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Yo sikolojik an tet

Jean-Laurent ALCIDE

   Le créole guadeloupéen possède une belle expression que lui envient tous les autres créoles de l'univers : sikolojik an tet. De prime abord curieuse, intrigante en tout cas, elle désigne ceux et celles que les autres créoles désignent comme : dekdek, toktok, fouk, foudok etc. Mais en l'analysant de plus près, on s'aperçoit qu'elle comporte une nuance d'ironie puisqu'elle joue sur une sorte de redondance d'apparence absurde entre "sikolojik" et "tet". Il s'agit en fait d'une fausse redondance car ce "sikolojik" renvoie à une attitude, un comportement, très fréquents chez la gente féminine et parfois, mais plus rarement, chez son alter ego masculin : le fait que la femme se pose en créature douée de sensibilité, d'intuition, de capacité d'analyse des rapports humains, tout ce qui fait défaut ou est traditionnellement considéré comme faisant défaut au sexe dit fort.

   La femme serait donc une "sikolojik" née alors que l'homme, lui, serait plutôt dans le "fizik".
   Tout cela n'a rien à voir avec l'intelligence qui est une disposition mentale également répartie entre les sexes. Ainsi donc, la femme, être"sikolojik", serait capable de lire en ses semblables et d'abord en l'être masculin comme dans un miroir, ce qui est, on le reconnaîtra sans peine, un avantage considérable dans les relations amoureuses. Sauf qu'aux Antilles, nos chères dames ont la singulière propension à s'accrocher aux basques de ceux qui les ont shootées comme un ballon de foot et à dédaigner ceux qui, à un moment ou un autre de leur vie, les ont portées sur un piédestal. C'est cela même la définition de "sikolojik an tet". La femme n'a aucunement été dupée ni couillonnée ni rien : elle a été mise devant le fait accompli par le "mako" qui s'est barré, parfois très loin, sur un autre continent même, mais cela n'empêche pas celle-ci pour autant de lui lècher les bottes et d'essayer de le retenir par les "graines" grâce aux moyens technologiques modernes, Facebook au premier chef. 
   Ce comportement est à la fois comique et pathétique. Il définit à la perfection ce que le créole gwada nomme le "sikolojik an tet" et, hélas, selon toute vraisemblance, il est transmis de mère en fille. Le "mako", quant à lui, vit tranquillement sa petite vie sur un autre continent, baise à qui mieux mieux tout en ayant la garantie, lors de ses brefs passages dans le pays de la "sikolojik an tet", d'avoir coucoune ouverte comme on dit "avoir table ouverte". 
   Sé kon sa lavi yé o péyi !...

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