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Zwazo Un passionnant ouvrage scientifique de Gerry L’Etang et Victorien Permal

Maurice Belrose
Zwazo  Un passionnant ouvrage scientifique de Gerry L’Etang et Victorien Permal

Gerry L'Étang, maître de conférences HDR (Habilité à diriger des recherches) à l'Université des Antilles, et Victorien Permal, ont publié récemment un ouvrage passionnant et instructif intitulé «ZWAZO», présenté comme le «Récit de vie d'un prêtre hindou commandeur d'habitation à la Martinique».

Ce prêtre hindou, qui a été en même temps commandeur d'habitation dans le nord de la Martinique, est décédé le 22 avril 1992. Il s'appelait Basile Antoine Tangamen et était connu aussi comme «Zwazo» (du français «oiseau»). Gerry L'Étang raconte comment, alors qu'il était étudiant en ethnologie à Paris et faisait des enquêtes de terrain en Martinique, il a eu l'occasion de le voir lors de certains rituels et comment a fini par naître entre eux une «authentique amitié» (p. 15).

Cet ouvrage, que tous les Martiniquais devraient lire et méditer, est le fruit d'une longue conversation, en langue créole, entre Antoine Tangamen et Gerry L'Étang, de 1986 à 1990, «à raison d'une entrevue d'une à deux heures par semaine, huit mois par an». (P.16) Nous ignorons quelles ont été exactement les questions posées à Antoine Tangamen par Gerry L'Étang, mais il est évident que l'ethnologue a fait un remarquable travail de traduction et de structuration de ce «récit de vie» de 142 pages. Cet ouvrage universitaire, préfacé par l'illustre Jean Benoist, comporte des notes de bas de page (presque une centaine), des annexes et un glossaire utile aussi bien aux étrangers à la Martinique qu'aux Martiniquais eux-mêmes.

Lire «Zwazo», c'est connaître l'histoire, les croyances et les coutumes de nos compatriotes originaires d'Inde. C'est aussi faire une plongée dans l'histoire de la Martinique après l'abolition de l'esclavage en 1848. Une Martinique essentiellement rurale, où les Indiens ont eu du mal à se faire accepter par leurs frères de misère d'origine africaine, lesquels ont pendant longtemps nourri à leur égard une hostilité et un racisme plus ou moins manifestes. 
 
Lire et méditer «Zwazo», c'est encore renforcer le sentiment national martiniquais; c'est reconnaître que la nation martiniquaise n'est pas constituée uniquement d'«Africains-Martiniquais», qu'elle n'aurait pas d'existence si on en excluait les Indiens, les Chinois, les «Syriens» et la masse  des Métis de toutes couleurs.  

 

Maurice Belrose
(Journal «Justice»)

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