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SUJETS DES ÉPREUVES D'ADMISSIBILITÉ 2010

Concours externe de recrutement de professeurs certifiés et concours d'accès à des listes d'aptitude (CAFEP) SECTION : Créole

Dissertation en créole 

2010

L’usage de tout ouvrage de référence, de tout dictionnaire et de tout matériel électronique est rigoureusement interdit.

Durée: 4 heures

Pour conclure son ouvrage «Du français aux parlers créoles» (Paris, Klincksiek 1956), la linguiste martiniquaise Elodie Jourdain rédige un long chapitre intitulé ‘Le créole pourrait-il être langue littéraire’», question à laquelle elle formule une réponse négative d'où l'on peut extraire ce passage:

«...fidèle miroir des âmes qu'il exprime, le créole a les qualités et les défauts de ces populations de couleur qui se sont développées aux colonies sous l'égide de la France: populations affinées au contact des blancs, mais gardant encore des naïvetés et des grossièretés dues surtout à leur ancienne condition sociale.

(...) Avant tout, le noir sait voir, et pour exprimer ce qu'il voit, il n'a point besoin d'abstractions, les comparaisons lui suffisent, il les choisit avec justesse, un sens du pittoresque remarquable; on porrait citer des centaines d'expressions qui dénotent le don de rendre par l'image l'impression qu'il éprouve, il suffirait d'aligner par exemple à la file des proverbes ou dictons.»

Vous analyserez et discuterez ces propos en vous appuyant sur votre connaissance des proverbes, dictons et des autres formes orales concervées par la tradition.

 

Épreuve de traduction

2010

L'usage de tout ouvrage de référence, de tout dictionnaire et de tout matériel électronique est rigoureusement interdit.

Durée: 4 heures

Ulysse était cuisinier chez mes parents, à Saint Pierre de la Réunion. Je le respectais parce qu'il était Cafre et que le Cafre est supérieur par la force aux autres noirs. Même, je l'aimais, le préférant à Onésime, le cocher, qui était malgache, et à Éléonore, la repasseuse, mulâtresse insolente; je ne parle pas de Babo, l'indien idiot et bouffon, à qui je ne permettais pas qu'il me touchât de bout des doigts.

Ulysse portait haut sa tête solide et ronde, pareille à un boulet; des cheveux ras; de gros yeux aussi saillants en dehors que son nez écrasé semblait rentrer dedans; une barbe crépue, comme criblée de grains de poivre; un étroit front qu'il avait en quelque sort tatoué lui-même à force de le rider et des oreilles courtes, en anses de marmite, avec lesquelles il entendait vite et juste assez. Il parlait peu; à nous-même il ne se donnait souvent pas la peine de répondre; avec les autres domestiques il ne causait guère, cependant on n'entendait que lui. Voici comment: dans un tel vacarme il coupait la viande sur la planchette de bois, si bruyamment il appelait les chiens pour leur jeter au museau les entrailles de volailles avec tant de fracas il fendait le bois dans la cour, que, des maisons voisines et de très loin, on suivait tout ce qu'il faisait. Casser la tête du bois, comme il disait. C'était alors que j'aimais surtout le regarder. Les deux pieds nus bien aggripés au tronc qu'il maîtrisait, soudain il s'arquait et avec tel acharnement d'effort assenait le coup que la hache sifflait dans une sorte de frémissement et que le bois, mordu à fond, se plaignait en grinçant.

Marius-Ary LEBLOND, Ulysse, Cafre ou histoire dorée d'un noir, 1924, Éditions de France.