Accueil

Suicide en Martinique et psychiatrie coloniale

   Depuis quelque temps, il n'est bruit que de l'augmentation inquiétante du nombre de cas de suicide et de tentatives de suicide en Martinique. La presse en fait ses gros titres et toutes sortes d'experts défilent sur les antennes ou les plateaux-télé afin de nous expliquer les raisons de ce phénomène. Evidemment, personne ne dit que la Martinique a fait un bond de cinquante ans en arrière en matière de psychiatrie. Non pas en termes d'infrastructures qui se sont nettement améliorées, l'hôpital de Colson ayant fait son temps, encore qu'on est en droit de se demander si ce lieu semi-ouvert n'était pas mieux adapté aux patients de chez nous que les structures dites modernes.

   Ce "de chez nous" justement n'est pas anodin. En effet, on a vu débarquer toutes ces dernières années des praticiens qui ne connaissent rien à notre culture et qui prétendent soigner nos troubles mentaux comme si nous étions à Carcassonne ou à Garge-les-Gonnesses. Tranquillement colonialistes, cela avec la complicité de certains thérapeutes locaux et de l'administration, ils pérorent à longueur de journée dans les médias sans qu'on voit le moindre début de commencement d'efficacité de leurs traitements. Car si c'était le cas, comment expliquer l'augmentation du nombre de suicides ?

   Partout ailleurs, l'importation du modèle thérapeutique occidental en matière de psychiatrie a été remise en question, voire même rejeté et dénoncé. Frantz FANON en fut l'un des précurseurs à l'hôpital psychiatrique de Blida en Algérie. Toby NATHAN a continué dans cette voix et l'a approfondie en s'occupant des immigrés africains et arabes vivant en France. Partout dans le monde, sauf en Martinique, on sait que les maladies mentales ne peuvent être appréhendées qu'à travers le prisme de la culture, de la langue et de l'histoire de chaque pays. Si on peut utiliser le même médicament en France, en Chine, en Pologne ou en Martinique pour soigner une grippe, un ulcère à l'estomac ou un cancer du sein, par contre, il n'y a pas de médicament universel, de thérapie universelle pour les troubles psychiques.

   Ne pas reconnaître cette évidence, refuser de la reconnaître revient à s'adonner à la bonne vieille psychiatrie du bon vieux temps des colonies...

Pages