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Marcel MAVOUNZY, son « petit livre-mémoire » est un trésor.

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Marcel MAVOUNZY, son « petit livre-mémoire » est un trésor.

En 1963, MARCEL MAVOUNZY (1919-2005) réalise le premier enregistrement de gwo-ka en pleine campagne de Dampierre au Gosier, avec le tanbouyé Vélo. Le curé le menace d’excommunication  pour vouloir la dégénérescence de la culture guadeloupéenne. Le 7 mars 1966, il enregistre la version originale de « Zonbi  baré mwen », chantée sans accompagnement musical. Le curé de Pointe-à-Pitre l’accuse de « blasphème contre dieu ». Marcel Mavounzy a raconté dans un ouvrage, en s’appuyant sur ses souvenirs, cinquante ans de musique et de culture en Guadeloupe, de 1928 à 1978.

Ce livre n’est pas l’œuvre d’un musicologue patenté sorti d’un conservatoire, il est du propre aveu de l’auteur « un petit livre-mémoire ». Il a donc les défauts de ses qualités, des approximations et des allégations à vérifier, un manque de précision dans la chronologie, des redondances et une synthèse trop lâche. Mais ce livre est un trésor.

Musique sur le canal

Il dresse d’abord le décor ayant permis l’éclosion d’une myriade de musiciens, du guitariste  Paulo Malahel à Paul-Emile Haliar chef d’orchestre et luthier émérite, en passant bien sûr par son illustre et propre frère Robert Mavounzy. Nous sommes dans les années 30. Le décor c’est la partie de Pointe-à-Pitre appelée « sur le canal » aux alentours de la rue Vatable. Le quartier est populaire, baigné de notes que font sonner dans leurs échoppes coiffeurs, ébénistes, cordonniers. Dans ces années-là, les bourgeois jouent du piano, de la mandoline, du violon dans des soirées habillées. On y voit de peaux noires que celles des domestiques. La biguine au rythme jugé trop chaloupé et de surcroit chantée en créole est bannie des salons cossus, on lui préfère les valses, les tangos, marches et paso doble. La « bonne société » trouvera cependant très vite un terrain de rencontre avec les gens du peuple quand il s’agira de donner et d’écouter des sérénades. Tous apprécieront par exemple la célèbre « Maladie d’Amour » créée par un martin-pêcheur, troubadour à ses heures, Beauperthui Girondin.

La saga des orchestres

Robert Mavounzy évoque ensuite les orchestres qui firent les beaux jours des amateurs de danse à une époque où l’on dansait dans des casinos en glissant sur des sols couverts de poudre d’acide borique. Le Fairness Jazz connut son heure de gloire. Il était très demandé y compris dans des réceptions officielles et se produisait souvent  au Café Richepance, rue du Commandant Mortenol. Los Creolitos une formation d’élèves du Lycée Carnot vit lors d’un mariage, un de ses membres Albert Lirvat créer tout de go une biguine endiablée « Loulou, mi touloulou a’w la ». L’Esperanza Jazz dirigé par Pierre Benoit précéda la naissance de Jeunesse de Paul-Emile Haliar qui présentait la particularité de chanter en anglais et en espagnol. Concernant le piano, instrument de luxe, l’auteur nous fait savoir qu’en jouait Madame Thermes, première femme à faire partie d’un orchestre de danse et qui ne présentait jamais son visage au public. Le livre rend justice à des personnes dont la renommée n’a pas franchi pour le grand public les barrières du temps, comme Marcelle Pajaniandy, première Guadeloupéenne d’origine indienne à jouer du piano comme une professionnelle.

Plage à gogo et toumbélé

Les années 40 voient la naissance des « punchs en musique » et des « bals titane ». Les années 60, celle des orchestres nouvelle génération comme les Maxel’s, les Rapaces, les Rythmo-Cubano, les Fainess Junior. Quant aux Vicking’s groupe formé par Fred Aucagos, ils enregistreront leur premier disque  le 5 avril 1967 chez Marcel Mavounzy qui leur fournira un matériel professionnel de pointe. Sa maison d’édition La Case à Musique, à Pointe-à-Pitre, est le lieu de rendez vous de la jeunesse. Puis survient la déferlante des musiques venues d’ailleurs, celles de la Sonora Mantancera, de Tito Puente, de Nemours Jean-Baptiste. C’est l’époque de l’émission radiophonique « Plage à gogo » animée par Henri Métro et Christian de Biazi. Les jeunes Africains du Ryco Jazz mettent le feu aux salles de danse avec leur rythme de « soucouss » et de « toumbélé ». Puis viendront les Aiglons, Typical Combo, Super combo.

Slendeur et décadence de la biguine

Marcel Mavounzy passe aux cribles tous les aspects de la musique dont il a été le témoin. Mais son sujet de prédilection c’est la biguine dont l’âge d’or, celui du « zandoli pa tini pat » semble avoir été les années 20 et 30.Le rythme de la biguine « chouval bwa » triomphait avec des musiciens comme Gengoul Champy, Jean Goubet, Emilien Antiles, Aurélien Calabre. Par la suite d’autres musiciens comme ceux du Fairness Jazz donnèrent à la biguine ses lettres de noblesse en introduisant la guitare basse, qui apporta plus de sensualité. Pour Marcel Mavounzy, c’est clair, il ne faut pas confondre la musique style Nouvelle Orléans (comprenez la biguine martiniquaise genre « Serpent maigre » de Stellio) avec l’authentique biguine dont certains s’acharneraient, selon lui, à nier l’existence. Le rythme de la biguine guadeloupéenne, nous dit-il, est né des première, deuxième, quatrième et cinquième mesures du quadrille mâtinées de toumblak et de kaladja. Marcel Mavounzy répertorie ensuite les causes de la décadence de la biguine et c’est la chronique d’une mort annoncée : pendant longtemps pas de conservatoire de musique, les musiciens jouaient à l’oreille, Rupair Armand Siobud, compositeur de « Ban moin on ti bo » et « Ninon » demanda qu’on étudie le solfège à l’école. Il manquait aussi une société des auteurs-compositeurs pour défendre les droits de chacun et référencer les productions. Souvent les orchestres dirigés par des Martiniquais comme Léardée étaient plus connus en France et les compositions guadeloupéennes jouées par eux étaient revues et corrigées notamment concernant le créole. Puis les Guadeloupéens furent séduits par la musique latino-américaine et haïtienne. Par ailleurs les musiciens préférèrent exécuter la cadence rampa et le meringué qui, selon Marcel Mavounzy, seraient plus faciles à exécuter. Mais toute chose étant considérée, il semble bien que dès le départ le ver était dans le fruit à partir du moment où dans les années 30, l’orchestre Fairness Jazz avait augmenté sa formation de deux musiciens Trinidadiens qui jouaient de la contrebasse et de la trompette.

Marcel Mavounzy amoureux de la musique de son pays et acteur incontournable de son évolution a permis par le biais de cet ouvrage de sauver de l’oubli un pan de l’histoire culturelle de la Guadeloupe.

 

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

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