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« Henry CORENTHIN : un militantisme sportif et politique exemplaire. »

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
« Henry CORENTHIN : un militantisme sportif et politique exemplaire. »

Henry Corenthin est né à Port-Louis (Guadeloupe), le 21 janvier 1924. En 1938, il fait son entrée au Lycée Carnot. En classe de première, il se classe deuxième (sur le plan national) au prestigieux Concours Général. Doué pour les études, il l'est aussi pour les disciplines sportives, il excelle en athlétisme. Son éveil sur le plan politique prend corps lors des événements de résistance survenus à Port-Louis en 1943. Le 30 avril, les opposants à Vichy veulent s'insurger, la répression fait des morts et des blessés.

 

Henry Corenthin va en Afrique du Nord poursuivre des études universitaires. Il fait son entrée à l'Institut des Hautes Etudes de Rabat et sur la lancée s'illustre en tant que champion du Maroc du 100 mètres et aussi du 200 mètres courus dans les conditions de l'époque en 22 secondes. Mais la tournure prise par la guerre rend sa mobilisation inéluctable. Ayant choisi la marine, il fait ses classes de matelot sur le bateau-école Jean-Bart. A l’armistice, le 8 mai 1945, un quartier maître du nom de Moncorgé – connu en tant qu'acteur sous le nom de Jean Gabin – tente alors de lui faire poursuivre en Indochine, une carrière qu'il lui prédit rapide et brillante. Il refuse mais il ne peut pas échapper à une sélection d'office aux Jeux Interalliés de Francfort. Il arrive troisième au 100 mètres, la victoire allant au futur médaillé d'or des Jeux Olympiques de 1948 et 1952, H. W. Dillard. Il reçoit sa récompense des mains du président des Etats Unis Ike Eisenhower.

 

A Paris, Henry Corenthin entreprend des études de médecine. En 1946 est votée la Loi d'Assimilation. L'ancien timonier de l'armée française, fort de son expérience (notamment celle de la discrimination opérée à son encontre par les frères d'armes), est bien convaincu que jamais il ne se sentira et ne voudra être « assimilé ». Il milite alors à l'Association des étudiants coloniaux présidée par le Sénégalais Doudou Thiam. Il se remet par ailleurs au sport, adhère au Paris Université Club (PUC), dont il devient un membre influent du Conseil d'Administration. En 1950, il épouse Gabrielle Sidnez. En 1952, il soutient sa thèse de médecine. En 1953, Henry Corenthin est nommé médecin chef au Soudan, il gère un hôpital. En 1956, il assiste aux Jeux Olympiques de Melbourne.

 

La Loi Cadre de 1957 accorde en Afrique une certaine autonomie aux différents territoires avec un Gouvernement local. Dans le gouvernement soudanais sous l'égide de Jean-Marie Koné, le Port-Louisien Henry Corenthin devient ministre de l'élevage, un des pôles majeurs de développement du pays. L'année suivante, il sera ministre des transports, des télécommunications et du tourisme. Le Soudan devient indépendant sous le nom de Mali ; Henry Corenthin y conserve son poste de ministre.  Sont alors créés la Régie des Transports, la Société Air Mali, l'Office du Tourisme du Mali, le Transport Urbain de Bamako, la Compagnie Malienne de Navigation sur le fleuve Niger. Puis il est nommé au poste de l'Ecole de Santé qu'il réorganise.

 

En 1968, la situation économique du Mali est critique et la corruption s'installe. Bientôt Henry Corenthin démissionne du gouvernement et en 1970, il rentre en France avec son épouse et ses deux filles. Il apprend qu’il a été déchu de la nationalité française. Jacques Foccart, allias « monsieur Afrique », juge en effet, le comportement de Corenthin, ministre africain d’origine guadeloupéenne, anti-français. Un autre ministre Robert Boulin acceptera finalement son inscription à l'Ordre des Médecins de la Seine-Saint-Denis où il s'est installé avec sa famille. Il s'inscrit à la Faculté de Médecine de Paris où il obtient un certificat d'hydrologie et de néphrologie. Il a un projet en tête, celui de rentrer dans son pays. De retour en Guadeloupe, il demeure pendant trois ans détenteur du seul passeport malien. Des compatriotes de tous les bords demandent que la nationalité française lui soit rendue. Guy Beaubois et Henry Corenthin font alors des Eaux Vives un établissement thermal privé unique dans la Caraïbe. Avant le secteur public, la clinique crée le premier Centre de Dialyse Rénale. Henry Corenthin œuvre à l’unification des deux syndicats de médecins qui fusionnent sous le nom de SUMG et dont le premier président est Claude Makouke. A partir de 1993 et pendant dix années, il cesse d’être praticien et se met à la disposition des établissements rencontrant des difficultés de gestion.

 

Impliqué depuis longtemps dans les manifestations des jeux olympiques, (il a créé le Comité olympique malien, qu’il a présidé de 1960 à 1973), Henry Corenthin assiste tous les quatre ans aux Jeux, invité par le CIO. Président de la Ligue d’athlétisme, il réalise trois Jeux de la Guadeloupe. Il démissionne en 1981 pour des raisons qu’il explique dans une lettre ouverte. Il déplore notamment le traitement réservé aux sportifs à la suite de leur carrière. Il déplore aussi « l’entreprise de dépersonnalisation du jeune Guadeloupéen » qui « dans la pratique sportive vise à former des athlètes sans âme véritable. » Il défend l’idée d’un Comité Olympique Guadeloupéen. Pour Harry Méphon : « L’action de Corenthin a eu pour effet de revendiquer politiquement dans l’athlétisme une identité guadeloupéenne. »

 

Henry Corenthin contribue à la création de l’Union pour la Libération de la Guadeloupe (UPLG) en 1981, dont un des combats est de porter la lutte de décolonisation aux Nations Unies. C’est Henry Corenthin qui y dépose la requête. En 1990, il préside l’association chargée d’organiser les Etats Généraux de la Guadeloupe pour réfléchir au devenir du pays face l’Acte Unique Européen. En 1992, la liste anticolonialiste Alternative Gran Koudmen recueille trois sièges au Conseil Régional : Thésauros, Ezelin, Barfleur. Quand ce dernier se retire, il laisse la place à Corenthin. L’UPLG milite alors pour un changement institutionnel. Henry Corenthin participe à la rédaction du Projet guadeloupéen pour la Nouvelle Collectivité de Guadeloupe. Le 7 décembre 20O3, les Guadeloupéens rejettent la possibilité d’une évolution. Henry Corenthin explique à son biographe ce qu’il retient de cette consultation : « Les politiques guadeloupéens dans leur majorité ne sont pas au niveau pour proposer un projet cohérent sur le devenir du pays. » 

 

A présent le Docteur Henry Corenthin s’en est allé. Nous devons les détails de son itinéraire à un autre Port-Louisien, Eugène Plumasseau. (1926-2014), son ami, comme lui militant de la cause nationale guadeloupéenne. Si l’auteur reconnaît un éventuel manque d’objectivité dans ses appréciations, il entend démontrer par son travail de biographe que le militantisme sportif et politique d’Henry Corenthin est exemplaire et il souligne la constance de ses convictions notamment patriotiques dans une société où, dit-il, « la palinodie est fréquente ». 

 Marie-Noëlle RECOQUE-DESFONTAINES

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