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Traduction

{{Conseils méthodologiques}}

Commencer par lire soigneusement le texte afin surtout d’éviter des erreurs de tonalité ou des contresens civilisationnels. La lecture permet également d’identifier le cadre référentiel du texte (la situation contextuelle: où se déroule l’action, quand ?…).

Effectuer différents repérages:

_ a) Analyse de la situation d’énonciation et des points de vue (Qui parle? A qui l’énonciateur parle-t-il Comment l’énonciateur se situe-t-il vis-à-vis de son énoncé? (respect des modalités, du temps, de l’aspect, etc.);

_ b) Analyse de la texture syntaxique et grammaticale:

- Respecter les paragraphes et le découpage du texte et soignez la ponctuation;
- Repérez les déictiques spatiaux et temporels (adverbes de temps et de lieu) afin de bien rendre l’organisation de l’espace et du temps;

_ c) Repérage lexical:

- Savoir que la répétition d’un mot peut faire sens.

_ Essayer de tenir compte du rythme de la phrase ainsi que des réseaux sonores (assonances, allitérations).
_ Eviter les fautes d’orthographe.
_ Faire en sorte que le devoir soit lisible et présenté correctement.
_ Essayer de faire ce thème dans le temps qui vous est imparti au concours.

Bon courage!
J-P Arsaye

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{{Thème n° 1}}

Samba Diallo sortit doucement de sa chambre dans la cour, se promena de long en large, puis, lentement, préluda la Nuit du Coran qu’il offrait au chevalier. Sa voix à peine audible d’abord, s’affermit et s’éleva par gradation. Progressivement, il sentit que l’envahissait un sentiment comme il n’en avait jamais éprouvé auparavant. Toute parole avait cessé dans la maison. Le chevalier, d’abord nonchalamment étendu, s’était dressé à la voix de Samba Diallo et il semblait maintenant qu’en entendant la Parole il subît la même lévitation qui exhaussait le maître. La mère s’était détachée du groupe des femmes et s’était rapprochée de son fils. De se sentir écouté ainsi par les deux êtres au monde qu’il aimait le plus, de savoir qu’en cette nuit enchantée, lui, Samba Diallo était en train de répéter pour son père, ce que, de génération en génération depuis des siècles, les fils des Diallobé avaient fait pour leur père, de savoir qu’il n’avait pas failli en ce que le concernait, et qu’il allait prouver à tous ceux-là qui l’écoutaient que les Diallobé ne mourraient pas en lui, Samba Diallo fut un moment sur le point de défaillir. Mais il songea qu’il importait pour lui, plus que pour aucun autre de ceux qui l’avaient précédé, qu’il s’acquittât pleinement de sa Nuit. Car, cette Nuit, lui semblait-il, marquait un terme. Ce scintillement d’étoiles au-dessus de sa tête, n’était-il pas le verrou constellé rabattu sur une époque révolue? Derrière le verrou, un monde de lumière stellaire brillait doucement, qu’il importait de glorifier une dernière fois. Sa voix, qui avait progressivement levé, comme liée à la poussée des étoiles, se haussait maintenant à une plénitude pathétique. Du fond des âges, il sentait sourdre en lui et s’exhaler par sa voix un long amour aujourd’hui menacé. Progressivement se dissolvait, dans le bourdonnement de cette voix, quelque être qui tout à l’heure encore était Samba Diallo. Insensiblement, se levant des profondeurs qu’il ne soupçonnait pas, des fantômes l’envahissaient tout entier et se substituaient à lui. Il lui sembla que sa voix était devenue innombrable et sourde comme celle du fleuve certains soirs.

Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambiguë (1961)

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{{Thème n° 2}}

C’était en Algérie, à Oran, en 1869, époque à laquelle j’étais presque un enfant.

Plumkett avait encore tous ses cheveux. C’était un matin de mars. Oran se réveillait sous un ciel gris. Nous étions assis devant un café qu’on venait d’ouvrir dans le quartier européen. Nous n’avions pas froid, parce que nous arrivions de France; mais les Arabes qui passaient étaient entortillés dans leurs manteaux et tremblaient.

Il y en avait un surtout qui paraissait transi; il traînait une espèce de bazar portatif qu’il étalait devant nous et s’obstinait à nous vendre à des prix extravagants des colliers en pâte odorant et des babouches.

Une petite fille pieds nus, en haillons, se cramponnait à son burnous ; une délicieuse petite créature qui était tout en grands yeux et en longs cils de poupée. Elle avait un peu l’exagération du type indigène, ainsi que cela arrive chez les enfants. Les petits Arabes et les petits Turcs sont tous jolis avec leur calotte rouge et leurs larges prunelles noires de cabris ; ensuite, en grandissant, ils deviennent très beaux ou très laids.

C’était sa fille Suleïma, nous dit-il. En effet, c’était possible après tout : en décomposant bien cette figure de vieux bandit et en la rajeunissant jusqu’à l’enfance, on comprenait qu’il eût pu produire cette petite.

Nous donnions des morceaux de sucre à Suleïma, comme à un petit chien ; d’abord elle se cachait dans le burnous de son père, puis elle montrait sa tête brune, en riant d’un gros rire de bébé, et en demandait d’autres. Elle retournait ce sucre dans ses petites mains rondes, et le croquait comme un jeune singe.

Nous disions à ce vieux: «Elle est bien jolie, ta petite fille. Veux-tu nous la vendre aussi?»

C’était dans toute la candeur de notre âme; nous nous amusions de l’idée d’emporter cette petite créature d’ambre, et d’en faire un jouet. Mais le vieil Arabe, nullement candide, écarquillait les yeux, en songeant que sa fille, réellement serait belle et souriait comme un mauvais satyre.

Les gens du café nous contèrent son histoire: il venait d’arriver à Oran, où il était sous la surveillance de la police, ayant fait autrefois le métier de détrousseur dans le désert.

Pierre Loti, Suleïma

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