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Classement au Patrimoine Mondial de l'UNESCO : Emmanuel Macron choisira-t-il le phare de l'infamie ("commerce triangulaire") ?

Raphaël Confiant
Classement au Patrimoine Mondial de l'UNESCO : Emmanuel Macron choisira-t-il le phare de l'infamie ("commerce triangulaire") ?

   Ils étaient trois en liste s'agissant de l'inscription au Patrimoine Mondial de l'UNESCO : le Phare du Cordouan (dans l'estuaire de la Gironde), La Maison Carrée (de Nîmes) et la Montagne Pelée ainsi que les Pitons du Carbet (de la Martinique). Il n'en reste désormais plus que deux : Cordouan et Montagne Pelée/Pitons du Carbet.

      La décision présidentielle doit tomber normalement le 31 janvier prochain.

   Des deux côtés, chose normale, chacun s'est activé dans sa région pour mobiliser élus politiques, milieux de l'entreprise, de la culture, de l'éducation, artistes etc...afin de vanter les mérites de son "bien patrimonial". Le Phare du Cordouan, qui se trouve dans l'estuaire de la Gironde, a tout naturellement bénéficié de l'appui du maire de Bordeaux, Alain JUPPE, ancien premier ministre dont on devine aisément l'entregent au plus haut niveau de l'Etat. Quant à la Montagne Pelée et les Pitons du Carbet, ils ont  vu 100 personnalités martiniquaises signer une lettre ouverte pour en défendre la candidature : le footballeur Nicolas ANELKA, le journaliste Harry ROSELMACK, l'écrivain Patrick CHAMOISEAU, le cinéaste Lucien JEAN-BAPTISTE, le chef d'entreprise Bernard HAYOT, le plasticien Victor ANICET, le sociologue André LUCRECE etc...

   Autrefois, un pays pouvait présenter plusieurs candidatures pour ce classement au Patrimoine de l'UNESCO. Aujourd'hui, les choses ont changé et il n'est plus possible d'en présenter qu'une. Une seule ! C'est dire qu'Emmanuel MACRON devra trancher le 31 janvier entre la proposition bordelaise et la proposition martiniquaise. Empêtré dans la crise des "Gilets jaunes", il apparaît douteux qu'il puisse avoir le loisir d'examiner les tenants et aboutissants des deux candidatures encore en course. La presse bordelaise (le quotidien "SUD-OUEST" notamment) s'en est inquiétée dans de récents articles allant jusqu'à sous-entendre que le président de la République aurait, en ce moment, d'autres chats à fouetter. Ce n'est pas faux mais les affaires courantes de l'Etat ne s'arrêtent qu'en cas de révolution ou de coup d'Etat, ce qui n'est pas le cas, semble-t-il, et le 31 janvier prochain soit E. MACRON choisit l'une des deux propositions soit il ne bouge pas. Dans ce dernier cas, la France n'aura, cette année, aucune candidature au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.

   Cette dernière hypothèse paraît assez peu vraisemblable.

   Il y aura donc bel et bien un choix. Sans remettre en cause les qualités architecturales du Phare du Cordouan, sans même parler du fait qu'il est l'un des plus hauts d'Europe et l'un des tous derniers à être encore en activité, serait-ce faire injure à ceux qui en défendent la candidature que de rappeler un fait historique : le Phare du Cordouan a servi pendant 3 siècle à aiguiller les bateaux du sinistre "commerce triangulaire", qui fit la richesse de Bordeaux, et dont la Traite esclavagiste fut l'un des piliers. Peut-on oublier le rôle qu'il a joué dans ce que la Loi TAUBIRA a fait entériner comme étant un "crime contre l'humanité" ?

   Car classer un monument au Patrimoine Mondial de l'UNESCO ne revient pas à lui décerner une médaille en chocolat. C'est d'abord obliger les autorités locales à la protéger, ensuite lui donner une aura internationale et enfin l'inscrire dans l'économie touristique, chose non négligeable au plan économique. D'ailleurs, dans l'un des articles du journal bordelais "SUD-OUEST", il est indiqué que le choix du Phare du Cordouan "boosterait la fréquentation de ce lieu magnifique qui ne reçoit que 2.000 touristes par an".

   Malheureusement, comme toujours et contrairement à la Guadeloupe et la Guyane, le sens de l'INTERET SUPERIEUR DU PAYS est une denrée rare, voire rarissime, en Martinique. Ainsi, certains, parce que que le projet martiniquais est porté par le Parc Naturel de Martinique et son président, Louis BOUTRIN, et donc par la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) en fin de compte, n'ont cessé de le torpiller "anbafey" auprès de diverses instances de l'Etat. Ce faisant, ces Judas favorisent objectivement la candidature d'un phare qui a servi à la Traite négrière !!! Nous avons les preuves de ce que nous avançons et nous les sortirons le moment venu.

   En Gironde et en Charente-Maritime, en tout cas, tout le monde fait bloc autour du Phare du Cordouan quelle que soit son appartenance politique et il n'y a rien à redire à cela. Ce sera donc au président de la République qu'il reviendra de trancher entre les deux candidatures, très probablement sur la base des rapports que lui ont fait ou lui feront ses conseillers. Ce serait en tout cas un très mauvais signal donné à l'Outremer (la Martinique est sous tutelle française jusqu'à preuve du contraire), haut-lieu de la biodiversité mondiale comme aime à le rappeler les instances de l'Etat, que de choisir un lieu qui non seulement ne reflète pas ladite biodiversité (contrairement à la Montagne Pelée et aux Pitons du Carbet), mais sur lequel pèse, en outre, un lourd, très lourd passé.

     Rendez-vous donc au 31 janvier...

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