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Vous avez dit, violence ?

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Vous avez dit, violence ?

Cet article ne prétend ni être exhaustif quant au relevé des méfaits, ni scientifique quant à l’exploitation à en faire, ce serait travail de spécialistes. Il s’attache seulement à mettre en exergue  quelques évidences concernant les manifestations de violence en Guadeloupe à une époque souvent présentée comme exempte de dysfonctionnements sociaux.

 

J’ai  collecté les  titres de presse qui suivent dans les pages de l’hebdomadaire basse-terrien, le Progrès Social, paru entre les années 1958 et 1962.

 

« Un homme décapité à coups de coutelas. »

« Une mère de famille brûlée vive par son mari. »

 « Un homme le crâne fracassé à coup de sabre par son propre frère. »

« Un déséquilibré arrose sa mère d’alcool à brûler, la transforme en torche vivante, mord cruellement un passant puis met fin à ses jours en se noyant. »

« Depuis quelques temps on n’enregistre qu’accidents mortels, rixes sanglantes, cas de folie, crimes, incendies. »

« Corrida Place de la Victoire : Un protagoniste va chercher son fusil. »,

« Un garçon boucher blesse grièvement son camarade d’un coup de couteau. »,

« Arrêté pour violences et jugé en flagrant délit un prévenu brise le box du tribunal. » 

                         

A la fin des années 50, nous sommes encore loin des tentations offertes par la société de consommation. Ne seront donc pas volés comme aujourd’hui, des voitures, du matériel électronique ou des téléphones portables. Les mauvais sujets subtilisent des bicyclettes, de l’argent chez des voisins ou dans la caisse du patron,  des animaux domestiques, des récoltes, du rhum à l’usine… On note aussi quelques escroqueries par fausse qualité (faux agents du service public ou fausses sages-femmes pratiquant des avortements). Certains voleurs n’hésitent pas à exhiber leurs larcins. Il arrive que des victimes les voient, fringants, chevaucher la mobylette qui s’était volatilisée, ce qui engendre des réactions parfois du plus grand comique quand elles ne conduisent pas au drame. Il n’est bien sûr pas non plus question de drogue dure ou douce mais beaucoup d’alcool. Des compagnons de beuverie se disputent et s’étripent oubliant qu’ils sont amis, les jeux de dés dégénèrent.

 

Et la jeunesse me direz-vous. Le Progrès Social rend compte de nombreux mauvais comportements et exhorte (déjà) à la vigilance, les parents, les enseignants et aussi les pouvoirs publics (demande d’éclairage dans les rues et de patrouilles de police). Des jeunes sont dits désoeuvrés, oisifs donc condamnés au vice. Même si on est loin de l’actuelle banalisation des scènes « hard » passant en boucles sur les portables dans les cours des écoles, on note quand même la dérive de quelques fils à papa et « petits blancs en mal d’exotisme » soupçonnés de se livrer à de « véritables parties galantes ». La violence sexuelle est à déplorer. Ainsi, par exemple, en pleine ville, cinq jeunes garçons ordonnent à des filles de les suivre. Parce qu’elles n’obtempèrent pas et se réfugient dans un magasin, les voyous sortent un couteau et menacent de les « saigner ». Le commerçant intervient, on projette alors de lui « ouvrir le ventre ». Autre cas : Place de la Victoire, devant une foule de témoins impassibles, un « blouson noir » corrige violemment une « pépée » infidèle, il lui inflige « deux projections au tapis, de sévères taloches et de vigoureux coups de pied au ventre qualifiés dans le milieu de shoots dans le ballon. » Mais les filles ne sont pas en reste et dans le cas présent une troupe d’entre elles entre alors dans la danse et fait perdre de sa superbe au caïd, aussitôt soutenu par sa bande de loubards.

 

Le plus souvent l’intervention des agents de l’ordre suffit à faire se disperser les belligérants. Mais ce n’est pas toujours le cas, comme en témoigne ce titre : « Graines de violence : Un écolier attaque un agent de l’ordre aidé de copains. » Au cinéma (lieu de rencontre privilégié), certains jeunes se déchaînent, chahutent, invectivent. L’un d’eux en vient aux mains avec un policier. Ses amis, comme lui vêtus d’un blouson rouge (sic), lui prêtent main forte. Le récalcitrant est finalement neutralisé et conduit au poste, devant lequel une trentaine de manifestants viendront lui apporter leur soutien.

 

Autre fait divers mettant en cause cette fois de très jeunes enfants. Des titres évocateurs:

 

« Arrestation d’un gang de mineurs » : Des gamins de 12 à 16 ans ont commis des dégradations nocturnes dans un cinéma  et ils ont volé de l’argent et des objets dans des voitures en stationnement.

« Un gang composé d’une dizaine de mineurs dirigés par un repris de justice pillait le Prisunic.» 

« Cinq jeunes voyous de 11 à 15 ans tentent de mettre le feu à l’école.»

 « Deux gamins de 12 ans ont à leur passif 9 vols représentant 175000F.» 

« Des gosses de 9 à 15 ans faisaient un trafic de faux bons ». Les jeunes gredins  présentaient à l’encaissement des bons falsifiés attestant la livraison de bouteilles vides. Avec l’argent, ils allaient au cinéma, s’achetaient de la limonade. L’un d’entre eux ramenait chez lui des aliments que sa mère cuisinait  sans se soucier de leur provenance.

 

Ceux qu’on appellerait aujourd’hui délinquants sont qualifiés par le rédacteur du journal de « dévergondés » ou « écervelés ». Les plus jeunes s’en sortent avec une semonce, les autres sont écroués, conduits au juge des enfants, placés à Saint-Jean Bosco ou « en changement d’air rue Léthière » (la geôle).

 

Quant aux hommes adultes, ils se battent (presque toujours à l’arme blanche : couteau, rasoir et surtout coutelas) pour des questions d’argent mais surtout de femmes. Parfois les scènes s’apparentent à des sketchs humoristiques. Par exemple, en pleine rue, un mari suspicieux fait le guet, il  surprend sa femme « en train de se glisser subrepticement dans une Versailles complice ». L’infortuné s’interpose : gifles sonores, attroupement de badauds. Un agent invite le jaloux et la volage à rejoindre leur foyer et leurs trois enfants. D’autre fois, l’homme bafoué se déchaîne sur l’infidèle ou l’amant. Mais à cette époque où le mâle est de toute évidence un coq dans une basse-cour ce sont surtout les femmes qui se crêpent le chignon. Femmes légitimes et maîtresses sont tout aussi vindicatives. Elles pénètrent au domicile de leurs rivales, les invectivent, déchirent leurs robes, cassent leur vaisselle et parfois donnent force coups de couteau. Quand le Don Juan est présent, penaud et/ou flatté,  il n’intervient pas.

 

Au moins direz-vous, la religion était respectée et on ne trouvait pas comme aujourd’hui d’infâmes graffitis blasphématoires sur les édifices religieux. Lecteurs, détrompez-vous, en novembre 1959, un titre annonce : « La basilique du Sacré Cœur violée et profanée par des énergumènes » L’église a subi un saccage prémédité : les statues ont été cassées, maquillées, enveloppées de tissu noir, coiffées de vieilles casseroles ou de pots en fer blanc, les registres paroissiaux ont été déchirés ainsi que les vêtements sacerdotaux et sur la lancée les troncs ont été pillés.

 

Un autre grave problème de société est à noter au début des années 60, comme en témoigne le titre suivant : « Le drame des nouveaux nés abandonnés un peu partout à Pointe-à-Pitre » ou encore « Un enfant de quatre mois est retrouvé abandonné sur une plage, le corps à demi déchiqueté. »

 

Par ailleurs, à une époque où le parc automobile est encore réduit, on observe déjà nombre d’accidents témoignant de l’imprudence et de l’incivilité sur les routes.                           

 

La lecture des faits divers dans le Progrès Social au cours des années 50 et 60 n’avalise pas la représentation que nombre de Guadeloupéens se font de leur société à cette époque, une société décrite comme étant essentiellement morale et solidaire, dépourvue de violence et de troubles liés à des dysfonctionnements sociaux.

 

  Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

 


1959 à Basse-Terre : « La femme au long couteau surprend sa rivale en pleine nuit et la frappe de sept coups meurtriers après un duel sanglant. »

 

 Un Don Juan de Basse-Terre comble de ses faveurs deux femmes jalouses. L’une d’elle s’arme d’un couteau long de 14 cm sur trois de large et, de nuit, s’introduit chez sa rivale qui la repousse d’un coup de fer à repasser. Un combat à mort se livre dans la case dont l’habitante succombe à sept coups d’arme blanche. La meurtrière blessée est conduite par l’amant chez un médecin puis au poste de police où elle se constitue prisonnière.

 

Et l’auteur de l’article dans Le Progrès Social de raconter les événements dans un style propre au roman policier. " Trois phares puissants d'une jeep de combat trouent l'obscurité hostile de ce chemin sablonneux et rendu plus difficile par les ornières béantes. Impassible à son volant, tenue kaki, trousse au côté, le Dr Weck, médecin légiste, se joue des pièges de la route. A sa droite, sur la jeep qui s’avance telle une barque amirale, le commissaire Roy.  A l’arrière, moulé dans sa tenue d'inspecteur parisien, l' O.P.  Durizot.  "

 

 

4 novembre 1959 à Pointe-à-Pitre : Du rififi chez les « fans » : Un blessé grave et plus d’un million de dégâts. 

 

Ce soir-là, le cinéma-théâtre La Renaissance, à Pointe-à-Pitre, reçoit Gérard Laviny, chanteur et animateur de La Canne à Sucre. Avant son entrée en scène, le public fait un triomphe à une nouvelle formation, celle de Fred Fanfan, qui s’apprête à jouer «Petite Fleur» de Sydney Bechet. C’est alors que, sans autre forme de procès, le micro est débranché et le rideau baissé, parce qu’un autre artiste se réserve l’interprétation de ce standard.

 

Et Le Progrès Social de raconter : « Le public en effervescence réclamait Fanfan à corps et à cris, tandis que M. Corbin le sonorisateur affrontait le tumulte et tentait de l’apaiser. L’accordéoniste  Francis Lay ne parvenant pas non plus à adoucir les mœurs au son de sa musique,  Laviny s’interposa et s’adressa bon enfant au public. Le calme revenu il entama un chant qui ne fut pas très goûté. Le vacarme repris de plus belle. Cabale disent certains ? On ne saurait s’avancer.»

C’est alors que des spectateurs lancent une chaise sur Laviny, qui perdant son phlegme se met à injurier copieusement l’assistance. Cette dernière se déchaîne alors sur les chaises et l’éclairage qu’elle démolit avec acharnement. Le saccage se poursuit à l’extérieur. Les CRS et les gendarmes interviennent, poursuivant dans les rues, les fans les plus surexcités. Le calme revenu, on déplore alors outre les importants dégâts matériels un blessé grave.

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