâcher tous les autres cafetiers et de laisser un boulevard au concurrent.

Car si les rhums martiniquais s’affichent partout, c’est également parce que les représentants de Damoiseau ne sont pas venus démarcher les bars. Ce qui a pu fâcher certains.

«Je travaille toute l’année avec les rhums Trois-Rivières et je suis très contente de la relation que j’ai avec leur représentant. Ce n’est pas le cas avec tout le monde. Et contrairement à d’autres, mon fournisseur ne s’intéresse pas à moi qu’au moment de la Route du Rhum », peste une patronne d’un bar d’Intra-muros. Du coup, elle fait volontiers de la pub à la marque martiniquaise en posant des transats bleu ciel sur sa terrasse.

Toujours Intra, une rhumerie fait également la part belle aux rhums Dillon. « En tant que rhumerie, je propose plusieurs marques et j’ai joué le jeu en inscrivant les boissons guadeloupéennes tout en haut de ma carte. Mais je reconnais que ma déco est essentiellement Dillon car les autres représentants ne sont pas venus me voir. Je veux bien travailler avec eux mais il faut qu’ils viennent vers moi. »

Visiblement, si les rhums guadeloupéens ont perdu la bataille du rhum en ville, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Pages