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Rivière-Pilote : le bastion indépendantiste s'est-il écroulé ?

Rivière-Pilote : le bastion indépendantiste s'est-il écroulé ?

   Il y a presque quarante ans, Alfred MARIE-JEANNE réussissait à arracher la commune de Rivière-Pilote des mains de la Droite assimilationniste.

   Dès lors, cette commune est devenue en quelque sorte le symbole, le bastion même de l'indépendantisme martiniquais et CHABEN ne cessa de voler de victoire en victoire : conseiller général, député, président du Conseil régional et aujourd'hui, président de la Collectivité territoriale de Martinique. Il se permettait même le luxe de laisser sa circonscription électorale du Sud à son "fils" de l'époque pour se présenter dans celle du Centre-Atlantique où, à la surprise générale, il remporta les élections. Et chacun se souvient de la victoire écrasante du leader du MIM en décembre 2015 sur le PPM/EPMN par le biais d'une alliance improbable entre le "GRAN SANBLE" (MIM, RDM, PALIMA, PCM, CNCP et MARTINIQUE-ECOLOGIE) et "BA PEYI-A AN CHANS", regroupement de Droite mené par Yan MONPLAISIR et Miguel LAVENTURE. 

   15.000 voix d'écart entre MARIE-JEANNE et LETCHIMY !

   Et puis, dans l'euphorie de la victoire, les manches qui se retroussent. Le TCSP qui roule enfin ! Le lycée Schoelcher qui est en passe d'être reconstruit ! La navette maritime Fort-de-France/Case-Pilote qui se met en place ! Le tourisme qui carbure ! Le "Café Excellence Martinique" qui est prêt à rayonner jusqu'au Japon ! Le PARM qui continue à valoriser les productions agricoles !  La dangereuse route de Lestrade entre Le Robert et Trinité mise enfin à deux fois deux fois ! La part d'énergie renouvelables qui passe de 6% à 25% ! Etc...etc...

   Jusqu'à ce que cette belle mécanique s'enraye...

   Au bout de deux ans et demi d'intense activité et de succès répétés, les premières failles apparaissent. D'abord, l'implosion du MIM et la création d'un nouveau parti, PEYI-A, qui privera de facto CHABEN de la majorité à la CTM même si les élus de ce nouveau parti continueront à voter comme si rien ne s'était passé. En tout cas jusqu'à tout dernièrement, lors du vote sur les 225.000 euros à attribuer au Béké BALLY afin de lui acheter 3 hectares de terre agricole à Séguineau (Lorrain) afin de faire passer des tuyaux d'alimentation en eau potable. Là, PEYI-A, en votant en faveur de cette somme ou en s'abstenant, a mêlé ses voix à celles de l'opposition PPM/EPMN et du RDM.

   Le RDM justement fut la seconde faille. CHABEN avait, en 2015, sauvé Claude LISE, leader du RDM de la noyade politique, l'imposant sur la liste du "GRAN SANBLE" au détriment de Bruno-Nestor AZEROT, le maire de Sainte-Marie. Mais l'abracadabrante architecture de la Collectivité de Martinique (échafaudée par le PPM !) a eu raison de la solidarité entre ces deux vieux briscards de la politique martiniquaise. Difficile de savoir, en effet, qui est le vrai président de la CTM : celui de la collectivité ou celui de l'assemblée ? MARIE-JEANNE considérera que c'était lui et lui seul, confinant LISE à un rôle de passeur de parole lors des plénières c'est-à-dire de président d'opérette. Le leader du RDM, au tempérament peu volcanique, avala son chapeau et ne dit rien pendant les deux premières années de la mandature, puis commença à ruer dans les brancards. D'abord timidement, puis, de plus en plus fortement. 

   Troisième faille : l'affaire du drapeau et de l'hymne martiniquais. Ce concours ouvert au public afin de proposer ces emblèmes destinés à représenter la Martinique lors des compétitions sportives à l'étranger mais dont, en dernière instance, les résultats furent décidés par le président de la Collectivité parmi les trois meilleurs sélectionnés au préalable par un jury. Or, à part la Droite, le drapeau rouge-vert-noir fait l'unanimité au sein des différentes organisations politiques martiniquaises du PPM au PALIMA, du MODEMAS au PKLS en passant par le CNCP et autres. Certes, comme il a été surtout brandi par le MODEMAS, le peuple a fini par le surnommer "drapo Malsa a", mais était-ce une raison pour ignorer son existence et le remplacer par un autre qui ne ressemble à rien avec ses couleurs mièvres et sa conque de lambi un peu folklo ? D'autre part, de quel droit était-ce le président de la Collectivité qui déciderait du choix final ? Cette affaire de drapeau et d'hymne a créé un profond malaise au sein du "Gran Sanblé" même si personne ne l'a exprimé sur la place publique. 

   Mais la quatrième et plus grosse faille, largement méconnue du grand public, provient de la prise en main de MARIE-JEANNE par un quarteron d'administratifs qui, au fil du temps, sont devenus les vrais dirigeants de la collectivité, se permettant de contester les décisions des élus, de les ignorer, voire de les escamoter, cela allant parfois jusqu'à l'humiliation de ces derniers pourtant démocratiquement mis en place par le peuple. CHABEN est devenu quasiment l'otage de ces administratifs qui font la pluie et le beau temps, mais plus souvent, beaucoup plus souvent la pluie que le beau temps. Sauf que d'orage en orage, le président de la Collectivité a fini par être mouillé, puis trempé et enfin quasiment enseveli. 

   Il a fini, à cause des incongruités de ce quarteron, par perdre la main.

   Presque aucun des candidats qu'il a soutenu lors des deux tours des municipales n'a été élu : ni VEILLEUR à Rivière-Pilote ni DUNON au Lamentin ni NARCISSOT à Ducos ni CAROLE à Fort-de-France ni MOUSSEAU au François ni DUVAL au Saint-Esprit etc... Echec sur toute la ligne ! Or, dans le même temps, CHABEN a annoncé (et ne cesse de répéter) qu'il sera à nouveau candidat aux élections territoriales de 2021 (ou 2022), mais avec des "jeunes" dont il n'a pas livré les noms pour l'heure. On voit assez mal comment il pourrait une nouvelle fois réussir son pari après ces dernières municipales qui constituent une véritable Bérézina politique. 

    Mais, que ses adversaires se gardent de ricaner ! Car ils ne doivent pas oublier une donnée fondamentale que presque aucun commentateur politique n'a jamais souligné : en presque quarante ans de succès marijeannistes, le MIM n'a jamais réussi à conquérir une seule commune de la Martinique mis à part celle de Rivière-Pilote. Un temps, il avait cru pouvoir ravir Sainte-Luce au PPM mais J-P. NILOR a échoué à diverses reprises. Cela signifie quoi ? Que CHABEN n'a pas besoin et n'a jamais eu besoin de disposer de municipalités pour pouvoir gagner des élections législatives ou territoriales ! D'ailleurs, quand il était député du sud, il battait à plate couture dans leurs propres communes les maires de droite, du PPM ainsi que divers droite ou divers gauche. Le même électeur qui mettait régulièrement un bulletin dans l'urne pour ces derniers aux municipales votait pour CHABEN aux législatives !!!

   Donc si d'aucuns peuvent considérer que le MIM est mort ou agonisant avec la chute de son bastion de Rivière-Pilote, tel n'est absolument pas le cas de son leader. S'il conserve sa santé de fer, ce véritable animal politique pourrait parfaitement remporter à nouveau les prochaines élections territoriales. Car, ce que peu de commentateurs soulignent aussi c'est qu'autour de CHABEN, il y a toujours eu davantage de mariejeannistes que d'indépendantistes purs et durs. Son charisme dépasse de loin, de très loin, l'idéologie qu'il affiche depuis quatre décennies.

   Ne confondons donc pas élections municipales et élections territoriales !  

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