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Chronique Littérature

La poésie devant l’immensité de l’espace avec la poétesse astrophysicienne Rebecca Elso

La poésie devant l’immensité de l’espace avec la poétesse astrophysicienne Rebecca Elso

Sophie Creuz nous présente un recueil de poésie celui de Rebecca Elson, publié par les éditions L’Arbre de Diane.

Une poétesse qui a la tête dans les étoiles

Peut-on expliquer la gravitation et la relativité par la poésie ? Nous, certainement pas, ni avec la poésie ni autrement d’ailleurs mais par contre, Rebecca Elson le pouvait. Cette astrophysicienne canado-américaine était réputée pour ses travaux sur les amas globulaires – c’est un vilain mot pour une chose très belle – la concentration de centaines de milliers d’étoiles. Mais elle était aussi poétesse, non pas à ses heures perdues, mais en écho constant avec ses recherches astronomiques.

Et dans ces échanges qu’elle noue entre l’ici et l’infini, entre l’univers en expansion et notre condition terrestre circonscrite, elle voyait une géométrie de l’espace et une plastique, une malléabilité qu’elle traduisait magnifiquement en vers libres. Ce qui lui permettait d’incarner son intuition scientifique dans une forme fluide, légère, gazeuse et perpétuellement émerveillée devant les mystères de la beauté, et devant la beauté du mystère.

Rebecca Elson est malheureusement décédée en 1999 à l’âge de 39 ans. La mort, elle ne l’évoque que dans un seul poème, presque avec gourmandise. Ecoutez plutôt : "quelques fois en antidote/ A la peur de la mort,/ Je mange les étoiles. / Ces nuits-là, couchée sur le dos,/ Je les aspire de l’anéantissante noirceur. Pour les ramener toutes, toutes en moi/ Brûlantes et mordantes comme le piment."

Et quand revenue devant son télescope, la voie lactée ne semble qu’être une nébuleuse blanche, difficile à calculer, qui file à tire d’ailes, elle écrit : "un instant tu oublies l’erreur et l’ondulation des traînées de lumière/ et là tu la vois l’immense migration et tu entends la ruée/ le battement." C’est ce battement qu’elle nous donne à entendre.

La forme littéraire donne corps à la matière

Nous devons cette traduction à l’infatigable curiosité de Mélanie Godin, éditrice de petits recueils de textes choisis, et passionnée entre autres par la dialectique entre science et littérature. Ses éditions s’appellent "L’Arbre de Diane", et comptent parmi ses collections, "La tortue de Zénon", dans laquelle paraît ce magnifique ouvrage, intitulé Devant l’immense, édité avec un amour du livre qui apparaît dès la couverture illustrée par Dominique Goblet, en parfait écho avec la fausse ingénuité de Rebecca Elson lorsqu’elle contemple la voûte céleste.

Les poèmes sont admirablement traduits par Sika Fakambi et pour ceux qui lisent l’anglais, les originaux suivent la partie en français. Et le livre se termine par un texte aussi savoureux qu’édifiant dans lequel Rebecca Elson raconte avec joie comment lui est venu le goût des sciences, lorsqu’elle était enfant, en ramassant de minuscules fossiles sur la plage avec son père géographe. Plus tard, il lui a fallu beaucoup d’humour et de ténacité pour parvenir où elle est arrivée, et passer du giron maternel de ses premières professeures de physique à la dure compétition mâle de ses condisciples de Princeton. A qui elle cachait ces poèmes, qui ne seront publiés qu’à titre posthume.

Ils savent maintenant ce qu’ils ont perdu en ne les lisant pas, du moins, on l’espère pour eux, ils en auraient pris de la graine. Parce que, quand la scientifique devine et mesure ce qu’elle voit, la poétesse elle, le perçoit de tout son être, en trouvant une forme littéraire pour donner corps à la matière. Comme ici par exemple : "Imaginer l’espace s’enroulant autour d’une planète comme ta paume autour d’une pierre."

Eluard disait "la terre est bleu comme une orange" mais ce n’était-là qu’invention de poète, alors qu’ici Rebecca Elson incarne l’idée même d’espace.

"Devant l’immense" de Rebecca Elson paraît dans la traduction de Sika Fakambi. On peut acquérir ce recueil dans toutes les bonnes librairies, ou sur le site des éditions L’Arbre de Diane.

Post-scriptum: 
© Angelo Di Cintio / L’arbre de Diane

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