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Gordon HENDERSON et EXILE ONE ont inventé la CADENCE-LYPSO. Entretien avec Gordon Henderson

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Gordon HENDERSON et EXILE ONE ont inventé la CADENCE-LYPSO.  Entretien avec Gordon Henderson

Je suis né à Roseau mais j’ai grandi au nord de la Dominique à Portsmouth, Grand’Anse en créole, avec mes parents. Ma mère était mère au foyer et mon père travaillait dans la société des téléphones qui à l’époque était gérée par le gouvernement. J’ai eu une enfance calme, nous habitions à un kilomètre de la ville. J’avais un frère de onze ans plus âgé que moi, j’étais donc un peu comme un enfant unique, j’étais solitaire.

Je suis allée à l’école primaire à Grand’Anse et vers douze ou treize ans, je suis allé à l’école secondaire à Roseau, dans une école privée gérée par des frères catholiques. C’est au lycée que j’ai commencé la musique. Il y avait un groupe de chanteurs, on faisait des trios, des quartets, on jouait ce qu’on entendait à la radio plutôt pop et soul, on copiait les Beatles, James Brown, Otis Reding. J’ai commencé par chanter et j’ai appris à jouer de la guitare basse, rythmique puis clavier. Mais on chantait et on jouait à la fois. L’un d’entre nous Fitzroy Williams a toujours fait partie de ma vie musicale, on a changé de groupe, de pays. Il a toujours été avec moi.

Je voulais devenir frère (rires), on a vu que ce n’était pas ma vocation, on m’a mis dans un couvent avec les bonnes sœurs (rires) pour apprendre à être instituteur. Après dix mois, j’ai su que je ne voulais pas devenir frère. J’ai commencé à travailler dans la vie active dans une compagnie d’assurances qui sponsorisait un groupe. J’ai joué avec ce groupe, puis j’ai formé le groupe Voltage 4. On jouait chaque weekend  partout dans l’île. On avait deux types de prestation, on faisait des bals et des spectacles en salle.

Après quelques péripéties et apprentissages, on a décidé de venir en Guadeloupe parce qu’à l’époque la Dominique n’avait pas de studio d’enregistrement. On a tout de suite eu possibilité de faire des prestations dans les rares discothèques qui existaient. Il y avait à ce moment-là (années 70) de grands orchestres avec quatorze musiciens et beaucoup de cuivres, nous, nous étions quatre, ce qui n’était pas à la mode. Mais les autres jouaient de la salsa, de la biguine, nous étions plus modernes. On jouait ce qui passait à la radio avec quelques unes de nos compositions mais nous n’avions pas encore fait de disques. On a enregistré chez Debs qui nous a dit ensuite qu’il n’avait pas possibilité d’exploiter ce type de musique parce que c’était en anglais et les titres n’étaient pas typiquement créoles. Il m’a offert la bande d’enregistrement et conseillé d’aller à Barbade. Je ne l’ai pas fait. J’ai décidé de retourner à l’école, je suis parti à Porto Rico. L’université offrait des cours en langue anglaise de « bisness administration ».

Pendant les vacances, je suis venu en Guadeloupe où j’ai rencontré Hippomène Léauva. Il me dit qu’un saxophoniste Edouard Labor voulait un titre en anglais sur son disque, je suis allé chanter le titre. C’était la deuxième fois que j’allais en studio pour un enregistrement. A la sortie, je ne sais pas où ils ont trouvé ce nom-là mais c’était écrit que le titre était interprété par Slim.

Ce qui est important c’est qu’après Hippomène m’a demandé si je voulais devenir chanteur dans son groupe, un grand groupe de la Guadeloupe. J’ai accepté, j’ai abandonné les études et je suis devenu un des chanteurs du groupe Les Vikings. Hippomène chantait en créole, Joël Dardé de Sainte-Rose chantait en espagnol et moi en anglais. Les Vikings tournaient dans la Caraïbe. Ils allaient en France aussi. Moi c’était mon rêve de visiter le monde. C’était une très bonne expérience. On a décidé de faire un disque, un 45 tour avec deux titres. J’ai écrit une chanson avec Pierre-Edouard Décimus, le bassiste du groupe, qui plus tard a fondé Kassav. Ce titre « Love » est devenu un tube en Guadeloupe, en Martinique, au Surinam…

Debs m’a alors proposé de faire un 30 centimètres à mon nom. J’ai dit d’accord à la  condition de le faire avec mon propre groupe. Avec mes amis de la Dominique, Vivian Wallace, Fitzroy Williams, Julie Mourillon, nous avons créé le groupe Exile One, c’était en 1973.

On a enregistré l’album chez Debs toujours avec le concept de ce qu’on entendait à la radio, soul music, reggae, musique africaine, funk américain. Sur la pochette, on était habillé en boubous africains. Le titre de l’album, c’était « Exile one ». On voulait un mot dans lequel, tout le monde dans la Caraïbe pouvait se reconnaître. « Exile », nous sommes tous des exilés involontaires. « One » pour l’unité et bien sûr aussi « number one » (rires).  Le disque a eu un succès d’estime.

Alors que la Guadeloupe était plus développée que la Dominique, on a toujours eu des instruments et un son plus modernes. On était influencé par les Britanniques et les Américains, on avait des instruments puissants et dernier cri. On a eu les premiers synthétiseurs.

Une phase déterminante de ma carrière et peut-être de la musique créole moderne : Exile One part jouer à Paris. A l’époque, le reggae n’est pas encore connu. Les gens écoutent mais ne dansent pas. J’ai dit, il faut qu’on créolise notre répertoire. Dans les Antilles françaises, c’est la musique haïtienne qui dominait, on a fait une synthèse de calypso, de musique haïtienne, compas et surtout cadence rampa. On a donc joué de la Cadence-Lypso, une nouvelle tendance musicale.

Debs me disait de ne pas chanter en créole à cause de mon accent mais curieusement c’est ce qui a charmé les gens. Un producteur en France m’a dit de faire un disque en créole avec « Janmé vwè sa » et « Atata » qui sont devenus des tubes. A notre retour, Henri Debs nous a invités directement dans son studio pour chanter de la Cadence-Lypso, en créole (rires), c’était en1975, l’année de la femme, on a chanté « Aki Yaka ». On tournait dans la Caraïbe, en Europe, en Afrique. A cette époque les musiciens ne faisaient pas que de la musique. On me demandait « mais qu’est-ce que tu fais vraiment ? » Ne faire que de la musique comme profession, c’était nouveau. En France, Philipps nous a proposé un contrat mais on a signé avec Eddie Barclay pour cinq ans. On a tourné partout en Colombie, Jamaïque, au Japon, Miami, Toronto…

J’ai décidé de fonder une maison de production et j’ai produit les gars de mon groupe en solo. J’ai produit Ophélia. Au départ, on disait que c’était une femme que cela n’allait pas plaire. Puis Ophélia  a été acceptée avec une carrière fantastique.  Puis les musiciens d’Exile One, qui ne faisaient que voyager ont eu envie d’une autre vie. Ils ont fondé des familles, ils ont eu des enfants, ont habité différents pays.

Je suis fier de dire qu’après Bob Marley, Sparrow, Calypso Rose, j’ai reçu cette année (2004) le Prix CAIO C’est un prix qui récompense ceux qui ont contribué à unifier la Caraïbe. J’ai toujours été caribéen, très jeune, je voulais voyager. J’ai toujours voulu élever le niveau de la Dominique dans son environnement régional. Des gens pensent qu’on est divisés par la mer moi je pense qu’on est liés par la mer. Des thèmes de mes chansons, c’est l’union de la Caraïbe, le rappel de leur histoire,

J’ai mis beaucoup de moi dans la création du World Créole Music Festival. C’est ce qui m’a fait retourner à la Dominique après plusieurs années à l’extérieur. Il nous faut des manifestations avec la participation de tous les pays de la Caraïbe pas seulement créolophones. Mais je suis caribéen et je suis créole.

Propos recueillis, en 2004,  par Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

Commentaires

Véyative | 15/05/2020 - 05:38 :
Atata! Merci, beaucoup de souvenirs d'adolescence , la nostalgie d'un temps heureux. Et surtout des textes! Dire que je n'ai jamais cherché à creuser le mot Exile, ça me laisse songeuse. Obligée de citer le "NOU TRAVAY POU AYEN" qui prend aux tripes : c'est nous , notre histoire. Quant au style musical,la Cadence Lypso, ce nom a je crois aussi une histoire, une anecdote qui mérite d'être précisée.
Georges Noel COLDOLD | 22/05/2020 - 14:09 :
Témoin de l'arrivée de la cadence-lypso en Martinique avec mon jeune groupe des Vikings 972, nous avons tout de suite aimé et adopté ce rythme emballant. Certaines de nos compositions ont d'ailleurs été inspirées par Exile One, y compris dans le style et dans le choix des instruments. (Exemple la fameuse cabine Leslie avec ses effets tournants). Gordon Henderson demeure pour moi un sujet d'admiration pour sa gentillesse et sa simplicité.