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DU COLON (ALAIN HUGHES-DESPOINTES, INDUSTRIEL) AU NEO-COLON (MICHEL HERLAND, PROFESSEUR A L’UAG)

C’est en pleine grève générale, au beau milieu de la plus grave crise sociétale qu’ait traversé nos sociétés antillaises depuis trois décennies, qu’un certain Michel Herland, professeur à l’UAG (Université des Antilles et de la Guyane) a trouvé le moyen de se fendre d’un grand article dans la page « Débats » du quotidien « France-Antilles », édition de la Martinique (mardi 10 février, page 6.)

Cet article intitulé « Vivre et travailler au pays ? » se veut, de la part de son rédacteur métropolitain, une réfutation en règle de l’une des revendications principales des peuples martiniquais et guadeloupéen à savoir le droit de ne pas être obligé d’émigrer, de partir à l’étranger, pour pouvoir avoir une vie décente. Cette revendication est ancienne, même si elle trouve ces jours-ci un fort écho à travers le LKP (Lyannaj kont Pwofitasion) de Guadeloupe et le Collectif du 5 février en Martinique.

Inconscience ou provocation délibérée ?

De la part d’un professeur d’université, on voit mal comment invoquer l’inconscience. Surtout quand Michel Herland écrit froidement ce qui suit :

« Il n’y a aucune raison raisonnable qui puisse justifier qu’un Martiniquais soit autorisé à travailler en Métropole sans qu’un Métropolitain puisse faire de même en Martinique ! »

De tels propos font fi de trois siècles et demi d’histoire qui ont vu les nègres subir une double déportation :

. de l’Afrique vers les Antilles (entre les 17è et 19è siècles)
. des Antilles vers la France à travers une institution semi-esclavagiste appelée BUMIDOM (Bureau des Migrations d’Outre-Mer) qui a sévi entre 1950 et 1980 avant de changer de nom.

Donc aucun Martiniquais n’a « été autorisé à travailler en Métropole » comme l’écrit cet universitaire inculte, mais des dizaines de milliers de Martiniquais ont été expédiés vers la France dans l’après-guerre afin d’occuper des emplois dont les Français de souche ne voulaient déjà pas : filles de salle, servantes, facteurs, éboueurs, commis, agents de police, poinçonneurs de tickets, etc…L’émigration antillaise a été planifiée par l’Etat français car aucun Antillais ne choisit de gaîté de cœur d’échanger son île contre les magnifiques paysages de Roubaix-Tourcoing ou l’ambiance extraordinaire du métro parisien. C’est au contraire le Métropolitain qui aspire à venir vivre et travailler aux Antilles et qui fait des pieds et des mains, quand il est fonctionnaire, pour y obtenir sa mutation.

Mais continuons…

Michel Herland va encore plus loin dans la provocation lorsqu’il écrit ce qui suit :

« Ainsi le gouvernement français se comporte-t-il de manière discriminatoire et injuste lorsqu’il accorde, par exemple, une priorité aux lauréats des concours de recrutement de l’enseignement secondaire issus de la Martinique, en les faisant bénéficier d’emblée du nombre de points nécessaire pour obtenir un poste « au pays ».

Si ces fameux points existent, ils ne permettent pas d’obtenir d’emblée un poste au pays, contrairement à ce qu’affirme notre universitaire, car un jeune Antillais qui vient de réussir au CAPES ou à l’Agrégation à l’âge de 26 ou 27 ans, ne dépassera jamais en nombre de points un enseignant métropolitain quadragénaire ou quinquagénaire, surtout quand ce dernier a déjà roulé sa bosse soit dans d’autres DOM-TOM (la Réunion, Tahiti etc.) soit dans la Coopération en Afrique noire. Sinon si M. Herland disait vrai, le corps enseignant martiniquais serait presqu’exclusivement composé d’autochtones, ce qui est très loin d’être le cas. On estime, en effet, à 48% le nombre d’enseignants métros de la Maternelle à l’Université en Martinique. Imagine-t-on un seul instant une région de l’Hexagone (Corrèze ou Bourgogne) où près de la moitié du corps enseignant serait noir ?

Mais la où la malhonnêteté intellectuelle de notre universitaire est la plus criante, c’est quand il écrit :

« A ce compte-là, en effet, on ne voit pas pourquoi les lauréats d’origine marseillaise ou niçoise, par exemple, qui aimerait également obtenir un poste près de chez eux, n’auraient pas le même privilège, au lieu d’être obligés de passer plusieurs années en « pénitence » dans le 9-3 ou dans un autre département tout aussi peu attractif à leurs yeux »

On appréciera au passage l’allusion au « 9-3 », département français comportant le plus grand nombre d’immigrés africains, antillais et arabes, comme lieu de pénitence, véritable bagne pour le pauvre petit enseignant gaulois blond comme les blés, animé de toute sa foi républicaine et se voyant confronté à des hordes d’enfants indigènes, à cette racaille comme dit Sarkozy, qui refusent d’étudier. Arrêtons-nous simplement sur une banale donnée de la géographie : l’enseignant marseillais nommé dans le « 9-3 » n’est jamais qu’à 700 kms de chez lui alors que l’enseignant martiniquais nommé au même endroit est, lui, à …7.000kms de chez lui. L’enseignant marseillais est à 3h de TGV et à 1h (50 euros en vol low-cost) d’avion de chez lui tandis que son collègue martiniquais est à 8h d’avion de chez lui (à condition de débourser un minimum de 400 euros). Bref, le « loin de chez lui » pour quelque soit l’enseignant métropolitain n’a rien à voir avec le « loin de chez lui » pour l’enseignant martiniquais.

Enfin, Michel Herland feint d’ignorer que la Martinique possède une langue, une culture, une histoire, bref une identité, très différents de celle de la France, même si ladite identité comporte des éléments français aux côtés d’éléments amérindiens, africains et asiatiques. Et donc que remplir nos écoles (surtout maternelles et primaires) d’enseignants qui ne connaissent rien à cette culture est un véritable génocide culturel. A Tahiti (qui est un TOM et non un DOM comme la Martinique), il est interdit à un non-tahitianophone d’enseigner au niveau de la Maternelle et du Primaire. Or, en Martinique, l’école maternelle de la Jossaud, en pleine campagne de Rivière-Pilote, pourtant fief indépendantiste, sur 7 classes, 5 sont tenues par des enseignants non-martiniquais et donc non-créolophones. A l’école primaire de Saint-Anne, autre fief indépendantiste, c’est la totalité du corps enseignant qui est non-martiniquais !!! A ce compte-là, dans vingt ans, il ne sera plus possible de parler de culture martiniquaise.

Une question donc, monsieur Herland : est-il pensable que dans une école d’un village ou d’une ville de l’Hexagone, la majorité ou la totalité du corps enseignant soit composé de Noirs ? Vous savez bien que c’est impossible et que deux jours après la rentrée scolaire, des manifestations de parents d’élèves auraient bloqué les cours pour obliger le rectorat de l’endroit à rectifier cette anomalie. Vous voyez bien qu’on ne peut pas mettre sur le même pied, comme vous le faites, dans une sorte d’égalité purement abstraite, enseignant métropolitain et enseignant martiniquais. Sauf à gommer 3 siècles et demi d’histoire et 7.000kms de distance entre le continent européen et les Amériques.

Nous avons gardé le plus hilarant pour la fin. Citons cet extrait tout à fait édifiant :

« Il existe, par exemple, un potentiel de développement non négligeable dans le tourisme de séjour pour les retraités métropolitains avec tous les services qui doivent l’accompagner ».

C’est donc tout l’avenir que monsieur Michel Herland souhaite à ses étudiants de l’UAG ! Ces derniers apprécieront.

En tout cas, des colons du type Huyghes-Despointes aux néo-colons du type Michel Herland, il n’y a qu’un pas, les seconds, ne nous trompons pas de combat, étant dix fois plus dangereux que les premiers. Car s’il existe un seul et unique « Békéland » (au Cap Est, ville du François), il y a une bonne dizaine de « Métroland » (Saint-Luce, Saint-Anne, Diamant, Trois-Ilets, Tartane, etc….

Commentaires

amish | 16/02/2009 - 11:11 :
Vivre et travailler au pays. Laissons de côté le "travailler au pays" et parlons du vivre au pays . Je suis un martiniquais lambda . Je sais que la situation politique est pourrie au pays . Je sais que les tensions raciales sont exacerbées .Je me dis "je vais essayer d'oublier tout ça pour me trouver un carreau de terre quelque part sur un morne loin du monde pour y vivre en casi autarcie.La terre est généreuse,le soleil aussi . J'apprends d'abord en parlant avec mes voisins,puis dans les médias,le scandale du chlordécone. Je sais qui détient la majorité des terres agricoles au pays,ceux-là même qui disent en substance "la consommation de la banane ne représente aucun danger. Par contre la patate douce...." Passons sur les ignames,les dachines.. .Mais L'EAU.. L'eau aussi est contaminée pour au moins un siècle . Moi,petit martiniquais lambda,je me dis" les produits du pays étant empoisonnés,n'ayant pas envie de manger tous les jours tinen-lanmori,je vais me tourner vers les produits importés et acheter de l'eau en bouteille" Je ne vais pas revenir sur l'analyse de la situation économique de la Martinique.D'autres beaucoup plus compétents et lucides l'ont déjà fait. Je voudrais juste résumer le vivre au pays. Un pays pollué ,des habitants obligés d'acheter sous peine d'empoisonnement des produits importés par les empoisonneurs qui, en tant qu'exploitants agricoles,bénéficient de subventions de la Communauté Européenne,subventions qui leur permettent d'investir dans le circuit d'importation. Comment vivre dans un pays dont on ne peut même pas boire l'eau ? Comment accepter dans ce pays des empoisonneurs qui affichent un tel mépris ? Mais surtout n'en parlons pas. Les gentils touristes qui nous font vivre risqueraient de prendre peur !

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