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Stéphanie St-Clair : le one-woman-show d'Isabelle Kancel

Stéphanie St-Clair : le one-woman-show d'Isabelle Kancel

   Ce vendredi 18 janvier, à L'ATRIUM, la troupe guadeloupéenne "CE QUE JE VEUX", a présenté avec le soutien de la Direction des Affaires Culturelles de la Guadeloupe, du Conseil départemental de Guadeloupe et de l'Artchipel-Scène nationale de Guadeloupe, une pièce de théâtre inspirée du roman de Raphaël CONFIANT intitulé "STEPHANIE ST-CLAIR, REINE DE HARLEM" (FOLIO-Gallimard), cela dans le "Festival des Petites Formes" de l'Atrium. 

   A l'ouverture de la représentation, les responsables de l'Atrium ont prononcé, devant une salle archi-comble, une courte allocution sans jamais dire que la pièce s'inspirait de ce roman. Puis, s'est avancée sur la scène une vieille dame courbée et vêtue d'une robe de nuit comme on en portait dans les années 20 du siècle passé. Elle s'est alors mise à dialoguer avec son neveu Frédéric qui lui a écrit depuis la Martinique (que Stéphanie a quitté depuis 40 ans pour s'installer à New-York) et  qui veut écrire un livre sur sa vie. Et le miracle de se produire ! On revoir le Canal Levassor, les petites bonnes des  grandes familles mulâtres de Fort-de-France, la misère noire des quartiers plébéiens. La comédienne Isabelle KANCEL endosse le rôle d'une jeune fille pauvre du tout début du XXe siècle à la Martinique, puis celui d'une jeune femme aventureuse qui décide de partir en France, à Marseille plus précisément, avant, plus audacieusement encore d'émigrer à New-York où elle deviendra la reine des paris clandestins de Harlem.

    I. KANCEL a donc dû changer dix fois de personnages au cours des quelques une heure trente de spectacle, Stéphanie ST-CLAIR étant devenue octogénaire en dépit des violences qu'elle a subies et de celles qu'elle a infligées à tout ceux qui se dressaient sur son chemin. C'est donc cette vieille femme qui, pensionnaire d'une maison de retraite du Queens, évoque son passé, collant au texte de R. CONFIANT et lui donnant un souffle puissant, très différent en tout cas de celui qui se dégage de la lecture silencieuse d'un roman. Nous voyons donc petit à petit Stéphanie passer de l'état de victime presque expiatoire à celui de féroce chef de gang qui n'hésite pas à affronter la mafia irlandaise et surtout italienne qui règnent sur New-York dans les années 30. Véritable one-woman-show, la performance de la comédienne guadeloupéenne a séduit le public qui lui a fait une standing-ovation à la fin du spectacle. 

    Il faut ajouter à cela la mise en scène à la fois sobre et efficace d'Isabelle DOGUE : une chaise, une table, une valise et un porte-manteau auquel est accroché un manteau de fourrure. Et une boite contenant des photos, celles des différents hommes qui ont traversé la vie de Stéphanie, féministe avant la lettre qui ne s'en est jamais laissé compter et n'a pas hésité à diverses reprises à user du couteau ou du revolver. D'où d'innombrables démêlés avec la justice en plus de sa loterie clandestine. I. DOGUE a eu raison de ne pas tenter de représenter la ville de New-York, les morceaux de musiques qui rythment la pièce aidant parfaitement le spectateur à imaginer la ville. Ce en quoi le responsable de la création sonore, Stéphane RIVEREAU doit être félicité.

   Sinon, au-delà du roman de CONFIANT et la pièce qu'en a tiré la Compagnie "CE QUE JE VEUX", il faut savoir que Stéphanie ST-CLAIR a bel et bien existé. Toutes les péripéties de sa longue existence figurent dans les journaux de l'époque et dans des livres, notamment celui qui établit la liste des gangsters noirs américains du début du XXe siècle. Son patronyme français était SAINTE-CLAIR et a été anglicisé en ST-CLAIR quoique Stéphanie ne se soit jamais sentie américaine, mais "Black french woman" (Française noire). Elle ne s'est ainsi jamais efforcé de prononcer le fameux "th" anglais qu'elle prononçait systématiquement "ze" comme on peut le voir dans différents films noirs américains où son personnage est brièvement représenté, notamment "HOODLUMS".

   Sa vie, comme on le voit dans le roman et sa traduction théâtrale, est en fait un questionnement permanent sur la question de l'identité : Stéphanie est tout à la fois Martiniquaise, noire, Créole, Française, Américaine, faible femme, forte femme, chef de gang etc...jouant sur ces différents registres avec une habileté consommée comme si elle était l'actrice de sa propre vie.

   Elle a, en tout cas, regagné sa Martinique natale, grâce à Isabelle KANCEL, l'espace d'un vendredi soir...

 

 

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