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Stupides et paralysantes équivalences madininiennes...

 Stupides et paralysantes équivalences madininiennes...

   Depuis quelques mois, on entend ici et là, mais de manière de plus en plus insistante, un slogan qui résonne à l'exact inverse de celui de l'ex-Conseil régional lorsqu'il était dirigé par le PPM/EPMN et Serge LETCHIMY. Leur slogan était : "La Martinique avance". Ce qui devient sur de nombreuses lèvres aujourd'hui : "LA Martinique n'avance pas". Le tour de passe-passe est simple, mais habile, reconnaissons-le.

   Sauf que cela fait plus d'un demi-siècle que la Martinique est bloquée.

   Bloquée par trente-six freins : féodalisme béké, inconscience hédoniste des fonctionnaire quarante-pour-centaires, compère-lapinisme de TI SONSON, népotisme et clientélisme des élus politiques etc...Mais parmi eux, il y a des freins mentaux que la plupart des analystes jugent inutile de souligner ou alors ne voient même pas. En font partie ce qu'on peut appeler, faute d'une dénomination moins compliquée, de stupides et paralysantes équivalences. Elles sont fort nombreuses mais pour les besoin de notre démonstration, nous n'en prendrons que deux en précisant tout de suite qu'elles relèvent toutes de la paresse mentale.

   Examinons donc les deux suivantes :

 

   . défenseur de la langue créole = indépendantiste.

 

   . partisan de l'indépendance = d'extrême-gauche.

   S'agissant de la première, un minimum de connaissances aurait pu permettre de savoir que les Blancs créoles (ou Békés) ont été les tous premiers à écrire le créole : DUVIVIER DE LA MAHAUTIERE, en 1754, à Saint-Domingue (devenue "Haïti" après s'être libérée par les armes du joug français) ; François MARBOT en 1844 à la Martinique ; Paul BAUDOT en Guadeloupe en 1860 etc...Ensuite, la langue a été défendue en Guadeloupe par la fameuse ACRA (ou "Académie Créole Antillaise") au milieu du XXe siècle, moment où Gilbert GRATIANT publie son magistral "Fab' Compè Zicaque" (1958). Bref, les indépendantistes ne se sont emparés de la cause du créole qu'à compter des années 70 du siècle dernier et cela pour une raison tout simple : la revendication nationalo-indépendantiste n'apparaît qu'à ce moment-là.

   Faire donc équivaloir "défenseur du créole" et "indépendantiste" est complètement stupide. Et paralysant...

  Quand on en vient à la seconde équivalence à savoir "partisan de l'indépendance = d'extrême-gauche", elle repose sur un constat à savoir que les premiers indépendantistes, dans les années 70 du siècle dernier également, étaient quasiment-tous d'extrême-gauche (maoïstes, trotskystes etc.). Mais il suffit de jeter un œil à notre archipel caribéen pour se rendre compte qu'aucun des pays qui le compose n'est parvenu à l'indépendance sous la houlette d'un parti ou d'un mouvement d'extrême-gauche. Même pas Cuba ! Ensuite, seuls deux pays (Cuba et Grenade) ont adopté l'idéologie marxiste-léniniste, ce qui s'est transformé en catastrophe pour le second, ses dirigeants s'étant entretués, ce qui a favorisé, malheureusement, une intervention militaire des Etats-Unis. Et si on quitte notre petit archipel et qu'on examine le vaste monde, on se rend compte que l'on peut compter les pays qui ont accédé à l'indépendance grâce à un parti d'extrême gauche. En fait, l'indépendance d'un pays n'a aucun rapport avec le système politique qui est en place à telle ou telle époque. Par exemple, le Maroc peut fort bien cesser d'être un jour une monarchie pour devenir une république, mais il n'en demeurera pas moins un pays indépendant pour autant. Et cette république pourra être libérale ou socialiste, cela ne changera rien au caractère indépendant du pays.

   La cause du créole et celle de l'indépendance sont donc terriblement freinées à cause de ces équivalences stupides.

   Et, pour se raccrocher à l'actualité immédiate, quand on voit certains parler d'"indépendantistes en carton-pâte" qui dirigeraient la CTM et qui "violent les droits des travailleurs", on se rend compte qu'on est en plein dans notre sujet. On est en plein embrouillamini même ! Un indépendantiste de carton-pâte est quelqu'un qui ne va pas voir comment fonctionnent Barbade, l'île Maurice ou les Seychelles, pays comparables à la Martinique. Un indépendantiste de carton-pâte est quelqu'un (ou un parti) qui, alors que Barbade a fêté le 50è, puis le 51è anniversaire de son indépendance cette année et l'an dernier, n'a jamais jugé bon d'assister ou de participer à aucune des cérémonies qui ont été organisées chaque mois chez notre petite sœur du sud. Un indépendantiste ou écolo-souverainiste de carton-pâte est quelqu'un qui découpe 500m2 ou 1.000M2 de la minuscule Martinique pour construire une villa alors qu'il existe des centaines, plusieurs centaines de maisons vides et à vendre à travers toute l'île. Un indépendantiste de carton-pâte est quelqu'un qui n'a pas honte de gagner plus de 7.000 euros par mois ou de s'acheter une grosse cylindrée à 40.000 ou 50.000 euros dans un pays où il y a 40.000 chômeurs et où la moitié de la population vit avec moins que le SMIG. Un indépendantiste de carton-pâte est quelqu'un qui ne prononce jamais de discours officiel en créole comme le font les dirigeants corses dans leur langue etc...etc...

   Donc, oui, les indépendantistes en carton-pâte existent, mais cela n'a strictement aucun rapport avec "les droits des travailleurs". Pareil ineptie ne peut sortir que du cerveau mou d'un trotskard. 

   La France est en train de détricoter son Code du Travail, la Chine exploite férocement dans ses usines des migrants de l'intérieur (ou "mi-gong"), Les Etats-Unis sont depuis longtemps un pays où l'on peut vous licencier sans préavis etc...Ces pays ne sont-ils pas indépendants ??? De toute façon, une chose est sûre : tant que l'idée d'indépendance sera liée, ligotée, à l'idéologie d'extrême-gauche, jamais la Martinique ne deviendra indépendante...

 

Commentaires

Véyative | 14/12/2017 - 05:36 :
Et j'ajouterai que puisque les querelles d'hommes -qui vont en crescendo depuis le 1er référendum pour la collectivité unique -prennent le pas sur la vie des citoyens , et décrédibilisent les élus, la Martinique ne deviendra pas indépendante. Pire, on risque de voir l'Etat reprendre la main!
Balivot | 14/12/2017 - 08:15 :
D'accord avec vous sur pas mal de points. J'avais entendu également "la martinique attend". Mais il ne faut pas se voiler la face, la martinique a connu une période plus faste il faut le dire (beaucoup de petits et moyens entrepreneurs sont au bord du gouffre ou au fond déjà), et là il ne faut pas regarder vers l'Etat, il faut plutôt regarder en interne comme le confirme l'actualité récente.(on a une facheuse tendance à s'en remettre à l'Etat dès qu'il y a un problème et la plupart des gens qui crachent dessus sont eux mêmes des fonctionnaires, et qui touchent 40% en plus pour avoir un niveau de vie plus élevé qu'un équivalent fonctionnaire en métropole et réclament l'indépendance, plutot schizo comme comportement encore plus si on demande l'indépendance sans avoir la moindre idée de comment fonctionne une vrai économie et le secteur privé qui devra porter à bout de bras le pays une fois indépendant!) Et à force d'entendre les indépendantistes en carton pâte comme vous dites qui ne font que brasser de l'air cela décrédibilise la "cause". Et je dis tant mieux car si on réfléchit : pourquoi une telle cause? et quel but? Nous sommes un département depuis longtemps, pourquoi ne pas continuer en ce sens? On entend haut et fort des voix qui sont pour la "cause" mais on n'entend jamais les voix, qui représentent une grosse majorite de la population, qui sont contre ce principe "d'émancipation". Et si on regarde en arrière la situation, très loin d'être parfaite, (en partie à cause du passé et de la main mise sur l'économie d'une partie de la population) s'est arrangée en 70 ans si on regarde le point de départ et les événements passés (révoltes des années 60/70, bumidom etc...). Alors pourquoi ne pas continuer? Cela ne pourra pas se faire du jour au lendemain mais cela peut tendre vers une situation meilleure (toujours trop de problèmes, chômage etc... mais je ne pense pas qu'en étant indépendant cela réglera la chose au contraire, il y aura un gros choc et une crise profonde). Ensuite je dirai qu'il y a également un amalgame entre indépendantiste et raciste. Certes ils existent malheureusement (je dois l'avouer j'en connais un certain nombre qui parfois franchissent la barrière un peu trop à mon gout) mais cela me semble être un raccourci trop rapide. Par contre vu de l'extérieur cela peut créér un sentiment de rejet, ce qui ne facilite pas l'ouverture aux autres. Je dirai en conclusion que l'indépendance n'est pas la voie/voix à suivre, ouvrons nous plutôt aux "autres" sans avoir peur de perdre notre identité, pourquoi ne pas au contraire favoriser l'apprentissage du créole aux "autres"?

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