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REPRESSION ET PROPAGANDE : LE CYNISME COLONIAL

Raphaël CONSTANT
REPRESSION ET PROPAGANDE : LE CYNISME COLONIAL

Ce dimanche 1er décembre, RFO a fait fort.

Au journal de 19h, le Préfet s’est déplacé en personne. Il est vrai que c’est sa télé puisque censée être publique. Notons quand même qu’il a été bien incapable de répondre aux questions (légitimes) de la journaliste. Puis ce fut de Reynal qui ne veut pas être appelé « béké » mais « martiniquais » qui a instillé de nombreuses minutes son discours lénifiant de contrevérités.

Cette misérable opération de propagande démontre une chose. Le pouvoir et les possédants ont bien compris qu’ils n’ont trompé personne avec la rafle de sept jeunes militants anti-chlordécone. Le Procureur de la République a bien pu faire deux communiqués pour faire croire qu’il défendait l’ordre publique, l’écrasante majorité des martiniquais savent que l’ordre est celui des riches et de la caste.

Rappelons la chronologie.

Depuis cinq semaines, des militant(e)s, ont décidé d’organiser des manifestations devant des hypermarchés pour demander que ceux qui ont pollué notre terre paient. Ils demandent la fermeture de ses hauts lieux de consommation. Manifestations annoncées d’avance. Aucune violence sinon la vue de drapeaux rouge vert noir.

La continuité de ces actions a fait en premier lieu sortir du bois de Reynal de l’association Tous créoles et de contacts entreprises. Discours habituels anti militants avec un succédané d’un discours supposé anti-racistes de défense des « békés ». Comme si ces derniers étaient une race. Comme si ce n’était pas leur statut de caste dominante ayant permis pendant des siècles d’accumuler des richesses grâce au système colonial.

Demande de M. de Reynal : liberté du commerce et répression.

Il ne fut guère soutenu sauf par un chroniqueur dans Antilla.

Les actions continuant, le Medef et le patronat montèrent au créneau avec la même demande : liberté de vendre et demande de répression.

Jusque-là, les forces dites « de l’ordre » (un ordre dont a connu le prix en 1900, 1923, 1925, 1934, 1948, 1951, 1961, 1974, 1978, ect….), si elles avaient été présentes, étaient discrètes et sans provocation.

Mais lors de la manifestation du Robert, ces forces « dites de l’ordre » sont venues en force, armées, casqués, bottés, pour semer le « désordre » et en découdre. Manifestement, le préfet (qui est le seul donneur d’ordre en la matière) avait décidé de suivre les ordres (il a existé, rarement il est vrai, des préfets qui avaient la décence de faire semblant d’être neutre) du patronat et de la caste.

Après le Préfet, en toute logique, le Procureur, comme tous les procureurs coloniaux de la royauté à l’empire en passant par les différentes républiques, est entré dans la danse. Bien entendu, il a expliqué dans un communiqué et une séance d’explication aux journalistes qu’il respectait la liberté de manifester mais poursuivait les débordements. Bien entendu, il a décidé de poursuivre sept jeunes martiniquais.

En résumé, voici donc un Etat, à travers son premier représentant ainsi que son procureur, qui a empoisonné la Martinique, qui refuse de sanctionner les coupables, qui admet, après vingt ans, péniblement une nuageuse responsabilité sans aucune réparation réelle et sérieuse et qui poursuit sept martiniquais qui ont commis le crime d’égratigner la caste et de réclamer justice.

Cela peut sembler de l’humour. En fait, c’est du mépris, de l’arrogance et du cynisme.

Cette rafle au petit matin, les menaces contre les familles, les gardes à vue, les humiliations, les injures, le futur procès, cela ne changera rien à une volonté de plus en plus grande de réclamer justice, la vraie !

 

Raphaël CONSTANT

Avocat et militant

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