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LA CRUELLE ABSENCE D’UN QUOTIDIEN MARTINIQUAIS

LA CRUELLE ABSENCE D’UN QUOTIDIEN MARTINIQUAIS

L’un des plus grands manquements de la Gauche martiniquaise au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler tient à son incapacité à avoir su fonder un quotidien qui reflète vraiment les aspirations des Martiniquais et ne se contente pas de relater des accidents de la route, des bagarres entre couples, des cambriolages ou la visite de tel ou tel ministre français. L’île de Barbade qui n’a que 250.000 habitants en possède deux alors que la Martinique, qui en a près de 400.000, se trouve pieds et poings liés au quotidien de la famille Hersant. Rappelons aussi qu’à Saint-Pierre avant l’éruption de 1902, et même à Fort-de-France, dans les années 30, il y avait plusieurs quotidiens : à Saint-Pierre, « Les Antilles » était l’organe de la caste békée tandis que « Les Colonies » était celui de son alter ego mulâtre, sans compter d’autre feuilles bi ou trihebdomadaires.

Certes, faire vivre un quotidien n’est pas « rédi chez bò tab » comme on dit en créole, n’est pas chose facile, surtout si l’on ambitionne de fabriquer un journal qui dépasse les 4 pages des quotidiens pierrotins ou foyalais du XIXè et début du XXe siècle. Pour cela, il faut, au départ, un capital, et ensuite bénéficier de publicités conséquentes, les seules ventes au numéro suffisant très rarement à équilibrer les comptes d’un tel journal. Il faut aussi payer des journalistes qui peuvent rayonner un peu partout sur le territoire. Le courageux hebdomadaire « Justice » du Parti Communiste Martiniquais, qui vient de fêter ses 80 ans, a joué son rôle considérable à une époque où les atteintes à la liberté de la presse étaient monnaie courante (saisies de numéros à l’imprimerie, absence de recettes publicitaires, agressions contre les journalistes comme dans l’affaire André Aliker etc.). Mais il a fallu attendre les années 80 pour que d’autres organes, tous hebdomadaires ou mensuels, tels que « Le Naïf », « Antilla », « Grif An Tè », « Karibèl » ou encore « La Tribune des Antilles ouvrent la voie à une presse non partisane. Il convient de noter cependant que ces journaux n’ont jamais bénéficié de publicités conséquentes qui leur auraient permis non seulement de s’améliorer techniquement, mais aussi d’envisager une parution bi ou trihebdomadaire. Ici, il faut pointer du doigt le comportement de la caste békée qui jusqu’à aujourd’hui, privilégie presque systématiquement la presse d’Hersant. Comportement imité par les entrepreneurs de couleur. Cela sans jamais se poser la question de savoir si une publicité dans un journal qui en contient quasiment à chaque page est aussi visible et donc aussi efficace que dans un journal qui en comporte peu.

{{POIDS}}

Or, que pèsent tous ces organes de presse, pourtant de qualité, face au mastodonte d’Hersant dont on sait que la création a été décidée par le général De Gaulle en personne ? La réponse malheureuse est : presque rien. Les journaux partisans (« Justice », « Le Progressiste » etc…) ne sont lus que par les membres des partis qu’ils représentent tandis que les journaux non partisans (« Antilla » etc.) ne sont lus que par les intellectuels. Ce qui fait que le pain quotidien du Martiniquais lui est livré en même temps que le journal d’Hersant, cela chaque matin, sauf le dimanche, du 1er janvier au 31 décembre. Notons au passage que la Droite locale qui n’avait pas de mots assez durs pour critiquer le régime soviétique et ceux qu’elle appelaient les « moscoutaires » ne s’est jamais émue du fait que le journal d’Hersant a fonctionné, et continue de le faire, exactement comme « La Pravda » ! Quant à la Gauche, des autonomistes aux indépendantistes, on ne peut pas vraiment dire non plus qu’elle se soit inquiétée de cette situation pour le moins anti-démocratique. Au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler, le Parti communiste mais surtout le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) ont été en position dominante dans le paysage politique martiniquais, puis ce fut le tour du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) jusqu’à tout récemment. Dans les programmes de ces différents partis n’a jamais figuré l’éventualité de la création d’un organe de presse pouvant concurrencer celui d’Hersant. Chacun s’est contenté de son petit journal partisan, souvent mal fabriqué et mal diffusé (ou de sa petite radio-libre, forcément peu écoutée, lors de la libéralisation des ondes). Pendant ce temps, le journal du milliardaire français continuait tranquillement son travail de captation des consciences populaires. Défaisant chaque jour ce que la Gauche s’exténuait à faire !

{{L’ECHO DES ANTILLES}}

A l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, en 1981, les Socialistes français décident la création d’un quotidien : « L’Echo des Antilles ». Ce dernier était censé pouvoir bénéficier de publicités émanant d’entreprises étatiques à défaut d’avoir celles des Békés et autres patrons. Sauf que les premières ne sont pas si fréquentes que cela et que les administrations et collectivités mettent souvent un temps fou à régler leurs factures. D’autre part, la création de « L’Echo des Antilles » n’a pas résulté d’une concertation et d’un consensus de toute la Gauche martiniquaise, mais, comme pour le journal d’Hersant, d’une décision du Papa Blanc hexagonal. Enfin, la mise en page en était médiocre, la couleur en était absente et les journalistes recrutés peu performants. Résultat des courses : « L’Echo des Antilles » ferma boutique au bout de deux ans d’existence sans avoir jamais réussi à avoir le moindre…écho dans les consciences martiniquaises. Très peu de gens, d’ailleurs, se souviennent qu’il a existé !

Il ne faudrait pas, toutefois, imputer l’absence d’un quotidien réellement martiniquais, aux seuls hommes politiques, d’autres couches sociales avaient, elles aussi, intérêt à l’émergence d’un tel journal : moyens et petits patrons, intellectuels, corps enseignant, syndicalistes, écologistes, féministes etc… A leur niveau aussi, il y a eu un réel désintérêt. Ou alors une sorte de fatalisme : « Koté nou kay pwan lajan-an ? » (Où prendrons-nous l’argent ?). Cette situation n’est pas propre à la Martinique, elle prévaut aussi en Guadeloupe. Or, la question de l’argent, si elle est réelle, est loin d’être insoluble quand on constate les sommes faramineuses dépensées pour des festivals culturels, des tournois de football ou encore des courses transatlantiques. Il aurait été tout à fait envisageable de rassembler les différents groupes sociaux nommés plus haut, avec les politiciens de Gauche, pour monter un projet qui aurait pu tenir la route. Un quotidien ouvert à toutes les sensibilités de la Gauche à l’extrême-gauche, des syndicalistes aux écologistes, des militants du créole aux féministes etc…L’absence d’un tel projet est sans doute le plus grand échec des partisans d’une Martinique martiniquaise, qu’ils soient autonomistes, indépendantistes ou souverainistes. Un échec que nous payons très cher aujourd’hui !

{{METAMORPHOSE}}

Car entre temps, profitant de son monopole absolu, le journal d’Hersant a su s’améliorer au fil des années, surtout au plan technique, et devenir l’équivalent de n’importe quel bon quotidien régional de l’Hexagone comme « Ouest-France » ou « La Marseillaise ». L’assimilationisme bête et méchant de départ s’est métamorphosé en quelque chose de beaucoup plus subtil, voire de subliminal, et un semblant de non-alignement sur les seuls partis de Droite s’est fait jour. Des journalistes martiniquais de talent ont été embauchés et parfois placés à des postes de responsabilité, un homme éminent tel que Henri Mangatalle ayant joué un rôle non négligeable dans ladite évolution. Cette dernière ne pouvait que renforcer l’immobilisme médiatique de la Gauche et dissoudre définitivement l’idée d’un quotidien qui serait la propriété de Martiniquais. Désormais, nos politiques, nos intellectuels, nos syndicalistes ou nos écologistes ne rêvent que d’une chose : publier une tribune dans la page hebdomadaire « Débats » du quotidien d’Hersant lequel en profite pour se donner bonne conscience à peu de frais car Ti Sonson ne lit guère la page en question, environnée qu’elle est de toutes côtés par des pages en quadrichromie narrant les faits divers des différentes communes. Croyant s’adresser aux larges masses, nos hommes de Gauche ne s’adressent en réalité qu’à eux-mêmes et à leurs pairs et se couillonnent ainsi eux-mêmes.

Il suffit d’examiner les « une » du magazine du week-end pour comprendre qu’en fait, peu de choses ont changé dans l’idéologie de départ qui consistait à convaincre les Martiniquais qu’ils étaient de bons Français : 70% de ces couvertures mettent en exergue des chanteurs ou des musiciens, 30% des personnalités du monde de la mode ou du sport (ou, parfois, des journalistes-people). Tel ou telle brillant (e) Martiniquais (e) aura droit à un articulet dans le journal de la semaine, mais jamais le magazine ne célébrera en couverture celui qui vient de passer un doctorat en biologie ou en physique ou aura créé une entreprise innovante, par exemple. Le message subliminal est clair : l’avenir de la jeunesse martiniquaise se trouve dans la musique, la mode et le sport, nulle part ailleurs. C’est subtilement fait et sans doute presque personne ne s’en rend compte alors que chaque année, nous avons des agrégés, des polytechniciens, des énarques ou des entrepreneurs de qualité. Vous ne les verrez jamais en « une » du magazine !!!

L’autre problème, tout aussi subtil, est le fait de glisser dans les articles des phases assassines ou mensongères à l’encontre du camp indépendantiste. La dernière en date concerne l’Habitation Potiche, à Basse-Pointe, où la plantation de bananes a été entièrement rasée pour faire place à une ferme photovoltaïque qui sera créée par une entreprise hexagonale. L’article en question relate la visite sur les lieux de deux conseillers régionaux du PPM lesquels se lamentent sur la perte de ces précieuses terres agricoles, article qui déclare, au détour d’une phrase, que « cette décision avait été prise au cours de l’ancienne mandature », celle dirigée par le MIM donc !!! Ce qui s’avère totalement faux après vérification. Mais c’est subtil et cela passera comme une lettre à la poste en dépit d’éventuels droits de réponse du parti mis en cause.

{{ VOYOUS}}

Aujourd’hui, fort heureusement, l’Internet donne une deuxième chance à la Gauche martiniquaise (autonomistes et indépendantistes). La presse-papier est en perte de vitesse et les sites-internet commencent à lui damer le pion grâce à leur réactivité face à l’actualité et à la possibilité donnée à un plus grand nombre de gens de s’exprimer et non aux seuls journalistes et éditorialistes. La jeunesse martiniquaise en particulier est davantage branchée sur le Net que sur le quotidien d’Hersant lequel continue toutefois de se maintenir à cause du vieillissement de notre population. L’idée donc de lancer un quotidien alternatif devient du coup moins cruciale qu’au cours du demi-siècle écoulé. Mais là encore, un nouvel écueil apparaît : les sites-web sont désormais si nombreux que l’internaute s’y perd. On peut, en effet, feuilleter ou acheter deux ou trois journaux-papier, mais il est quasiment impossible de surfer dans la même journée sur une vingtaine ou une trentaine de sites antillais. D’où l’idée de se réunir pour créer un grand site martiniquais qui pourrait rassembler toutes les sensibilités politiques, syndicales, écologistes, créolistes, féministes etc…

MONTRAY KREYOL est prêt, pour sa part, à cesser de fonctionner et à se joindre à un tel projet au cas où il verrait le jour. Nous ne sommes pas les « voyous » que décrivent certains membres du PPM…

Commentaires

thierry | 23/01/2011 - 11:43 :
{{L'initiative de MONTRAY KREYOL est honorable. Mais il me semble qu'il sera difficile de fédérer les 20 à 30 sites, dits "d'opposition" en un site généraliste, sage, neutre, traitant avec modération l'actualité générale et aussi les faits divers qui occupent beaucoup de place sur le journal d'Hersant, tant je pense qu'il faudra de compromis et que certains ne voudrons pas abandonner leur libre arbitre, leur regard sur la vie politique. Par ailleurs seule la jeunesse se préoccupe d'internet. On prend comme il est dit, le journal d'Hersant avec le pain. Un journal papier, type le Monde (tel qu'il était autrefois), serait le bienvenu, agrémenté de photos. Tout cela exige, journalistes un peu qualifiés, publicité,modération, professionalisme, crédibilité. Donc moyens financiers. Il n'en serait pas moins pédagogique. Car le journal qui détient le monopole est d'une rare médiocrité, peu propice à éclairer un lectorat qui finalement se suffit de cette médiocrité. MONTRAY a eu au moins le mérite de lancer l'idée et de poser le débat.}}

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