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Une langue autochtone quasi éteinte sauvée par un livre jeunesse

Une langue autochtone quasi éteinte sauvée par un livre jeunesse

En 2015, la langue yuwi était considérée comme « pratiquement éteinte » par la Bibliothèque de l'État de Queensland, en Australie. À présent, son vocabulaire s'est enrichi et comporte un peu plus de 1000 mots. Des mots ô combien précieux ! Puisqu'ils ont permis de publier une traduction exclusive en yuwi du livre jeunesse La Chenille qui fait des trous d'Eric Carle (traduit par les éditeurs de la maison Mijade en France).

Perdre une langue, c'est "perdre une partie de soi "


La langue yuwi est la langue indigène et traditionnelle des Yuibera et des Yuwibara, deux peuples vivant dans la région de Mackay, au sein de l'État du Queensland. Afin de prolonger l'héritage linguistique de leurs ancêtres, un petit groupe de bénévoles a réussi à rassembler 1000 mots de vocabulaire yuwi, juste assez pour traduire l'histoire de La Chenille qui fait des trous qui, par ailleurs, fête ses 50 ans cette année.

La traduction est disponible en formats imprimé et audio et les volontaires prévoient de traduire des histoires et des contes indigènes locaux pour les enfants. Une initiative d'autant plus importante depuis que les Nations Unies ont déclaré l'année 2019 comme « l'année des langues autochtones ».

« Notre langue était presque disparue », déclare Deb Netuschil, descendante traditionnelle des Yuibera et bénévole du projet. « En tant que femme originaire de la région, je ressentais une forme de tristesse vis-à-vis de cette situation. C'est notre culture, et c'est ce qui nous relie à notre terre et à notre peuple, donc avoir perdu cette culture avec la disparition de notre langue, c'était comme perdre une partie de soi. »

Les volontaires ont été aidés par un linguiste, la bibliothèque de l'État et des familles autochtones afin de vérifier la précision de la prononciation et l'orthographe des mots qui, à l'origine, étaient uniquement transmis oralement.

« C'était très méticuleux parce qu'il fallait passer en revue tous les dossiers, c'était comme essayer de cherche une aiguille dans une botte de foin », explique Deb Netuschil. Quant à l'apprentissage, la bénévole a avoué qu'il lui a été difficile de réapprendre une langue indigène, mais que certains mots « sont venus naturellement ».
 

Quatre années de recherches pour remonter aux origines


« Nous sommes vraiment partis de zéro et nous essayons juste... d'apprendre les prononciations nous-mêmes, puis d'arriver à un stade où nous pouvons transmettre notre savoir aux jeunes gens qui constitueront la relève », confie Phil Kemp, le gardien traditionnel des Yuibera.

Le groupe de volontaires a dû passer en revue des documents historiques, des rapports d'anthropologues et des documents linguistiques pour dresser la liste des 1000 mots. Un travail de longue haleine qui leur a demandé quatre années de recherche.

« Nous nous sommes rendu compte que si nous ne faisions rien maintenant, la langue de la région de Mackay serait très probablement perdue ou disparaitrait et ne serait peut-être jamais ravivée », a ajouté le gardien.

L'équipe en place prévoit de continuer à traduire des livres pour enfants ainsi que des histoires autochtones locales. L'ensemble des livres pour enfants traduits pourraient être mis à disposition dès la rentrée à la maternelle. Les élèves pourront assimiler, dès leur plus jeune âge, la langue de leurs ancêtres. 
 

Seulement deux ou trois langues indigènes parlées couramment


La Bibliothèque de l'État du Queensland travaille est entrée en contact avec les différentes communautés locales afin de faire perdurer 100 langues et dialectes dans cette partie de l'Australie. Le coordonnateur des langues autochtones de la bibliothèque, Des Crump, a affirmé qu'une majeure partie des 100 langues autochtones du Queensland était considérée comme menacée.
 


« Il n'y a que deux ou trois langues [autochtones qui sont couramment parlés dans la région], ce qui signifie qu'il est important que les jeunes soient impliqués dans cet apprentissage des langues. C'est peut-être la première fois qu'une histoire aussi populaire que La Chenille qui fait des trous est traduite dans une langue aborigène du Queensland », affirme le chercheur.

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