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Trinidad : Les langues meurent aussi...

   Les langues meurent aussi. Regardez la vidéo ci-après de Holly BETAUDIER, un vieux monsieur trinidadien de 87 ans, qui vient de décéder. Il parle un créole très proche du créole martiniquais tout comme un petit millier d'habitants des villages de Morne Coco, Paramine et Blanchisseuse situés dans le nord de l'île de Trinidad.

   Il faut savoir que colonie laissée à l'abandon par l'Espagne dès le 18è siècle, récupérée par l'Angleterre au 19è et qui s'en est, elle aussi peu occupée, Trinidad a reçu un certain nombre de Békés martiniquais et leurs esclaves peu après l'éclatement de la Révolution française (1789) et surtout la première abolition de l'esclavage (1794). Depuis, l'émigration martiniquaise, quoiqu'au compte goutte, vers la grande île du Sud n'a jamais cessé et ne s'est tarie qu'au 20è siècle.
   Le créole à base lexicale française s'est donc implanté à Trinidad sous le nom de "patois" tout comme dans les autres îles sous contrôle anglais de la Caraïbe (Grenade, Sainte-Lucie et Dominique) jusqu'à finir par y devenir, au 19è siècle, la langue de la majorité de la population. D'ailleurs, la toute première grammaire d'un créole à base lexicale française a été écrite en 1869 par un instituteur trinidadien nommé John Jacob THOMAS : "The Theory and practice of creole grammar". 
   Puis, à compter de la fin du 19è siècle, début du 20è, l'Angleterre a renforcé sa présence dans l'île et en moins de trois décennies, l'anglais est devenu l'idiome majoritaire. La même chose s'est produite dans l'île de Grenade où, par contre, le créole a totalement disparu. Ainsi donc jusqu'à aujourd'hui, il y a encore des locuteurs du créole à Trinidad et un grand calypsonien comme Mighty SPARROW a beaucoup utilisé cette langue dans diverses chansons à succès. L'anglais trinidadien semble d'ailleurs être une sorte de relexification du créole et comporte un nombre important de lexèmes créoles : "mòlòkoy", "makoumè" etc...
   Des efforts sont entrepris depuis les années 90 du 20è siècle par des linguistes-créolistes trinidadiens comme Jo Ann FERREIRA pour étudier le créole trinidadien, l'enseigner à l'Université et tenter de le faire perdurer à défaut de le sauver totalement. Un pari que l'on ne peut que souhaiter être gagnant, même s'il est très difficile à tenir...

Document: 

Trinidad Patois speaker Holly Betaudier

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