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Roman créole

MAMA MONDÉSIR

de Monique RAIKOVIC, préface de Hector Poullet

L’étrange sentiment de malaise accompagnant inexplicablement l’agréable perspective de trente-six heures
de repos – après sa nuit de garde –, devait se confirmer chez Léonce Mondésir, le lendemain après-midi, par
le message téléphonique de sa collègue de jour, amie depuis l’école d’infirmières.

Hospitalisé pour un cancer
du pancréas en phase terminale, Antoine Perrin réapparaissait soudainement. Le bel Antoine, l’interne qui l’avait
plaquée parce qu’elle était noire.

S’étant construite sur la nécessité de rester fidèle à ses racines, c’est-à-dire à sa langue créole à laquelle elle
avait été obligée de renoncer pour accéder à la culture dominante, cette « histoire banale » l’avait poussée à
vouloir se frotter aux différentes manières d’être... « différent ». Et c’est une vie entière qui défile en accéléré
à travers de longs monologues en créole, cette langue qu’elle préserve fièrement mais difficilement dans son
environnement métropolitain où tous, même son fils, s’expriment en fwansé gramatikal.

Dans cette « saga antillaise », par l’évocation de multiples tranches de vie et de personnages truculents, les
soliloques en créole de Léonce (Mama) Mondésir permettent à celle-ci de maintenir en vie, dans sa mémoire, non
seulement les paysages de son île, la Guadeloupe, mais aussi l’expression de ses émotions et de sa culture.

Au milieu d’une vie professionnelle partagée entre l’exercice de la médecine généraliste et le journalisme médical,
{{Monique RAIKOVIC}} s’est engagée dans une carrière littéraire qu’elle nomme son « Panthéon des différences ». Elle est l’auteure
de {B. comme Bonhomme}, {L’Allée des lilas} et {Le Réverbère de la rue Malebranche}. {{Mama Mondésir}} est son
quatrième roman.

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{{{ {{Découvrez les premières pages du livre dont l'avant-propos d'Hector POULLET.}} }}}


Monique Raikovic







Mama Mondésir

 

(Sé lavi-la i la, la a-y)

 

 

Du même auteur

 

 

 

B. comme Bonhomme

Roman

Editions d'écarts, 1999

 

 

L'Allée des lilas

Roman

Editions d'écarts, 2002

 

 

Le Réverbère de la rue Malebranche

Roman

Editions d'écarts, 2002

Mama Mondésir

 

Roman

 

 

«  Une langue, c'est beaucoup plus qu'une somme de règles grammaticales : c'est un mélange subtil d'habitudes, de valeurs ; c'est aussi le fruit d'une longue maturation, dans laquelle les éléments viennent ajouter à la richesse de l'ensemble ».

Jacqueline de Romilly

(L e jardin des mots)

 

   

« Quand tu ne sais pas où tu vas, souviens-toi d'où tu viens ».

Proverbe africain

 

 

 

«  Limanité sé onsèl bari boutèy krazé, san a tout ras toujou mélanjé. Istwa a Limanité sé an menm di tan, mayaj menm a kréyòlité-la atoupannan sé pli bèl viktwa. Kifè jòdijou, Kréyòl-la débarasé-y èvè tout pè i té pè parapòt a idantité a Menm-la é Lòt-la ; Kréyòl-la jòdila ka pwan balan a-y é ka di pou toutmoun tann é konpwann, i ni on idantité miganné. »

( Tout homme est sang-mêlé. Si bien que l'histoire de l'Humanité est dans son essence, à la fois la matrice de la créolité et sa glorieuse épiphanie. Affranchi de toute crainte du Même comme de l'Autre, le Créole d'aujourd'hui s'épanouit dans une identité nouvelle qu'il ose proclamer et entend revendiquer : l'identité plurielle )

Laurent Farrugia et Hector Poullet

( Tous les hommes sont des créoles)

 

 

 

 

AVANT-PROPOS

 

 

Rêve, Rencontre, Littérature :

Une magie pas ordinaire

 A travers Mama Mondésir , Monique Raikovic nous fait découvrir Léonce Mondésir, une Guadeloupéenne, confrontée au brutal télescopage des divers temps de sa vie au cours de trois journées ordinaires. Pour que ce récit ne s'avère pas, dans la littérature, un avatar de la figure de l'Emigré, pour que cette Antillaise de Paris puisse véritablement prendre corps, il fallait que l'auteure parvienne à lui faire exprimer sa créolité, à lui restituer ses mots, sa langue. Or Monique Raikovic n'est pas antillaise, ni ne connaît les Antilles, ni ne fréquente les « ultramarins » de la République Française ! Pour donner chair à cette Mama créole qui l'obsédait, il ne lui restait qu'une solution : apprendre elle-même le créole. Voilà pour le rêve !

« Autour de nous, tout conspire à la réalisation de nos désirs les plus profonds » : j'ignore si Monique Raikovic croit en cette parole de sage, mais je sais qu'elle parle volontiers d'un Grand Plaisantin Cosmique qui joue des tours aux humains. La voici donc qui suit l'ombre de son personnage - qu'elle croit voir, de dos, toujours, dans les rues de son quartier, le cinquième arrondissement de Paris – et qui tombe en arrêt devant une méthode pour apprendre à parler créole, exposée dans la vitrine d'une librairie de la rue de la Montagne Sainte Geneviève. Elle entre, achète cette grammaire et se met au créole pendant cinq ans ! Cinq ans à se documenter sur les Antilles : elle dévore tout, des guides touristiques à Aimé Césaire, Maryse Condé, en passant par les dictionnaires, les cartes postales et celles de l'IGN… tout y passe, même les sites web. Et puis elle commence son roman : son héroïne s'appellera Léonce Mondésir, fille de Tousen Mondésir, « gadèdzafè » à Bouliki !

Son roman rédigé, notre auteure apprend par hasard - d'un proche ami qui lui ramène du Salon du Livre de Paris un « Zakari, mil mo kréyol bòkaz / mille mots créoles de tous les jours » - que le créoliste, auteur de cet ouvrage, assiste à cette manifestation. Elle s'y précipite dans l'espoir de rencontrer celui-ci pour tenter de le convaincre de jeter un œil bienveillant sur son travail. Las, le créoliste est allé déjeuner, il ne reviendra pas de la journée ! Alors elle demande son adresse à l'éditeur qui accepte de transmettre un message électronique.

De retour dans son île natale, le créoliste reçoit à peu près le message suivant : « Monsieur, j'ai voulu vous rencontrer au Salon du Livre de Paris… Quand vous repasserez par Paris, accepterez-vous de lire quelques passages en créole du roman que j'ai écrit ? ». Le créoliste est aussi un militant de la cause créole, mais il ne peut satisfaire toutes les demandes, d'autant plus que, souvent, nombre d'apprentis écrivains lui font parvenir des poèmes qu'il estime plus que médiocres. Il ne donne aucune suite. 

Il retrouvera pratiquement le même message venant cette fois d'un autre éditeur. Il répondra à cette récidiviste : « Madame, Paris n'est pas le centre du monde. Si d'aventure, vous passez par la Guadeloupe , amenez-moi votre ouvrage ». Mais la Dame préférerait lui envoyer ses pages, elle insiste tant que le créoliste se laisse émouvoir par tant d'obstination et accepte de recevoir l'ouvrage en question par la poste. Plus de cinq cents pages… dont trois cents en créole ! Incroyable !

Une belle histoire, bien écrite, mises à part quelques rares petites erreurs pour avoir obéi trop scrupuleusement aux règles de syntaxe créole. Le créoliste n'en croit pas ses yeux. S'est-il fait piéger par un de ses confrères qui, pour les besoins de la cause, simule ces petites erreurs puis, s'affuble d'un nom serbe ? Il veut prendre le farceur à son propre piège et l'invite à venir chez lui en Guadeloupe : « Vous serez notre invitée, vous resterez à Zombie Perdue pendant le temps qu'il faudra pour que nous voyions ensemble votre livre ».

Et Monique Raikovic accepte ! La rencontre !

Trois semaines à l'Habituée, découverte d'une île qu'elle ne connaissait que dans les livres, faune, flore, paysages, populations, mais également discussions, débats sur la grammaire du créole, travail de réécriture. Visite d'un Bouliki mythique qui se révèle être un simple carrefour, « un trois chemins », dans les Grands Fonds. Ainsi va naître, entre le créoliste et l'auteure, une grande amitié qu'on dirait comme des retrouvailles.

Monique Raïkovic, n'a pas seulement mis son talent d'écrivain et son imagination débordante au service d'une langue minorée, elle va bien plus loin. Dans ce premier roman créole écrit directement par une non créolophone et non pas traduit, Monique Raikovic devient son personnage, parle parfois en « français-fwans », soliloque en un « créole Gwada », mais parle volontairement, comme par provocation, aux uns et aux autres une sorte de « francole » : le « mondésir ». Ce roman créole est aussi le premier à traiter essentiellement de la psychologie de la femme antillaise émigrée, de ses réflexions sur sa condition, sur sa langue, sur ses rapports aux autres, sur l'émigration. En bref : de la bonne littérature. A se demander si Monique Raïkovic n'a pas été antillaise dans une autre vie. Magie !

Rêve, rencontre et littérature , un carrefour, un « trois chemins » où le « sorcier-kèlè » dépose sa sorcellerie comme jadis les latins y mettaient leurs dieux mineurs, ordinaires, dits de « tres vias » pour donner le mot « trivial ». Monique Raïkovic, certainement un peu sorcière, vient de nous déposer, là, « un bain démarré » pas ordinaire. Alòs Pengad !

 

Hector Poullet

 

Pa – Té – Ké – Ja – Ka.

 

Pa-té-ké-ja-ka Ce sont là, les unités grammaticales qui, en créole, donnent sens aux formes, aux temps, aux modes des verbes, le substantif demeurant invariable. Au soir de ma première leçon de grammaire, auprès d'Hector Poullet, je m'exerçais à explorer les associations de ces éléments, veillant à respecter l'ordre d'entrée au service du verbe de chacun d'eux :   pa-té-ké-ja-ka. J'ai pu commencer, alors, à obéir à la logique grammaticale du créole, logique en accord avec le rythme, la musicalité de cette langue. J'ai compris qu'il me fallait me libérer de l'emprise de la grammaire française sur l'architecture de mes phrases. Ainsi, «  Chak lanné, apwédavwa léparan an-nou ay fè vakans Lapwent oben Bouliki, sé rakontaj a-yo la té ka bay lavi a kat Michelin   », ce souvenir évoqué par Léonce Mondésir, sous ma plume, est-il devenu à la suite des leçons d'Hector Poullet : «  Chak lanné, apwédavwa léparan an-nou té ay fè vakans Lapwent oben Bouliki, sé rakontaj a-yo la té ka ba kat Michelin lavi . »

Auprès d'Hector Poullet, j'ai appris beaucoup, compris encore bien davantage. J'ai réalisé pourquoi, pour parvenir à habiter cette Léonce Mondésir, qui s'était imposée à mon imagination, il m'avait fallu me plier à l'étude de sa langue maternelle. Ce que j'avais éprouvé intuitivement est devenu évident : la psyché de Léonce Mondésir ne s'enracine ni dans le continent africain, ni dans la terre antillaise mais dans cette langue façonnée par toutes les populations débarquées sur ces terres caraïbes et confrontées à la nécessité de cohabiter et d'échanger pour survivre en dépit de la violence des rapports sociaux. Léonce Mondésir perçoit parfaitement l'importance de son créole, de sa langue, dans sa manière d'être et d'appréhender les autres.

La suprématie numérique a sans doute joué en faveur des Africains dans l'invention du créole, néanmoins fortement marqué d'emprunts aux langues des « Maîtres », le français, l'anglais, l'espagnol et enrichi peu à peu de termes indiens, chinois ou « syriens ». D'abord, utilitaire, concret, rude, le créole a accédé à la poésie, se faisant musical, coloré, capable d'exprimer toute la palette des sentiments. Aujourd'hui, cette langue, en pleine phase de créativité, se trouve confrontée à la formulation des idées abstraites, devient une « gran lang », l'authentique véhicule de l'âme créole, autrement dit de la créolité. La plupart des intellectuels créoles s'expriment actuellement en français, en anglais ou en espagnol. Ces poètes, ces érudits contribuent à enrichir des cultures qu'ils se sont appropriés et dont ils maîtrisent parfaitement les modes d'expression. Alors, ils parviennent à se faire entendre, à exister. En somme, pour s'imposer, il leur faut «chiktayé» leur créolité. Mais un jour prochain…

Les Gaulois lettrés s'exprimaient en latin. Puis leurs descendants se sont approprié le français, ce créole du latin. Sans doute, assiste-t-on à un processus analogue avec le créole. Car, au côté des poètes, des conteurs, travaillent à présent universitaires, doctorants et autres étudiants créolistes. Les règles du bien dire et du bien écrire le créole se précisent !

Les romans rédigés pour tout ou partie en créole sont rarissimes. En 1885, paraissait  Atipa, roman attribué à Alfred Parépou, lequel s'exprimait en créole de Guyane. Il n'y en eut plus guère d'édités par la suite, faute de lecteurs, l'écrit demeurant sous l'emprise exclusive des langues dominantes. Alors qu'un auditoire fervent permettait aux conteurs, aux poètes et aux chanteurs d'enrichir le patrimoine littéraire créole oral, à la manière des troubadours européens d'antan. Mais avec le XXIème siècle, le créole a fait son entrée dans l'enseignement secondaire, l'Université a entrepris la formation de professeurs de créole. Il va donc prendre place naturellement dans la littérature romanesque de notre temps.

Dans un tel contexte, on comprend mieux la surprise éprouvée par Hector Poullet en découvrant ma démarche qui n'a jamais été celle d'une linguiste ! C'est mon personnage qui m'a imposé sa langue : je n'ai pu entendre Léonce Mondésir qu'à partir du moment où j'ai ouvert une grammaire créole. Il m'a fallu explorer les mots de mon héroïne pour trouver le ton juste.

Ensuite, il m'a fallu le soutien d'amis proches pour parvenir au terme de cette aventure. Je suis certaine que je n'aurais pas osé, de moi-même, contacter Hector Poullet. Mais Bernard Belin estimait que mon apprentissage solitaire du créole à l'aide de grammaires et de dictionnaires devait être évalué par « un maître es-créolité ». Un jour, il m'a dit :  « Ouvrez votre ordinateur et écrivez ». Quand Hector Poullet m'a répondu que je devais être créole pour avoir rédigé ces pages, qu'il lui fallait connaître ma véritable identité, Bernard Belin a enfin pensé que j'étais sur la bonne voie. Il m'a incitée à répondre à l'invitation d'Hector Poullet à venir travailler auprès de lui, en Guadeloupe. Pour me déterminer, il a fallu également toute la capacité de persuasion de mon amie Michèle Brière, véritable globe-trotter, car aux voyages je préfère le dépaysement que me procurent films et livres. Elle m'a proposé de m'accompagner et de « s'occuper de tout » . Je dois, à l'un et à l'autre, la finalisation de  Mama Mondésir  et, surtout, l'amitié qui me lie aujourd'hui à Hector et à Geneviève Poullet.

Mama Mondésir m'a beaucoup donné. Il me reste à m'effacer pour laisser Léonce Mondésir aller à la rencontre de lecteurs créolophones, sinon créolistes.

 

Monique Raikovic

 

 

 

 

 



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