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La blanchitude en offensive offense

Christian HIVERT
La blanchitude en offensive offense

Pour commencer quelques phrases pour expliquer mon intervention sur ce site Montray Kréyol très complet et instructif pour de multiples raisons ainsi que pour me présenter à la curiosité de ses lecteurs.

 

Vous avez découvert la dernière défense collective, sous forme de pétition, des écrits et prises de positions du PIR et du livre de Houria « les blancs, les juifs et nous » contre les multiples calomnies reprises en boucle par un arc militant qui part des ex coloniaux décomplexés et racistes de l’extrême droite jusqu’aux ex autonomes (semble-t-il selon des sources internes à cette mouvance auxquelles j’ai encore accès) ayant pondu le vomi calomnieux qu’ils signent « Les amis de Juliette et du printemps », une somme de débilités méprisantes à un point rarement atteint dans l’histoire qui ne manque pourtant pas d’exemples ignobles de justifications intellectuelles et culturelles  du plus horrible de l’histoire humaine : son esclavagisation et extermination au profit de puissances se présentant sous leurs plus beaux atours… les « précieuses » savaient jouer avec leur neg nu et couvert de chaines tout en madrigalisant galamment.

 

Cet arc est tendu par le think tank « fondation Jean Jaures » du Parti Socialiste, incubateur d’idées et d’arguments néoconservateurs et impérialistes, créateur des listes de sorcières à brûler ensuite répandues par les sites du style « l’observatoire des réseaux » ou « le decodex » de l’immonde des milliardaires, tournant ensuite en boucle dans tous les milieux politiques conséquemment infiltrés au préalable, leur vocabulaire, hormis le vomi mental et le crachat décline toujours les mêmes mots, antisémite, homophobe, confusionniste, complotiste, communautariste, islamiste… j’en passe, je ne veux vous faire mal aux yeux, c’est une guerre qui se déroule là.

 

J’ai signé cette pétition moi qui n’en signe jamais, en tant que blanc par ma naissance, mais neg marron par ma vie de luttes, mes rencontres et ce qu’elles m’ont appris, ces blancs minables me casse les cocos, je suis neg, je suis indigène et je leur gueule à leur face « les neg, les indigènes vous emmerdent ».

 

Leur blanchitude ainsi réveillée de ses plus mauvais cauchemars m’insulte, me hait, trahit tous mes combats, me vexe et m’humilie, toute ma famille de militants et de résistants à l’ordre le plus noir, et ceux encore avant qui voulaient un monde débarrassé de l’ignominie des massacres et des exploitations, tous ceux que j’ai rencontré au cours des combats contre les diverses injustices, et le monde n’en manque malheureusement pas, tous les honnêtes et les braves qui ne veulent de genoux à terre pour personne se joignent en ma personne et font se bousculer tous les mots de mon indignation.

 

J’ai donc signé la pétition et suite à cela Raphaël me fait une demande qui m’honore d’accueillir sur Montray Kreyol quelques uns de mes textes de temps à autre sur les sujets qui m’intéressent.

 

De mes origines familiales issues du Morvan profond et de l’Auvergne j’ai retenu mes ascendants instituteurs et francs-maçons (Un grand–père figure dans « Les francs-maçons dans l’enseignement : 4000 noms… ), mes ascendants cultivateurs et ouvriers, des communistes, des résistants, et j’ai grandi dans les effluves tumultueuses de Mai 68, comme écolier de sept ans je voyais tous les jours l’avenue noire de monde marchant à pied, les camions militaires servaient de transport public, la grève était générale et des petits groupes débattant de toutes sortes de sujets se formaient tout au long des trottoirs et des chaussées, puis le débat permanent reflua sur les trottoirs durant quelques années suivantes, puis survécut chez les noctambules puis fut pourchassé pour tapage nocturne au début des années 80, ce que l’on nomma gauche arriva au pouvoir et l’exerça impérialement.

 

La laïcité voulue et votée par mes aïeux n’a rien à voir avec cet ersatz idéologique qui sert de béquille au fascisme guerrier et discriminant actuel, il était une séparation des églises et de l’état et une protection et liberté absolue de l’expression de toutes les consciences dans tout espace publique, rien à voir avec ce que nos fachos hexagonaux prétendent en voulant renvoyer l’expression de certaines convictions à l’espace privé, l’instruction publique et obligatoire était censée apporter les moyens de ces expressions et de leur compréhension et les maçons (qui en cette époque étaient nommés bien souvent « ligue pour la libre pensée ») soutenaient et souscrivaient au financement de la défense d’antimilitaristes passant en procès (Gustave Hérvé et le procès du « Piou-piou de l’Yonne » journal violement antimilitariste, piou-piou étant le sobriquet désignant un soldat de l’époque).

 

Alors adolescent je baignai dans l’atmosphère d’un Mai 68 à recommencer « tu vas voir ça va péter bientôt plus fort qu’en 68, les gens sont à bout… » ; on eut comme chef de la gauche de gouvernement le dernier survivant du complot fasciste de la Cagoule Française dont la technique de prise de pouvoir était de mettre de leurs œufs dans tous les nids et tous les paniers, ils furent collabos des nazis et ils furent résistants, et ils furent à l’extrême droite et ils furent à l’extrême gauche, et il furent au pouvoir, ils y sont toujours et leur dernière version est très décomplexée.

 

Le fascisme antique exécutait les militants au garrot et la mort de « Puig Antich » marqua le déclanchement  de bien des engagements et solidarités, certains lycéens dans leurs cartables bien sages et à l’abri d’un contrôle au faciès de police très fréquent passaient des paquets discrets dont ils ignoraient tout du contenu avec en tête le meilleur de ce que l’on disait de la résistance au nazisme, Jean Moulin parlait à tout le monde ; le fascisme moderne envoie ses escadrons porter régulièrement la mort dans les quartiers populaires, insulter et humilier, poursuivre le pire des politiques coloniales.

 

La couleur de peau est un marqueur indélébile du positionnement social général, et si l’on a pas la bonne couleur il faut faire grandement le fayot et tenir les positions les plus ordurières pour obtenir le petit poste convoité, cela se voit tous les jours, la discrimination sur une base de couleur de peau visible quotidiennement s’appelle un racisme et cela la novlangue ne peut l’effacer et s’il y a racisme continuel assumé par les institutions judiciaires, policières, administratives publiques et privées, politiciennes cela s’appelle un racisme social et institutionnel, le mot race ne pourra s’effacer des dictionnaires que lorsque le racisme agissant de tous aura disparu, ce n’est pas demain, mais il restera absolument gravé au cœur de l’histoire humaine.

 

Ma volonté politique adolescente ne me poussa délibérément pas vers les études pour lesquelles j’étais pourtant très doué, il n’était en aucune manière pensable pour moi de figurer un seul instant parmi ce que l’on nomme encore « l’élite de la nation », ceux qui gèrent le massacre permanent pour l’approvisionnement des matières nécessaires à la puissance, aujourd’hui j’ai 56 ans et pas un seul jour je ne le regrette, j’ai été un pauvre en lutte pour mon droit et celui de ceux que je côtoyais quotidiennement, au Mouvement Algérien pour la Paix et les Libertés, des autonomes algériens opposés à la dictature de Boumediene puis de Chadli, il y avait eu un printemps berbère lorsque le pouvoir avait interdit une conférence de Mouloud Mammeri sur la langue Kabyle.

 

Je fus insoumis au service national bien évidemment et préparant mon procès durant ma clandestinité, il n’était pas question pour moi de souscrire à un prétendu patriotisme défendant une « nation » exclusivement prédatrice et responsable des féroces répressions sur les territoires sous domination, Machoro fut exécuté en pleine négociation, les tueurs de Hienghène acquittés, puis Ouvéa, la Guadeloupe en effervescence sporadique, tous les territoires et départements occupés par la Fwans coloniale bouillaient régulièrement et la loi du prince nommée justice républicaine faisaient régner les injustices implacables, il fallait, il faut toujours soumettre.

 

Habitant des quartiers pauvres et prolétaires où les taudis disputaient l’espace aux terrains vagues nous fûmes amenés à nous reloger par nos propres moyens dans les interstices des friches urbaines et à nous soutenir les uns les autres en nous réunissant en assemblée générale au sein d’un Comité des mal logés dont la composition sociologique faisait éclater en symphonie de couleurs les boubous des mamas et les babouches berbères, les crêtes fluos des punks et les blousons noirs de l’autonomie parisienne, le vieux sage à barbe blanche traduisait en toutes langues africaines et en français pour que chacun puisse prendre une décision en toute connaissance et au même niveau d’information.

 

Merveilleux, et bien non… Très vite la force que nous dégagions et qui allait s’amplifiant dérangea jusqu’aux plus hautes sphères des pouvoirs et un président vieillissant qui dans sa jeunesse psalmodiait « les métèques dehors » en bien mauvaise compagnie humaine eut la phrase qui nous tua, comme un ordre à toutes les troupes disponibles « je ne veux pas que la crise du logement fasse le lit des révolutionnaires », citée imparfaitement de mémoire, et les troupes se mirent en branle dans le racisme le plus décomplexé qui soit, c’était à qui mieux-mieux soit pour prendre le commandement en petit blanc chef, soit pour remplacer la lutte solidaire de pauvres d’origines diverses en soutien à des assistés immigrés et africains, si on n’a plus le droit d’utiliser le mot raciste, alors quel autre mot…

 

L’expérience de ce comité autogéré par tous quelque soit son origine ne fut pas suivie et les organisations politiques traditionnelles classées à gauche et à l’extrême gauche de l’échiquier politique, qui avaient déserté depuis des décennies tout terrains sociaux au profit des terrains électoralistes, se surinvestirent et appelèrent au « soutien », le mot est important dans ce qu’il comporte de condescendance, aux sans papiers, sans ceci, sans cela, cela leur faisait du bien de ne plus avoir à faire à des travailleurs victimes de l’exploitation, on soutenait nos pov’ma bonne dame, on ressortit alors les soupes populaires et les campements (camps de concentration et de tri) de migrants (déplacés) et les belles actrices bien blanches se firent photographier tenant en pleurs dans leurs bras un petit bamboula (Envoyez vos dons à CCP…)… alors oui, le neg, l’indigène vous emmerde… 

 

Allez on finira bien par en sortir de ces colonies dieud’chiot, bises les frères et les sœurs.

 

Christian Hivert Le Libones 29 Juin 2017

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