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L’ESCLAVAGE AU BRESIL AU XVIIIE SIECLE

par André João Antonil
L’ESCLAVAGE AU BRESIL AU XVIIIE SIECLE

Les esclaves sont les bras et les jambes du maître de l’habitation car sans eux, au Brésil, il n'est pas possible de constituer, de conserver et d'agrandir un domaine, ni d'avoir un moulin en état dé rouler. Et de
la façon dont on se comporte envers eux, dépend qu'ils soient bons ou mauvais à l’ouvrage. C'est pourquoi il est nécessaire d'acheter tous les ans quelques pièces d'Inde et de les répartir entre les champs de canne, les jardins à vivres, les scieries et les barques. Comme ils sont généralement de nations diverses, le uns plus grossiers que les autres, et de constitutions très différentes, il faut en faire la répartition avec soin et discernement, et non à l'aveuglette. Ceux qui arrivent au Brésil sont des Ardas, des Minas, des Congos, des nègres originaires de Sào Tomé, d'Angola et du Cap Vert, et quelques-uns de Mozambique, qui sont amenés sur les bateaux de l'Inde. Les Ardas et les Minas sont robustes. Ceux du Cap Vert et de Sâo Tomé sont plus faibles. Ceux d’Angola, élevés à Luanda, sont plus capables d'apprendre les métiers mécaniques que ceux des autres régions déjà nommées. Parmi les Congos, il y en a aussi quelques-uns d’assez industrieux et aptes non seulement au travail de la canne, mais aux ateliers et au service de la maison.

Les uns arrivent au Brésil très rudes et très renfermés, et ils restent ainsi toute leur vie. D'autres, en quelques années, deviennent « faits au pays » et s'entendent aussi bien à apprendre leur catéchisme qu'à
chercher le meilleur moyen de vivre, à être responsables d'une barque, à porter des commissions, et à s'acquitter de n'importe laquelle des tâches, qui peuvent ordinairement se présenter. Les femmes manient
la serpe et la houe comme les hommes : mais dans les forêts, seuls les hommes manient la hache. On choisit ceux qui sont « faits au pays » pour en faire des chaudronniers, des cabrouetiers, des calfats, des
sucriers en sirop, des bateliers et des marins, parce que ces occupations requièrent une attention plus grande. Pour ceux qui depuis leur jeune âge ont été employés dans quelque domaine, il n'est pas bon de
les en retirer contre leur gré, car ils dépérissent et meurent. Quant à ceux qui sont nés au Brésil ou qui, dès leur enfance, ont été élevés chez les blancs et se sont attachés à leurs maîtres, ils donnent toute
satisfaction ; et comme ils supportent bien leur esclavage, n'importe lequel d'entre eux vaut quatre «bossals ».

Les mulâtres sont encore meilleurs pour n'importe quel métier; cependant beaucoup d'entre eux, usant mal de la faveur de leurs maîtres, sont orgueilleux et vicieux, ils font les braves, et sont prêts il à n'importe quelle insolence. Et pourtant. hommes et femmes de cette couleur ont généralement au Brésil le meilleur des sorts :grâce, en effet. à cette part de sang de blancs qu'ils ont dans les veines, et qui peut même être le sang de leurs propres maîtres, ils les ensorcellent de telle façon que certains de ceux-ci en acceptent n'importe quoi et leur pardonnent tout. Il semble même qu'ils n'osent pas les réprimander, et que ce sont bien plutôt eux qui font toutes les amabilités. Et ce n'est pas une chose facile que de décider si, en cela, les maîtres ou les maîtresses sont les plus fautifs; il n'en manque pas, en effet, parmi eux et parmi elles, qui se laissent gouverner par des mulâtres qui ne sont pas des meilleurs, afin que se justifie le proverbe qui dit que le Brésil est l'Enfer des nègres, le Purgatoire des blancs, et le Paradis des mulâtres et des mulâtresses - sauf lorsque, sur quelque soupçon ou quelque jalousie, l'amour se transforme en haine et s'arme de toutes sortes de cruautés et de rigueurs. Il est bon de se servir de leurs talents lorsqu'ils veulent les utiliser d'une manière droite, ainsi que le font quelques-uns d'entre eux. Mais il ne faut cependant point tant leur donner la main qu'ils ne saisissent le bras, et d'esclaves ne se fassent maîtres. Affranchir des mulâtresses dissolues est une perdition manifeste, car l'argent qu'elles donnent pour se libérer sort rarement d'autres mines que de leurs propres corps, par le moyen de péchés répétés ; et une fois affranchies, elles continuent à être la ruine de beaucoup d'hommes.

Certains maîtres s'opposent au mariage de leurs nègres et négresses esclaves, et non seulement ils n'attachent pas d'importance à leurs concubinages, mais encore c'est presque ouvertement qu'ils y
consentent et y donnent naissance en disant : toi, un tel, le moment venu, tu épouseras une telle ; et dès ce montant à les laisse se fréquenter comme s'ils étaient reçus pour mari et femme. Ils prétendent qu'ils ne les marient pas de crainte que, lassés du mariage, ils ne se tuent bientôt, soit en absorbant du poison, soit en recourant à des sortilèges, car il ne manque pas, parmi eux, de maîtres insignes dans cet art. D’autres maîtres, après que leurs esclaves se sont mariés, les séparent pendant des années de telle sorte qu'ils sont comme célibataires - chose que, en conscience, ils n'ont pas le droit de faire. D'autres encore sont si peu soucieux de ce qui appartient au salut de leurs esclaves, qu'il les gardent très longtemps dans les champs
de canne ou au moulin sans les faire baptiser.

André João Antonil, Cultura e opulencia do Brasil (1711), Paris, 1968, p. 121-12

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