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LE CREOLISTE LAWRENCE CARRINGTON HONORE PAR LA REPUBLIQUE DE TRININAD ET TOBAGO

LE CREOLISTE LAWRENCE CARRINGTON HONORE PAR LA REPUBLIQUE DE TRININAD ET TOBAGO

   Peu de gens savent que la toute première grammaire d'un créole qui est jamais été écrite fut l'œuvre d'un instituteur trinidadien, John Jacob THOMAS, ouvrage intitulé "The theory and pratice of creole grammar" paru en 1869.

   D'un créole à base lexicale française s'entend ! A savoir celui qui est parlé de la Louisiane au nord jusqu'à la Guyane au sud en passant par Haïti, Guadeloupe, Dominique, Sainte-Lucie et Trinidad. Dans ce dernier pays, la population était presque totalement créolophone au 19è siècle ! Aujourd'hui, il ne reste que quelques poches créolophones à Paramine, Maraval et Morne Coco. Quant à l'île de Grenade, elle fut, elle aussi entièrement créolophone et jusqu'aux années 50 du 20è siècle, on y trouvait des locuteurs de cette langue. Par exemple, la mère et les tantes de feu-Maurice BISHOP, premier ministre de l'île, s'exprimaient en créole comme n'importe quelles vieilles martiniquaises.

   C'est que les langues, tout comme les civilisations, sont mortelles.

   Ne rien faire pour les sauver quant elles sont en danger est un crime culturel, un "linguicide". Fort heureusement, à Trinidad, des linguistes comme Denis SOLOMON et Lawrence CARRINGTON se sont attelés à l'étudier et à l'enseigner à l'Université des West-Indies, relais pris par Jo-Ann FERREIRA et d'autres passionnés tels Nnamdi HODGE. A ce propos, à l'occasion de la célébration du 43è anniversaire de la République de Trinidad-et-Tobago, la semaine dernière, Lawrence CARRINGTON s'est vu attribuer la Chaconia Medal (or), la deuxième récompense étatique la plus élevée de ce pays, pour ses éminents travaux sur le créole à base lexicale française (celui de Trinidad mais aussi de Sainte-Lucie sur lequel il a rédigé sa thèse de doctorat).

    Quant on voit les valses-hésitations des uns et des autres en Martinique, le refus des autorités politiques de créer un Office de la Langue Créole qui aurait permis de mettre en oeuvre une vraie politique linguistique, seule capable de stopper l'effrayant processus de décréolisation qui a cours depuis trois décennies, il y a de quoi rester rêveur. Quant on voit une université incapable ou refusant d'accepter de nommer sa Faculté des Lettres et Sciences humaines du nom du fondateur de la créolistique guadeloupéo-martiniquaise, à savoir Jean BERNABE, alors même que le conseil de faculté a pris une délibération en ce sens, il y a de quoi enrager. Quand on voit une conseillère pédagogique d'une circonscription de la Martinique passer dans les lycées pour dissuader les élèves de choisir l'option "Créole", il y a de quoi s'arracher les cheveux.

   En effet, voici donc un pays (devenu) anglophone, Trinidad, qui honore un de ses universitaires qui a travaillé sur les créoles à base lexicale...française !!! Pas sur les créoles à base lexicale anglaise, non ! Mais bon, Trinidad est un pays indépendant et cela depuis 43 ans. Il n'a pas d'ordres à recevoir d'une quelconque lointaine métropole. Il fait ce qu'il juge utile ou en tout cas bénéfique à sa population.

   Quand il était encore en activité (il est retraité et professeur émérite de l'Université des West-Indies), Lawrence CARRINGTON est venu plusieurs fois à la Martinique à l'invitation de Jean BERNABE et du GEREC (Groupe d'Etudes et de Recherches en Espace créole) de l'ex-Université des Antilles et de la Guyane où il put rencontrer Robert DAMOISEAU, Bernadette CERVINKA, Raphaël CONFIANT, Michel DISPAGNE, Jean-Charles HILAIRE, Gerry L'ETANG entre autres créolistes.

   Nou ka di Lawrence an bel woulo-bravo pou méday-li a !...

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