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Salman Al-Awdah, le prédicateur saoudien qui défend les libertés individuelles

Intellectuels du monde arabo-musulman (1/5). Ce partisan de la limitation des pouvoirs du monarque en Arabie saoudite est suivi par plus de 13 millions d’abonnés sur son compte Twitter. Portrait, par l’islamologue François Burgat.

Au royaume des Al-Saoud, la contestation de l’autoritarisme est, de longue date, beaucoup plus présente qu’on ne le croit. Salman Al-Awdah, 61 ans, docteur en jurisprudence islamique, originaire d’un petit village de la province agricole du Qasim, est l’un de ses protagonistes les plus populaires. Il demeure pourtant à peu près inconnu en France. Certes, l’absence de passé colonial ne contribue pas à alimenter l’intérêt du public français pour la lointaine Arabie. Mais si les plus populaires des figures de proue de la contestation nous sont si peu familières, c’est avant tout parce qu’elles ne satisfont pas aux critères de l’intellectuel « libéral », ou « laïque », à qui nous attribuons plus ou moins consciemment le monopole d’un tel rôle.

Ce travers – qui altère notre compréhension de dynamiques importantes – n’est pas nouveau. En Arabie, plus encore qu’ailleurs dans la région, les plus influents des acteurs de la demande de participation politique appartiennent à un courant – « islamiste » – auquel, lorsque nous n’en faisons pas la cause de toutes les régressions, nous nions toute capacité à participer à la marche du « progrès » politique. Comme le rappelle pourtant l’anthropologue et historien Pascal Ménoret, « en Arabie saoudite, bon nombre de mouvements sociaux qui s’inspirent pour partie de l’islamisme dans ses formes diverses (…) cherchent à créer des mouvements de masse et à organiser des protestations contre cet environnement si répressif. Ils réclament des réformes, la fin de la répression, une lutte réelle contre la corruption et même l’établissement d’une monarchie constitutionnelle. »

Piétisme et idées humanistes

Début juillet, le compte Twitter en arabe du cheikh Salman – il en alimente aussi un en anglais – était suivi par près de treize millions d’abonnés. Parmi les plus récents de ses 51 000 Tweet, des injonctions et autres considérations imprégnées d’un omniprésent piétisme...