Accueil

Whatsapp, Twitter, vidéo, citations, tests, Unes de magazine : les machines pour ne plus penser

Jean-Laurent ALCIDE

   Il n'est pas question de vouer aux gémonies les NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication) qui représentent une véritable révolution culturelle, plus vraie en tout cas que celles du camarade MAO : le SMS (ou texto), l'e-mail (ou courriel), l'e-book, le blog, le site-web, Google et Facebook sont des outils fort utiles dont la rapidité n'est que l'un des aspects positifs. Surtout ils répondent à de vrais besoins quoique critiquables par certains aspects. Ainsi on peut regretter que l'e-mail ait supplanté la lettre, mais d'une part, rien n'interdit de rédiger des e-mails de 4 ou 5 pages et d'autre part, vu la lenteur de la Poste et son peu de fiabilité parfois, les queues qu'on est obligé d'y faire et ses machines à affranchir trop souvent en panne, il n'y a vraiment pas avoir des regrets la concernant.

   On peut aussi craindre que l'e-book finisse par remplacer le livre-papier, mais tel n'a pas été le cas pour plusieurs raisons et les deux cohabitent de mieux en mieux. Chacun a ses avantages et ils ne sont pas minces : le livre-papier sollicite le toucher, la vue et même l'odorat et il peut être trimballé partout, en forêt comme dans sa baignoire. Il peut aussi tomber sans se faire trop de mal. Le vrai lecteur développe souvent une véritable affection pour ses livres ; l'e-book, lui, sollicite la vue et l'audition, et présente l'avantage de stocker des centaines d'ouvrages dans un tout petit espace, ce qui est précieux lorsqu'on doit faire de longs voyages. Mais il est fragile et a besoin d'électricité.

   Le blog et le site-web ont, pour leur part, libéré la parole qui était l'apanage des "communicants" et des politiques et qu'ils se faisaient fort d'accaparer. Tout le monde peut créer un blog à peu de frais et s'y exprimer à sa guise, ce qui est une excellente chose pour la démocratie avec tout de même ce petit bémol que le blog est l'expression d'une seule et unique personne alors qu'un site-web (comme celui sur lequel est publié l'article que vous êtes en train de lire présentement) est l'expression d'une diversité de gens. Sur un blog, c'est "MOI-JE" alors que sur un site-web, c'est "NOUS-NOUS". La parole est donc davantage libérée, plurielle, variée sur le second que sur le premier.

   Google peut être critiqué__et il l'est__pour le monopole qu'il exerce sur le marché des moteurs de recherches, mais personne n'est obligé d'y recourir et il existe d'autres moteurs aussi performants. Ils présentent tous cet avantage fantastique de pouvoir retrouver une date, un événement, un nom, un livre ou une citation en une fraction de seconde, chose qui évite les recherches fastidieuses (et parfois infructueuses) d'antan. Quant à Facebook, le plus critiqué, il permet de garder le contact avec des amis ou de s'en faire de nouveaux et là encore, personne n'est obligé d'y mettre des "selfies" tous les jours. Mais son avantage principal et qui n'est guère perçu, sauf par ceux qui dirigent un site-web, c'est que désormais la visibilité d'un article de site-web passe par sa mise comme "post" sur Facebook. Il existe tellement de sites-web que même si on choisit d'en visiter régulièrement quatre ou cinq, on ne peut tout voir ni tout lire. Facebook fait un choix pour nous selon notre profil et celui de nos amis. Si ces derniers ont la maladie du "selfie", eh bien, notre fil d'actualité en sera bourré ! Il est donc injuste d'en faire porter la responsabilité sur Facebook.

   Donc banco pour le texto, l'e-mail, l'e-book, le blog, le site-web, Google et Facebook !

   Par contre, Whatsapp, Twitter, la vidéo, la citation et la "Une" de magazine sont des armes de crétinisation massive dans un ordre croissant de gravité. Ce sont de véritables machines à ne plus penser. Whatsapp est la pire : jour et nuit, elle diffuse des soi-disant informations ou "alertes-infos" ou encore une flopée de vidéos débiles, parfois pornographiques. C'est la boite à ragots et à cancans 2.0. Le café du commerce numérique. Il est, hélas, devenu le principal instrument de culture d'une large frange (féminine en particulier) de la population. Quant à Twitter et ses messages à 140 caractères, il aurait ravi les grands philosophes tels que Socrate ou Nietsche, capables de produire des "aphorismes" c'est-à-dire des pensées profondes en très peu de mots. Ce qui malheureusement n'est pas à la portée du commun des mortels ! Ce dernier a besoin d'espace c'est-à-dire de phrases, de paragraphes et de pages pour pouvoir exprimer une pensée un tant soi peu intelligente. Sinon Twitter n'est justifié que pour les gens qui ont quelque chose d'important à dire au monde : le secrétaire général de l'ONU, la directrice du FMI, les présidents de la République, les leaders syndicaux ou religieux etc... Même si Donald TRUMP n'est pas EINSTEIN, ses tweets sont importants car ils peuvent déclencher un conflit mondial. Par contre, l'opinion de Tartempion, fut-il un "people" ou un footeux, sur tel ou tel événement, on s'en contrefout !

   Venons-en à la vidéo, qui n'est que du "selfie animé" ! C'est la grande machine exhibitionniste qui permet à des gens que rien ne distingue du commun des mortels soit de prendre des poses de grands penseurs pour délivrer des "messages" sur n'importe quel sujet sans les avoir évidemment jamais étudiés soit de se livrer à du strip-tease numérique plus ou moins grotesque. Ce n'est plus "Je pense, donc je suis", mais "Je me vidéotise, donc je suis". Enfin, la citation, en général d'un grand auteur (Rousseau, Voltaire etc.) ou d'un grand leader politique (Martin Luther King, Mandela etc.), mais souvent d'un philosophe de supermarché comme Paolo Coelho, mise régulièrement comme "post", donne l'impression au Facebookien qu'il pense. Hélas ! Une citation est un outil intellectuel servant à expliciter le développement d'une idée et n'a pas de sens en soi. Prise hors contexte, on peut lui faire tout dire et le contraire de tout, la transformant en quelque sorte en cousine du tweet.  

   Encore plus débiles : les tests et les Unes de journaux. Les premiers vous proposent de vous indiquer qui vous aime ou qui vous déteste, avec qui vous sortirez l'année prochaine ou à quel grand personnage vous ressemblez. Evidemment, c'est du flan, mais l'internaute moyen est tout content quand le test lui dit que 900 ou 1.500 personnes l'aiment ou que le personnage auquel il ressemble le plus est MANDELA (ou si c'est elle : RIHANNA). Son ego se gonfle aux limites de l'hypertrophie d'autant que ses amis-Facebook ont tous vu le résultat du test. J'habite dans le 9.3 ou à Terres-Sainvilles, mais comme le test me dit que la personne dont je suis la plus proche est BEYONCE, je me sens pousser des ailes. Latè pa ka pòté mwen ankò, comme le dit si bien le dialecte insulaire. Vite que j'aille refaire mon tissage avec des cheveux d'Indienne (morte) ! Quant aux "Unes" de journaux, c'est carrément à se tordre de rire ! Le visage de l'internaute est affiché en couverture de "COSMOPOLITAN" ou de "GALA" et un gros titre clame qu'il ou elle est le plus beau/belle, le/la plus fort (e), la plus admiré (e) et tutti quanti. L'opération s'appelle "QUELLE INFORMATION A TON SUJET FAIT LES GROS TITRES DE LA PRESSE ?". On pourrait se dire que c'est juste un passetemps qui ne prête pas à conséquence et qu'il faut bien se marrer parfois dans cette vie si difficile, certes, mais le problème est que certains, et surtout certaines, prennent ça très au sérieux et s'inventent une vie, une deuxième vie, une vie virtuelle. Ils/elles deviennent ainsi les Pokémons...d'eux/elles-mêmes !!! 

   Whatsapp, Twitter, vidéos, citations, tests, Unes de magazine : de la connerie enveloppée dans du papier-cadeau !...

Pages