Accueil

LE MOT "INDEPENDANCE" SERAIT-IL DEVENU TABOU CHEZ LES...INDEPENDANTISTES MARTINIQUAIS ?

LE MOT "INDEPENDANCE" SERAIT-IL DEVENU TABOU CHEZ LES...INDEPENDANTISTES MARTINIQUAIS ?
 
  On ne l'entend plus guère ce mot, pas plus que son cousin germain "souveraineté nationale".

 

  Serait-il devenu tabou ?
 Car aucune des deux grandes tendances du camp indépendantiste__les gestionnaristes d'un côte, les réparationnistes de l'autre__ne l'emploie ou très rarement et cela noyé dans un flot de discours ronflants qui n'inquiètent absolument pas l'Etat colonial français. Du côté des gestionnaristes, on vante la réalisation ou l'achèvement de tel ou tel grand équipement, les aides multiples et variées aux différents secteurs de la société ou encore l'absence de déficit budgétaire ou de dettes trop criantes.  Fort bien ! Tout cela est bien beau, mais en quoi cela a-t-il fait avancer le combat pour l'indépendance d'un millimètre ?
  (On entend déjà les autonomistes ricaner ! Mais ils feraient mieux de la boucler car chaque fois qu'ils sont au pouvoir, ils ne font pas non plus avancer l'autonomie d'un millimètre).
  Dans l'autre fraction du camp indépendantiste, celui des réparationnistes, on ne l'entend guère non plus ce mot "indépendance" : il a été remplacé par "Békés dehors !", "Non à l'empoisonnement au chlordécone !" (Hé, les gars, ça fait 30 ans que des gens ont dénoncé ce pesticide, notamment Pierre DAVIDAS), "Panafricanisme", "Toutakhamon", "Haïlé Sélassié" etc...Autant les gestionnaristes sont très fiers d'exhiber leurs budgets non-déficitaires, autant les réparationnistes sont, eux aussi, immensément fiers d'exhiber une décision de la Cour de Justice Européenne déclarant recevable la demande de réparations. Or, si ladite demande se justifie dans un pays indépendant (L'Allemagne a, ainsi versé, versé 30 milliards de marks à Israël en compensation des crimes nazis), on ne voit pas très bien quel sens elle a dans une colonie ou néo-colonie telle que la Martinique. Car enfin, si jamais les réparationnistes obtenaient gain de cause (oui, si jamais, puisque "demande recevable" ne signifie aucunement "demande acceptée"), à qui versera-t-on les sommes obtenues ? A la CTM ? A la Préfecture de la Martinique ? Aux Réparationnistes ? Il n'y a aucune autorité réellement martiniquaise en Martinique, donc enfourcher de tels moulins à vent revient à dévoyer le combat pour l'indépendance.
  Il y a donc urgence absolue à remettre au premier plan les mots "indépendance" et "souveraineté nationale". Le gestionnarisme et le réparationnisme ne sont que des fuites en avant qui ne font pas avancer d'un seul millimètre la cause de l'indépendance. En fait, ils signent l'échec de toute une génération qui avait, certes courageusement, vaillamment même, lancé la lutte dans les années 70 du siècle dernier et qui aujourd'hui, cherche à masquer le dit échec derrière les flonflons de la bonne gestion, d'un côté, et les chimères des réparations, de l'autre. Oui, un demi-siècle plus tard, le constat est là : nous n'avons fait aucun pas, même minuscule, en direction d'une accession à la souveraineté nationale.
   A quoi cet échec est-il dû ?
  A diverses inconséquences dans les deux fractions du camp indépendantiste parmi lesquelles on peut lister celles-ci : 
 
    __l'incapacité  à présenter aux Martiniquais un programme détaillé et chiffré de ce que serait une indépendance. Comment le nouvel état va-t-il payer ses enseignants, ses policiers, ses juges, ses infirmières, ses pompiers, ses douaniers etc. ? Avec quoi va-t-il payer les 1,5 million de tonnes de pétrole que nous importons chaque année (raffinés par la SARA) pour faire fonctionner l'usine de Bellefontaine et rouler nos voitures ? etc...
 
  __l'incapacité de nouer des liens autres que culturels et sportifs avec nos voisins indépendants de la Caraïbe ou alors notre participation, toujours symbolique, à des organismes tels que l'OECS. Quand Barbade, par exemple, fête le 49è anniversaire de son indépendance, aucune des deux fractions du camp indépendantiste n'envoie de délégation officielle ni pour le 50è non plus ni pour le 51e etc...Pourtant, Barbade pourrait nous expliquer comment elle fait pour payer ses infirmières, ses policiers ou ses enseignants ! L'île Maurice et les Seychelles aussi, pays comparables aux nôtres de par leur taille et leur population. Nos indépendantistes préfèrent Cuba, oui mais aussi admirable que soit le système cubain et il l'est incontestablement dans certains domaines (médecine, éducation etc.), nous ne jouons pas du tout dans le même cour (Hé, les gars, La Havane/Santiago fait 1.000kms alors que Paris/Marseille n'en fait que 800 !).
 
   __la complaisance envers les discours anti-Blancs donnant à croire qu'être indépendantiste c'est détester ou haïr la France. Aux îles du Cap Vert, personne ne déteste le Portugal, pas plus qu'à Barbade, on déteste l'Angleterre. D'ailleurs, les pays anglophones de la Caraïbe, au lendemain matin de leur indépendance, ont adhéré au Commonwealth qui rassemble tous les pays anglophones du monde et dont le chef d'état symbolique est...la Reine d'Angleterre.
 
   __l'incapacité à trouver des alliés de part le monde, surtout dans les pays du Sud, pour nous aider à faire inscrire la Martinique dans la liste établie par le Comité de Décolonisation de l'ONU. Là, on devine la gène de nos réparationnistes et autres noiristes : les pays qui se sont le plus farouchement opposés à cela à la tribune de l'ONU ont été les pays africains francophones à commencer par le Sénégal. Oui, l'Afrique noire doit nous aider dans notre lutte pour l'indépendance, mais nous devrions chercher aussi des appuis en Amérique du sud, dans le monde arabe ou en Asie. Tout soutien est bon à prendre, fut-il celui de l'Ouzbékistan.
 
   __l'incapacité à nouer des relations avec des peuples qui mènent un combat similaire au nôtre et dont les luttes pourraient beaucoup nous apprendre : Québec, Catalogne, Sahara occidental, Palestine etc...Notamment au plan de la sauvegarde de notre identité (langue et culture) car au fond, c'est d'abord et avant tout pour sa préservation qu'une indépendance se justifie. Si elle disparaît, se séparer de "la Mère-Patrie" n'a aucun sens. Exemple : le jacobinisme ayant finit par tuer toute identité spécifique en Catalogne française, on ne voit guère pourquoi les habitants de celle-ci se battraient pour devenir indépendants. Ils sont d'ailleurs devenus tellement français qu'aux élections municipales de mars prochain, leur "capitale", Perpignan, risque d'élire un maire du RN, le parti de Marine LE PEN ! Par contre, l'indépendance de la Catalogne "espagnole" se justifie pleinement parce que l'Espagne n'a jamais réussi à phagocyter l'identité catalane.
 
   __la sottise du discours des "avantages acquis" qui consiste à faire croire aux Martiniquais qu'ils auront le même niveau de vie après l'obtention de l'indépendance. Il faut dire la vérité aux gens et leur faire comprendre que se battre pour préserver son identité, pour sauvegarder sa Nation et pour avoir un Etat, cela se paye. Cela a un coût ! Non, à Barbade, à Maurice ou au Cap Vert, un instituteur ne peut pas rouler dans une BMW à 60.000 dollars. Il faut choisir : soit son identité soit la BMW. Mais cela ne signifie pas pour autant, si l'on choisit la première voie, qu'on sombrera dans la misère. On mettra fin à l'effarante société de gaspillage qui sévit à la Martinique et à l'économie de comptoir qui profite d'abord et avant tout à une caste de Békés prédateurs et on s'efforcera de construire une société qui répondra aux besoins du plus grand nombre.
 
   __l'incapacité à penser "le problème béké" en-dehors des anathèmes noiristes et revanchards alors même que la Martinique est l'île de la Caraïbe qui en comporte le moins (5% à Barbade, 3% à Trinidad, 2% dits "Blancs-pays" en Guadeloupe, 40% à Saint-Domingue etc...). Oui, la Martinique n'a qu'1% de Békés ! Or, rien n'est tenté, comme l'a fait MANDELA en Afrique du Sud pour mettre les Békés au pied du mur. On se contente de graffitis ou de slogans "Bétjé déwò !". Que signifie "les mettre au pied du mur", demandera-t-on ? Faire encore comme MANDELA qui a dit aux Afrikaners : ou bien vous cédez le pouvoir à la majorité noire ou bien vous finirez, à terme, comme les Pieds-noirs d'Algérie. Donc, nous, au lieu de brailler inutilement chaque semaine devant un seul hypermarché alors que les 8 autres que comporte la Martinique sont ouverts, on peut parfaitement entamer des négociations "mandeliennes" avec eux. Mandéliennes et non pas "PPMiennes" car ce qu'on fait nos chers autonomistes en allant planter le "Courbaril de la réconciliation" sur l'habitation du plus riche Béké de la Martinique sans exiger D'ABORD que sur ladite Habitation, qui est devenue un lieu touristique, celui-ci ne reconstruise à l'identique ne serait-ce qu'un cachot à esclaves et une Rue Cases-Nègres, est tout simplement indigne. Il n'y a pas d'autre mot ! Oui, à un Comité "Vérité et Réconciliation", NIET à un Comité "Réconciliation" comme le veut "Tous Créoles". La Vérité ? C'est le cachot à esclaves, c'est la Rue-Cases-Nègres, c'est l'idéologie raciste, c'est l'argent reçu de l'Etat français en compensation de la perte de leurs esclaves après 1848, c'est l'exploitation éhontée des ouvriers agricoles, c'est le pillage du Crédit Martiniquais, c'est l'économie de comptoir, c'est le chlordécone etc...C'est tout cela qui doit être mis sur la table avant TOUTE forme de réconciliation. Les Békés ne sont pas tous idiots ! Sur le 1% ou les 3.500 qu'ils sont, il doit bien en avoir 200 qui seraient prêts à discuter sérieusement. Ils savent très bien que sur les murs de Barbade ou de Maurice, on ne trouve aucun graffiti "Blancs dehors !".
 
 __l'incapacité à se défaire des discours gauchistes...français. Très français même ! Conséquence : nos indépendantistes ont réussi à enfoncer dans la tête des Martiniquais que l'indépendance ne pourra être que d'extrême-gauche ou alors panafricaniste. Or, aucun pays de la Caraïbe, tant insulaire que continentale, n'est devenu indépendant de la sorte ! CHAVEZ arrive près d'un siècle et demi après BOLIVAR et CASTRO trois-quarts de siècle après José MARTI. Et, plus près de nous, à Grenade, Maurice BISHOP 5 ans après l'accession à l'indépendance (BISHOP qui a été assassiné par des gens se revendiquant plus marxistes-léninistes que lui !). La question de la lutte des classes, bien réelle, se réglera après l'indépendance. Pas avant !   
 
  Bref, on pourrait faire un livre entier sur l'échec (n'ayons pas peur du mot !) du camp indépendantiste TOUTES TENDANCES CONFONDUES. Les quelques points que nous venons d'évoquer ne sont que la partie émergée de l'iceberg. On arguera du fait que les Martiniquais ne veulent pas se séparer de la France et que le résultat de la consultation du 10 janvier 2010 qui a vu 78% d'entre eux voter "NON" à ce qui n'était qu'une poussière d'autonomie (Article 74) en est la preuve éclatante. Cette conclusion à chaud doit être examinée à froid. A tête froide. Et dès lors, on voit poindre la réponse : les Martiniquais ne veulent pas d'une indépendance sans programme détaillé et chiffré, sans être certains que tels ou tels pays nous aideront à faire nos premiers pas, sans avoir la garantie que le "filon" et surtout la corruption seront férocement combattus, sans être rassuré sur l'apaisement des tensions raciales, et pour les plus informés d'entre eux, sans avoir la certitude qu'on s'efforcera de bâtir une société écologique, seul chemin viable dans un monde qui est en passe d'être détruit tant par le capitalisme (Etats-Unis, Europe etc.) que par la Chine communiste. A cause, par exemple, de l'exploitation inconsidérée des ressources naturelles de la planète et des émissions de gaz à effet de serre par ces deux types de régime, nous, insulaires, commençons déjà à  en vivre les conséquences dramatiques, dévastatrices même : si, pour ne prendre que ce seul exemple, l'érosion de notre côte Nord-Caraïbe se poursuit au rythme actuel, toutes les plages disparaîtront à commencer par celle du Carbet. Et au sud, on voit déjà le rétrécissement effrayant de la plage des Salines.
  C'est pour toutes ces raisons qu'il est indispensable que les "vieux" indépendantistes de tous bords rendent leur tablier et laissent la place à une nouvelle génération de "jeunes" indépendantistes qui auront à cour de bâtir une Martinique écologique, solidaire, multiethnique, bilingue (voire multilingue) et disposée à intégrer une Fédération ou une Confédération caribéenne. Mais pour cela, il faut que certains arrêtent de bourrer le crâne des plus déterminés d'entre nos jeunes de vieilleries idéologiques qui n'ont qu'un résultat, un seul : nous faire tourner en  rond "dans la calebasse de l'ile" comme disait le Père de la Négritude... 
Image: 

Pages