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Une branche emportée par le vent / Franstalige literatuur uit de Cariben »

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Une branche emportée par le vent / Franstalige literatuur uit de Cariben »

 Publié à Curaçao, l’ouvrage s’ouvre sur un aperçu historique de la région caraïbe et une présentation de ses langues et littératures. Le créole y tient une place illustrée par un extrait des Contes créoles de Marie-Thérèse Lung-Fou : «Pouqui chien pas ka palé enco» ainsi qu’une version bilingue d’une chanson de Kassav à savoir « An sèl zouk » écrite et composée par César Durcin.

Le titre du livre « Une branche emportée par le vent » est emprunté à Simone Schwarz-Bart dans « Ti Jean l’Horizon »

« Dites-lui que nous sommes peut-être la branche coupée de l’arbre, une branche emportée par le vent , oubliée ; mais tout cela aurait bien fini par envoyer des racines un jour, et puis un tronc et de nouvelles branches avec des feuilles, des fruits …, des fruits qui ne ressembleraient à personne, dites-lui… »  

 

Il s’agit d’une anthologie consacrée aux auteurs caribéens écrivant en français. Elle propose un panel de textes regroupés autour de trois thèmes : Le passé récent,  la bataille pour l’existence, les désirs irréalisables.

 

Les auteurs retenus sont pour la Martinique, Joseph Zobel, Aimé Césaire, Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau ; pour la Guadeloupe, Simone Schwarz-Bart, Daniel Maximin, André Schwarz-Bart, Myriam Warner-Vieyra et Maryse Condé ; pour la Guyane, Léon-Gontran Damas et pour Haïti, Dany Laférrière, René Depestre, Jacques-Stephen Alexis et Jacques Roumain.

 

Cet ouvrage s’adresse à des étudiants et chaque texte s’accompagne de commentaires et de questions en langue néerlandaise.

 

Deux exemples :

 

1°) Le texte de Maryse Condé, extrait de « Moi, Tituba… », titré « Un juif et une esclave », est  introduit de la façon suivante : A bord d'un navire négrier, l'esclave africaine Albena a été violée par un marin anglais. À l'arrivée du navire à la Barbade, sa fille Tituba est née. Après la mort d'Albena, Man Yaya s'occupe de Tituba. Man Yaya la consacre aux forces surnaturelles. Tituba est vendue au révérend Parris et arrive à Boston, aux États-Unis. Là, elle est accusée de sorcellerie et elle est condamnée à une peine de prison. Un commerçant juif, Benjamin Cohen d'Azevedo, achète Tituba. Ils semblent bien s’entendre. 

La première question interroge sur ce que les juifs et les esclaves ont en commun et sur ce qui les différencie. Les autres questions sont les suivantes : La religion détermine grandement la pensée et les actions de Benjamin. Quelle influence exerce-t-elle sur la liberté de Tituba? Quels autres facteurs entrent en jeu ? M. Condé laisse Tituba raconter son histoire. En fait, c'est impossible: à cause de cela, vous savez que vous avez affaire à un roman! Cependant, le roman est très plausible. Comment l'auteure s’y est-elle prise pour lui donner cette crédibilité ?

 

2°) Le texte de Raphaël Confiant tiré de « Ravines du devant-jour » est accompagné des remarques suivantes : L’auteur évoque son enfance en Martinique, l’île où il est né. Sa mère exerce une grande influence sur sa façon de penser, d’agir et de ressentir notamment par l’intermédiaire des livres qu’elle lui lit et des photos qu’elle lui montre. Sa façon de considérer le monde dans lequel il vit,  semble à l’enfant nécessiter un sérieux réajustement, la question de la couleur de peau lui apparaissant comme curieusement taboue.

Le texte étudié en français est annoté de quelques rares explications d’ordre lexical, par exemple : « dérisionne » traduit « bespot »  (moquer), « foutre » traduit « verdomme » (bon sang). Il est accompagné de la première de couverture du livre paru chez Folio. Les questions posées aux étudiants tournent autour du rôle et de l’utilité des tabous notamment dans les  sociétés.

 

Cette anthologie sous-titrée « Franstalige literatuur uit de Cariben » a été réalisée et éditée, en 1997,  grâce à une subvention de l’association néerlando-antillaise « Stichting Prins Bernhard Fonds N.A. » et sous le patronage de l’Alliance Française à Paris.

 

A titre informatif, il faut savoir que Curaçao est un territoire néerlandais autonome depuis 2010, de 450 km2 et 150 000 habitants, dont la capitale est Willemstad. Il a pour langue le néerlandais et un créole, le papiamento.

 

En 2001, en Guadeloupe, l’Association pour la connaissance des littératures antillaises, l’ASCODELA, soucieuse de montrer la richesse littéraire de la région a publié un ouvrage présentant « 150 romans antillais ». On y trouve trois notes de lecture détaillées sur des ouvrages de Curaçao classés « œuvres représentatives de la Caraïbe » par l’UNESCO.

 

Weekendpelgrimage (1957) de Tip MARRUG (1923-2006), un auteur d’origine suisse et vénézuélienne qui a publié par ailleurs, un dictionnaire de tous les mots à signification érotique utilisés en papiamento : « Dikshonario erótiko papiamentu » (1992). Son livre (« Pèlerinage de fin de semaine » en français) met en scène un blanc créole pauvre à la recherche de repères identitaires dans une société qui, industrialisation oblige, fait désormais la part belle aux descendants des anciens esclaves. Le roman aboutit à un constat : blancs et noirs subissent désormais ensemble le processus d’occidentalisation qui les éloigne de leur culture créole mais aussi renforce leur interdépendance. –

 

De rots der struikeling (1959) de Boeli VAN LEEUWEN (1922-2007). Pour l’auteur Curaçao est l’île des paradoxes, ses personnages sont des marginaux ivrognes ou vagabonds et des blancs-pays évoluant dans une société où des changements rapides ont redistribué les rôles en faveur des noirs. Ce premier roman (« Le rocher du péché » en français) est considéré comme un classique, il raconte les tribulations vécues par le jeune fils d’un planteur blanc qui tente vainement de trouver un sens à sa vie.

 

« Dubbelspel » (1973) de Frank MARTINUS ARION (1936 -2015). Cet auteur écrit en néerlandais mais aussi en papiamento, le créole des Antilles néerlandaises, sa langue maternelle, dont il est un défenseur. Ce premier roman (« Double-jeu » en français) est un bestseller. L’auteur y peint la fresque de la vie afro-curaçaolaise en utilisant la métaphore  d’une partie de dominos. Un leitmotiv invite ses compatriotes à croire en leurs propres capacités mais aussi aux potentialités du pays. Il s’agit par ailleurs d’engagement pour la défense des idéaux.

 

A noter qu’un titre a pu attirer l’attention dans la liste des romans sélectionnés en France, pour le Prix Femina 2018, «  Taxi curaçao », un ouvrage  traduit du néerlandais (Editrice : Héloïse d'Ormesson). L’intrigue se déroule à Curaçao. Roy est un chauffeur de taxi amoureux de son métier qu’une maladie rhumatismale le contraint à abandonner. Il transfère sa passion sur son fils Max et projette de lui confier sa chère Dodge matador, le taxi n°7. Max, lui, rêve de faire des études et de devenir instituteur. Les séquelles de la colonisation sur l’île de Curaçao sont évoquées. L’auteur Stefan Brijs est un écrivain belge flamand.

 

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

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