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LES TÉNÈBRES EXTÉRIEURES de Raphael Confiant

LES TÉNÈBRES EXTÉRIEURES de Raphael Confiant

{{Le romancier haïtien Gary Victor, qui vient de publier aux éditions Vents d'ailleurs, un roman intitulé "Banal oubli", a publié une note de lecture dans le quotidien haïtien "Le Nouvelliste" à propos du dernier roman de Raphaël Confiant, "Les Ténèbres extérieures" (éditions Ecriture) qui traite de la dictature de François Duvalier dit Papa Doc...}}

Il fallait le volcan Raphael Confiant pour s’attaquer à ce projet aussi fou que de mettre en scène dans un roman le personnage, plus décrié que controversé, de François Duvalier. On a tant dit sur le personnage. Il a fait déjà l’objet de plusieurs ouvrages. Il occupe une place monstrueuse dans l’imaginaire haïtien et ceux qui disent vouloir effacer, dans les pratiques, son souvenir, laissent transparaître continuellement, pour le pire de la société haïtienne, comme une fascination pour le Doc.

Confiant choisit la construction en spirale pour saisir toute la folie, tout le paradoxe à la fois de ce personnage grand-guignolesque qui reste encore le modèle du politique haïtien. « Voici venir le temps des jours sans raison comme ces mouches de même nom qui tournevirent dans la lumière cruelle de juin, voici le temps arrêté quand il ne sert plus à rien de guetter les premiers éclats de voix… C’est le temps de l’antique tragédie » Dès les premières lignes, le ton est donné.

Soliloquant devant son cadavre qu’on apprendra plus tard être celui de son sosie, le personnage de François Duvalier, par la magie du verbe de Confiant, nous entraîne dans les méandres d’une folie sociétale, dont il n’est finalement qu’une sorte d’aboutissement. Spirales après spirales, nous entrons dans les arcanes d’un pouvoir qui arrive à entraîner toute une société au stade suprême de la décrépitude au rythme pourtant d’un discours glorifiant la race et rabâchant parfois des vérités qui deviennent dans la bouche des pitres de désespérantes élucubrations.
Des personnages de sinistre mémoire sont ramenés à la vie par Confiant pour l’effroi d’un lecteur qui, au fur et à mesure qu’il avance dans le roman, se rend compte : «… qu’il y a des peuples qui, choqués par l’Histoire, peu à peu s’enfoncent dans la déréliction et le désespoir et dont les rites ne sont que vaines parades à la chatoyance suspecte. Leurs invocations(… ) s’épuisent dans un langage exténué » ( Quatrième spirale, page 245)

Roman sur le pouvoir absolu aux mains de voyous, roman sur la folie et les paradoxes, roman surtout sur la lâcheté et la démission, cette œuvre de Confiant jette aussi un regard étonnant de lucidité sur l’emprise de l’imaginaire à tous les échelons de la vie haïtienne. Un imaginaire destructeur autant qu’il est porteur de beauté. Un imaginaire qui réconforte autant qu’il paralyse. « Pourtant, on demeure là, debout, intraitable. On se rit de la misère noire et de la misère bleue. On tressaute au moindre battement de tambour-boula. Chacun offre à chacun deux mots et quatre paroles de réconfort dans lesquels il est tout à la fois question de la Vierge Marie et de la déesse Erzulie Freda, celle dont le regard est un miracle renouvelé. » ( Troisième spirale , page 167)

Un miracle de Confiant que de nous avoir emmenés en plein dans ces ténèbres extérieures, son écriture tissant, de sa force et sa luminosité, comme un fil d’Ariane nous permettant d’explorer sans crainte les dédales de la pensée des monstres-clown. Des ténèbres qui perdurent cependant et que seul le souffle de la grande littérature tente désespérément de dissiper.

{{Gary Victor}}

LES TÉNÈBRES EXTÉRIEURES
_ Raphael Confiant
_ Roman, 425 pages, Éditions Écriture, Québec, 2008

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