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L'INFILTRATION DE LA NOUVELLE-CALEDONIE COMME MEMBRE DU FORUM DES ÎLES DU PACIFIQUE.

Par Pierre Carpentier https://blogs.mediapart.fr

"Petites et éloignées : le défi de la croissance" : tel est l'esprit qui guidera les travaux des sages en retraite des seize pays membres du 47ème Forum des îles du Pacifique qui se tient actuellement dans les États Fédérés de Micronésie à Pohnpei du 7 au 11 septembre. La lettre de Roch Wamytan à la Secrétaire Meg Taylor est une alerte à l'ingérence française au sein de l'institution océanienne

PACIFIC ISLANDS FORUM # 47

Roch WAMYTAN. Lien vers son blog ici: 

Président du groupe UC-FLNKS et NATIONALISTE au Congrès de la Nouvelle Calédonie.

Signataire pour le FLNKS des Accords de Noumea.

 

 

À son Excellence Dame Meg TAYLOR Secrétaire Général du Forum des Îles du Pacifique.

Noumea, 5 Septembre 2016

Sujet : Question de l'intégration de la Nouvelle-Calédonie comme membre à part entière du Forum des Îles du Pacifique.

 

Votre Excellence, Pendant le 47ème Sommet du Forum des îles du Pacifique (Pacific Islands Forum, PIF) qui se tiendra du 7 au 11 septembre 2016, à Pohnpei, dans les États Fdérés de la Micronésie, la candidature de la Nouvelle-Calédonie au statut de membre à part entière sera à nouveau examinée.

 De cette façon, considérant la situation politique actuelle en Kanaky/Nouvelle-Calédonie, plus particulièrement dans la perspective de la consultation électorale sur l'accomplissement de la pleine et entière souveraineté du pays qui est planifiée en 2018, je vous adresse la position de mon groupe politique au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui est aussi partagée par le FLNKS.

Cette lettre est écrite dans la continuité de celle que je vous ai déjà envoyé l'année dernière.

D'abord, laissez-moi rappeler le rôle du PIF dans le soutien international à la lutte du peuple Kanak, notamment dans le cadre de sa réinscription (au Comité Spécial de Décolonisation de l'ONU), en 1986, et jusqu'à présent, à tous les Congrès du FLNKS, période pendant laquelle, en revanche, aucune motion n'a été passée en faveur d'un accord pour le changement de statut de la Nouvelle-Calédonie dans le PIF. La Nouvelle-Calédonie étant incrite sur la liste des Nations Unies des Territoires non-autonomes.

Ce soutien a pu être développé, parmi d'autres, sous l'égide de nos frères des pays de la Mélanésie. En effet, depuis 1986, le FLNKS bénéficie d'un statut d'invité spécial comme membre observateur du PIF. En 1998, après la signature de l'Accord de Nouméa qui a engagé le pays dans un processus d'émancipation et de décolonisation, les Kanaks independantistes ont accepté d'intégrer le gouvernement de Nouvelle-Calédonie au moment même où le FLNKS entrait dans le PIF comme membre observateur. Ce geste d'ouverture d'esprit a été fait pendant le sommet du PIF à Palau en 1999. De plus, en 2006, la Nouvelle-Calédonie est devenue membre associé du PIF. 

En septembre 2013, après une mission du comité ministériel en Nouvelle-Calédonie, les cadres de l'organisation ont reconnu la légitimité de la candidature de la Nouvelle-Calédonie pour le statut de membre à part entière dans le PIF. Malheureusement, depuis 2006, nous remarquons une marginalisation des cadres independantistes concernant toutes les décisions, aussi bien politique que diplomatique, liées  au PIF, qui sont prises par le gouvernement de Nouvelle-Calédonie. De plus j'avais informé M. Henri PUNA de ce problème, en 2013, pendant la mission du comité ministériel. Comme signataire de l'Accord de Noumea, j'ai rappelé plusieurs fois les partenaires de cet accord au respect de sa mise en œuvre sincère et entière.

Le Groupe Fer de lance Mélanésien (MSG), le PIF et le Comité Spécial de Décolonisation des Nations Unies ont aussi été alertés des problèmes que rencontrent notre pays, en particulier sur la question de l'établissement et la révision des listes électorales spéciales pour les élections provinciales et pour la referrendum sur l'accomplissement de la pleine souveraineté du pays. Comme vous le savez, l'Océanie est aujourd'hui considérée comme le nouveau centre de la croissance mondiale, pourvue d'un potentiel considérable appelé à relever les défis du 21ème siècle (énergie, matières premières, ressources halieutiques, etc).

Il est ainsi clair que la France, au nom de sa grandeur, de sa place dans le monde, de ses intérêts supérieurs et de son rang de deuxième force navale derrière celle des USA, souhaite assurer et garder ses pouvoirs souverains en Nouvelle-Calédonie. Récemment, un symposium organisé par le Sénat français en janvier 2013, à Paris, a de nouveau confirmé l'intérêt de la France pour ses territoires français du Pacifique.

Ainsi, les intervenants de ce symposium ont-ils recommandé de défendre les intérêts supérieurs de la France liés aux entreprises françaises publiques et privées dans ce continent. La France défend aussi ses propres intérêts en utilisant les territoires français comme une base de support (d'assistance) ou une tête de pont. 

 En ce qui concerne les Territoires d'Outre-mer (TOM), le Président François Hollande tenait une constante dans ses discours à l'occasion de son tour "des dernières colonies françaises" :

"l(...) La France est présente dans le monde entier, un pays où le soleil ne se couche jamais, la France est un pays de l'Océanie, de l'océan Indien, de l'Amérique, de l'Océan Atlantique, des Caraïbes". (cf : "Le tour du monde de la France métaphysique par François Hollande. Extraits des discours officiels du site élysée.fr ; fevrier 2016).

Ces déclarations expriment la ligne politique rouge de l'indépendance interdite que la France met en œuvre. Parfois, sous la couverture de démocratie, nous sont révélées les manoeuvres d'un État qui essaie d'assurer sa domination tout en se présentant sous le meilleur jour devant la communauté internationale. Les cadres independantistes que nous sommes ont de quoi s'inquiéter au vu de cette situation dans les territoires d'outre-mer français lorsque nous prenons en considération les déclarations de certains politiciens français de haut niveau après l'exemple que nous a donné le Président François Hollande pendant son dernier voyage en Nouvelle-Calédonie en novembre 2014, où il affirmait dans son discours dans l'enceinte du centre culturel J-M Tjibaou que les intérêts supérieurs de la France sont aussi placés dans le Pacifique.

Pourtant, la Nouvelle-Calédonie est un pays océanien et la France un pays européen. Le FLNKS a pris le temps de construire et d'atteindre son indépendance. Des résultats importants ont été obtenus, mais des dérives sérieuses, suite à l'emprisonnement délibéré de la Nouvelle-Calédonie par l'État, l'ont menée dans un piège que la France vérouille de plus en plus fort au nom des intérêts supérieurs de la Nation.

Il est pour nous, hors de question pour l'instant et tant que la Nouvelle-Calédonie n'est pas indépendante, qu'elle puisse obtenir le statut de membre à part entière du PIF.

De même, qu'il est inconcevable pour nous, en référence au Groupe Fer de lance Mélanésien(MSG), que le FLNKS puisse donner sa place au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Parce qu'il laisserait à coup sûr la France entrer dans ces organisations régionales, selon le principe "du cheval de Troie", ces organisations qui étaient de toutes les luttes pour l'indépendance du peuple Kanak.

Notre pays qui va commémorer 163 ans de prise de possession par la France, le 24 septembre 2016, n'a pas vocation à jouer éternellement le rôle de celui qui projette une lumière favorable sur une Puissance adminisrante dont le seul but est de prétendre, aux yeux des nations de cette région, au statut de pays "océanien" pour profiter de cette position.

La réalité géographique et politique rappelle que la France, placée à 20 000 km du Pacifique est un État Européen et non pas un État océanien. Continuer à manipuler cette réalité en permanence démontre le maintien d’un esprit colonialiste et d’un système impérialiste, c'est paver le chemin de futurs conflits. Plus que jamais la Nouvelle-Calédonie, la Mélanésie et le Pacifique, ont besoin de stabilité, de cohésion et de paix. Gagner l'indépendance pacifiquement, et par la négociation était un choix difficile que nous avons fait. Le soutien des institutions régionales (PIF, le MSG) et les États indépendants de la région est crucial pour nos peuples et notre pays. En effet, le rapport de force entre la Puissance administrante, la France, et le peuple colonisé, le peuple de Kanak, n'est pas en notre faveur.

Depuis 30 ans que nous sommes engagés dans un processus de décolonisation à la suite de la signature des accords politiques (de Matignon 1988 et de Noumea 1998) avec notre pouvoir colonial, nous croyons qu'il ne veut pas l'indépendance de notre pays. Nous sommes aujourd'hui dans le dernier mandat de l'Accord de Noumea et le développement politique de ces mois derniers ne nous permet pas de prévoir l'octroi à la Nouvelle-Calédonie d'un statut de membre à part entière dans le PIF.

En effet, admettre des pays non-indépendants et non-autonomes à devenir des membres à part entière du PIF équivaudrait à accueillir notre puissance coloniale comme un membre à part entière.

Parce que les pouvoirs souverains, la pleine et entière souveraineté appartiennent encore à la puissance coloniale. Le soutien des institutions régionales et des pays indépendants de la région est indispensable dans notre combat pour l'indépendance. En considérant les éléments développés ci-dessus, j'écris pour demander votre compréhension, votre bonté et l'assistance de votre haute autorité pour reporter l'examen de la candidature de la Nouvelle-Calédonie au statut de membre à part entière du Forum des îles du Pacifique.

Enfin, je vous informe que les pays frères de notre région du Pacifique, le Groupe de Fer de lance Mélanésien et le Président du Comité Spécial de Décolonisation des Nations unies ont aussi été saisis de ce sujet.

Excellence, je vous prie d'agréer l'assurance de ma plus haute considération.

 

 

President of the UC-FLNKS and Nationalists Group Former president of the Congress of New Caledonia (2011-2012/2013-2014)

Former president of the Melanesian Spearhead Group (2001-2003)

Former president of the FLNKS (1995-2001) Roch WAMYTAN 

 

'Traduction : Pierre Carpentier. 

Sur TNTV news : "Polynésie et Nouvelle Calédonie enfin membres du Forum des Îles du Pacifique" lien ci :

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