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PRÉVENTION ET LUTTE CONTRE L’ILLETTRISME

UN NOUVEL OUTIL POUR LES ENSEIGNANTS

Un nouvel outil pédagogique pour les enseignants du primaire, du collège et même du lycée professionnel. Un espace numérique dédié à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture à La Réunion. Le Télé Formation Lecture Réunion devrait à terme permettre à tous les enseignants de s’auto-former. Chercheurs de l’Université Paris 5, Université de La Réunion, IUFM et CRDP vont enrichir cette base de données. Un pas de plus pour la prévention et la lutte contre l’illettrisme.

Un mois après la signature d’une Charte prévoyant des actions concertées, le Rectorat présente un dispositif pédagogique : la Télé Formation Lecture Réunion (TFLR). Il s’agit d’un site Internet de formation pour les enseignants et formateurs. Une base de données importante, des recherches et des pratiques pédagogiques sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, qui permet à chaque enseignant de s’auto-former et de communiquer avec d’autres collègues sur cette problématique. Spécificité de cet espace numérique, la prise en compte du contexte d’apprentissage en milieu créolophone. TFLR devrait être opérationnel en décembre, et l’accès y est gratuit.

Le dispositif TFL n’est pas nouveau. Une équipe de recherche de l’Université parisienne René Descartes a mis au point cet outil de formation pour les enseignants en 2003, un projet piloté par Alain Bentolila, responsable du Campus numérique ECHILL (Lutte contre l’illettrisme et l’exclusion scolaire et sociale) du laboratoire EDA. Le TFL-Réunion va se greffer sur cet espace numérique existant pour pouvoir répondre aux attentes spécifiques des enseignants, confrontés à des élèves dont la langue maternelle est le créole. Sur ce site, on trouvera un texte de 10 pages de Lambert-Félix Prudent sur l’apprentissage de la lecture dans le contexte créolophone, ainsi que des notions, des vidéos et un espace de tutorat avec des questions-réponses.

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Depuis 2005, l’Académie prépare sa contribution au dispositif TFL. « Il y a deux ans, nous avons mené une enquête dans les écoles afin de recenser les difficultés des enseignants pour l’apprentissage de la lecture, et leur demander quelles compétences professionnelles ils avaient besoin d’améliorer. Nous avons ensuite effectué 51 entretiens pour confirmer ou infirmer les résultats de cette enquête, et définir les priorités, en termes de notions et de questions pédagogiques pour le TFLR. Les premières questions sont quasiment terminées, nous sommes au stade de la relecture », explique Raymond Octor, coordonnateur académique du projet TFLR.

L’espace de tutorat de l’Académie de La Réunion, déjà actif, rassemble une quarantaine de tuteurs qui garantissent des réponses aux interrogations de leurs collègues, en moins de deux jours. « Chaque soir, 9 tuteurs sont de garde, 3 par cycle, et répondent aux questions », précise Raymond Octor.

Pour les vidéos, il faudra attendre encore un peu. Le CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) est chargé de réaliser ces clips filmés pour illustrer les notions théoriques liées à des fiches d’activités.
L’Académie de La Réunion n’a pas attendu la création de TFLR pour apporter une forte contribution aux 250 questions du site Internet. Pour ne citer que deux exemples, des problèmes traités par des enseignants de La Réunion et consultés régulièrement par les autres académies : “Comment aider un élève de CP qui déchiffre sans entrer dans la compréhension ?”, question la plus lue, ou encore “Comment faire lire une œuvre complète ?”.
Ce système TFL présente un intérêt scientifique. « Les chercheurs ont des apports différents et parfois opposés. On n’y trouve pas un discours unique, mais des recherches divergentes, des regards différents sur les techniques de l’apprentissage », explique Raymond Octor. En ce sens, La Réunion apporte sa pierre à l’édifice, une pierre fondamentale, car son approche de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pourra servir aux autres DOM-TOM, enrichir la base de données nationale.

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Après les paroles, voilà les actes

Les chiffres ne sont plus à rappeler. 120.000 illettrés à La Réunion. Et le Recteur Paul Canioni l’a souligné, des enfants qui peinent à maîtriser ce qu’on appelle « les fondamentaux », dont la maîtrise de la langue française. Il n’y a pas si longtemps, le Rectorat présentait son “Plan stratégique académique”, en quelque sorte sa feuille de route pour les années à venir. « La priorité, c’est de donner toutes les chances de réussite à tous les élèves de l’Académie. Par conséquent, je ferai en sorte que les moyens soient disponibles pour relever ce défi », a réaffirmé hier Paul Canioni. Le dispositif Télé Formation Lecture Réunion s’inscrit dans cette logique, avec une réelle prise en compte du contexte réunionnais, à mettre en parallèle avec la possibilité d’enseignement du créole en primaire, à raison de 2 heures par semaine.

Raymond Mollard, Vice-président régional chargé de l’Éducation, a salué cette volonté commune de mener « une grande bataille contre l’illettrisme. C’est bien là une bataille, a-t-il insisté. Aujourd’hui, nous montrons que nous voulons aller de l’avant », en passant du stade du discours aux actes. La tâche s’annonce ardue, mais Raymond Mollard a rappelé que La Réunion a su relever de tels défis dans le passé. « En 1948, le taux de mortalité infantile atteignait les 250 pour 1.000 habitants, en 1974, il était de 32,7 pour 1.000, aujourd’hui il est de 6 pour 1.000. Un taux légèrement supérieur à celui de la Métropole, mais un long chemin a été parcouru. C’est un exemple parmi d’autres du travail qui peut être réalisé sur plusieurs générations », dit-il.

La Région et le Département participent à hauteur de 74.000 euros chacun, par année et sur une période de 3 ans, au TFLR (Télé Formation Lecture Réunion). L’Association des Maires s’engage de son côté à faciliter l’accès à Internet, et notamment au haut débit dans les écoles.

Il s’agit plus, précise Sylvie Billaud de l’Association des Maires, d’informer sur les possibilités d’accès, puisque dans la plupart des communes, le matériel est disponible. Le CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) s’occupe de la gestion financière du dispositif, l’Université René Descartes de la conception du site.

EP

[Source->http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=25283]

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