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La démocratie participative, est-elle une réponse à la crise des démocraties représentatives ?

Lucien PAVILLA
La démocratie participative, est-elle une réponse à la crise des démocraties représentatives ?

On observe aujourd'hui de nombreux signes d'une crise des démocraties représentatives en France hexagonale et dans les territoires :

  • La méfiance des citoyens à l'égard des élus qu’ils ont eux-mêmes contribué à élire.
  • Une abstention électorale en hausse constante chez les jeunes et les couches populaires.
  • Le manque d’attractivité des partis politiques traditionnels, le peuple ne se reconnaissant plus dans ces partis politiques traditionnels.
  • La montée du populisme qui pour l’instant n’a pas frappé majoritairement la Martinique,
  • L’emprise du milieu économique sur les politiques publiques.

 

Comment voit-on ces bouleversements, sont-ils la conséquence des mutations des sociétés démocratiques contemporaines ou a-t-on affaire à une crise structurelle liée à la démocratie représentative ?

 

Il existe structurellement une interrogation sur le caractère démocratique des institutions de la démocratie représentative. Malgré leur évolution au cours de l’histoire, ces institutions font toujours l’objet de contestations, car selon le peuple, elles ne sont pas assez proches du principe d’égalité dont elles se réclament. Montesquieu, Rousseau, Aristote, considéraient que « le gouvernement représentatif était un système aristocratique dans lequel une petite élite éclairée exerce le pouvoir pour les citoyens ; Alexis de Tocqueville a souligné le risque de majorité tyrannique ».

 

La montée en puissance des géants du numérique et de l’Internet a un impact considérable sur les débats publics, les opinions et les modes de vie. Cela souligne l’inefficacité des autorités politiques à réguler le phénomène. Dans le même temps, l’élévation du niveau d’éducation de la population et le développement de l’économie de l’attention (lié à l’abondance des sources d’information) renforcent le sens critique de la population à l’égard des politiques.

Les institutions et les gouvernements des démocraties représentatives sont donc doublement remises en cause, avec l'affirmation d'acteurs économiques qui outrepassent les règles démocratiques et à qui les gouvernements ne peuvent imposer leur volonté, et avec des citoyens qui n'acceptent plus de déléguer leur pouvoir et leur parole sans avoir la possibilité de s'exprimer.

 

Pour autant, est-ce à dire que l'idée de participation se présente comme une alternative politique pour revitaliser les démocraties contemporaines et apporter une réponse à leurs dysfonctionnements ?

 

Définissons d’abord l’idée de participation

 

Elle désigne l’ensemble des dispositifs et des procédures qui permettent d’augmenter l’implication des citoyens dans la vie politique et d’accroître leur rôle dans la prise de décision.

La démocratie participative se présente aussi comme un système mixte dans lequel le peuple délègue son pouvoir à des représentants qui proposent et votent des lois, mais conserve le pouvoir de se saisir lui-même de certaines questions.

Cette dernière définition renvoie à toute initiative informelle qui résulte du citoyen et de tout groupe organisé, dans le but de se faire entendre sur des préoccupations d’intérêt général.

 

Cependant, malgré les courants de pensée qui ont théorisé l’idéal participatif au milieu du 20e siècle valorisant l’implication citoyenne dans la politique au-delà du seul vote et insistant sur l’importance de la discussion capable de rendre efficace la décision politique, force est de constater, selon les observations, que la démocratie participative a des limites. Elle a produit jusqu’à maintenant plus de frustrations que de renouvellement véritable de la démocratie, la récente protestation des Gilets jaunes est une preuve.

 

À l’évidence, plusieurs éléments concourent à l’échec de l’idéal participatif.

 

  • L’idée selon laquelle les habitants sont désireux de s’organiser spontanément et entendent prendre en main la gestion de leurs problèmes collectifs est restée au stade de l’incantation des élus.
  • L’offre de participation dans la décision publique reste marginale.
  • La prise en compte de l’avis de l’opposition dans un projet municipal est inexistante, dans la grande majorité des cas la participation ne pèse pas sur la décision. Elle reste de l’ordre de la consultation plutôt que de celui de la co-construction avec le citoyen. La démocratie participative ne se résume pas aux porte-à-porte afin de recueillir les désidératas des administrés pour bâtir un projet communal à partir de leurs besoins. Les administrés doivent pouvoir influer sur les choix budgétaires, là est la difficulté, car il y a forcément démembrement du pouvoir de la majorité municipale.  
  • Bien souvent, la participation n’est qu’un habillage pour entériner des choix déjà faits par la majorité municipale.
  • Ceux qui participent aux conseils de quartier d’ordinaire sont les catégories sociales les mieux intégrées et les plus âgées, celles qui sont dotées d’un capital culturel. Ce qui renforce des positions et reproduit des inégalités. C’est contraire à l’idéal participatif !

 

Cependant, il faut souligner, et j’ai l’intime conviction, qu’on peut mobiliser les catégories populaires à la condition qu’il y ait une vraie volonté politique et un enjeu pour ces catégories à participer. Cela passe par la mise en place d’une plateforme permettant aux citoyens d’apporter leurs contributions.

De nos jours, chaque municipalité a, soit une page Facebook, soit un site Internet ou autres réseaux sociaux, utilisons alors ces outils de communication en complément des conseils de quartiers, pour créer une véritable gouvernance collégiale et participative, et ce sur tous les sujets d’intérêt général qui touchent au quotidien des administrés, de façon à permettre à chacun de s’exprimer sur la vie publique de son territoire.

 

 

 

Lucien Pavilla

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