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Le talisman de la présidente

Par Gerry L’Etang
Le talisman de la présidente

Gerry L’Etang a lu pour nous Le talisman de la présidente, roman de Corinne Mencé-Caster.

Une ancienne présidente d’université raconte simplement, comme lors de « ces petits racontages-milans que l’on se fait entre femmes, sur le banc devant chez soi quand il fait frais », une histoire édifiante. 

Dans une société néo-post-coloniale, Félix Talisman, prédateur et adepte d’autres vacabonageries comme la défenestration de maîtresses, a mis en coupe réglée l’université où il enseigne et dirige un centre de recherches. Mais l’élection d’une femme de « quarante-deux ans » à la présidence de son établissement va marquer pour lui l’heure de la reddition des comptes.

Cet Ali Baba va se démener comme un beau diable. Il bénéficie de l’appui de ses quarante voleurs mais également de la connivence des pouvoirs locaux et centraux. Et de d’autres complaisances. Car les millions détournés, il ne les a pas goinfrés avec ses seuls voleurs, il a arrosé d’autres coquins, coquines. Il va mobiliser ce réseau d’accointances contre la jeune présidente, cherchant à la faire craquer par toutes sortes de pressions. Suit un dékalage en règle, « des affiches la montrant bâillonnée, la traitant de ‘menteuse’ de ‘salope’, de ‘chienne’ sont placardées partout ». Enfin, un des pôles de l’université fait sécession.

Face à cette accumulation d’avanies, la présidente en prend plein la gueule mais tient bon.  « Elle est de la race des maîtresses femmes, de celles qui savent nouer leur mouchoir autour de leur tête et de leurs reins pour arracher les mauvaises herbes sans regarder ni à droite ni à gauche ». Alors, à mesure que des rapports de plus en plus critiques d’évaluateurs stigmatisent les détournements de Félix, que l’opinion et des soutiens se rangent au côté de la présidente, que la justice, moins complaisante, s’éveille, que l’évidence devient incontestable, les affidés de Talisman sortent leur argument suprême : qu’importent les millions volés puisque c’est « l’argent de Papa blanc » !

Dans une société transfusée qui ne produit rien sinon de l’illusion, qui ne survit en conséquence que grâce à l’argent du « Blanc », toutes les dilapidations sont de leur point de vue permises car au final, ce ne sont pas les membres de cette société qui sont lésés mais bien le « Blanc », celui qui les assiste.

Et la présidente de réagir : « Cette indifférence teintée d’un vieux fond de marronage de mauvaise foi constitue sans doute ce qui nous a le plus surpris. Nous pensions que les membres de notre communauté universitaire seraient outrés d’apprendre que certains d’entre nous utilisaient l’université comme vache à lait. Nous sommes restés abasourdis de voir qu’au contraire, nombre d’entre eux étaient prêts à tirer sur le pis pour recueillir un peu ou beaucoup de lait (sé silon) ».

Ce dernier point est un des intérêts du livre, qui ne se donc résume pas à l’action héroïque d’une femme face aux pilleurs d’une structure dont elle reçoit la charge. Il est également une réflexion sur la valeur de l’argent et de sa captation quand cet argent est perçu provenir d’un autre.

 

  • Le talisman de la présidente, de Corinne Mencé-Caster, Ecriture, ISBN 978-2-35905-273-2, Paris, 2018, 238 p. 18 .

Commentaires

Véyative | 09/02/2018 - 23:38 :
Je suis en train de lire ce livre. A quelques pages de la fin, j 'ai du m'arrêter , prendre une pause car complètement bouleversée de tant de corruption, de mauvaise foi, de méchanceté ...... Je suis intimement persuadée qu'il existe bien d'autres affaires à la Martinique. C'est attristant . Et c'est sans doute l'une des causes du départ de nos jeunes qui ont du comprendre .

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