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MGR DESMOND TUTU, ACCUSÉ D’ANTISÉMITISME, EST INTERDIT DANS UNE UNIVERSITÉ ÉTASUNIENNE

En avril dernier, quand Mike Klein de l'université de Saint Thomas avait informé ses collègues du programme d'études pour la justice et pour la paix (Justice and Peace Studies program) qu'il avait réussi à s'assurer de la présence de l'archevêque Desmond Tutu sur le campus, la faculté s'était réjouie à l'avance. Pour un programme dédié à la promotion du changement social et de la non violence, peu de personnes auraient pu mieux incarner cette vision que ce militant des droits civiques à la renommée mondiale et prix Nobel de la paix.

La venue de Tutu – prévue pour le printemps 2008 – avait été rendue possible par le partenariat de l'université avec Peace Jam International, un projet qui recourt à des lauréats du Nobel pour éduquer les jeunes adultes à la paix et à la justice. Le campus de l'université catholique à Saint Paul avait accueilli quatre années de suite des festivités de Peace Jam avec la participation de lauréats du prix Nobel telles Rigoberta Menchu Tum et Shirin Ebadi..

Mais les membres organisateurs de la faculté, qui en secouent encore la tête d'incrédulité, se sont vus notifier par les administrateurs de Saint Thomas, inquiets du risque que la présence de Tutu puisse offenser les Juifs locaux, qu'une visite de l'archevêque était hors de question, « Nous avons entendu des propos qu'il a tenus et que certaines personnes ont jugés antisémites et opposés à la politique israélienne, » déclare Doug Hennes, vice président de Saint Thomas chargé des relations de l'université avec le gouvernement. « Nous ne disons pas qu'il est antisémite. Mais il a comparé l'Etat d'Israël à Hitler et notre sentiment a été que faire de telles équivalences morales portait dommage à certains membres de la communauté juive.'
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Les responsables de Saint Thomas ont fait cette conclusion après un entretien entre Hennes et Julie Swiler, une porte parole du Jewish Community Relations Council pour le Minnesota et les Dakotas. « Je lui ai dit que j'allais évoquer quelques déclarations qui m'ont préoccupé » explique Swiler. « Dans un discours à Boston en 2002, il avait tenu des propos particulièrement dommageables. » Pendant ce discours intitulé « L'occupation c'est l'oppression» Tutu avait fustigé le gouvernement israélien pour le traitement qu'il fait aux Palestiniens dans les territoires Occupés. Alors que la transcription du discours montre clairement que ses critiques visaient le gouvernement israélien (« Nous ne critiquons pas les Juifs, » avait-il dit pendant son discours. « Nous critiquons, nous critiquerons chaque fois que ce sera nécessaire, le gouvernement d'Israël), des organisations pro-israéliennes comme la Zionist Organization of America sont passées à l'offensive et ont protesté contre la venue de Tutu sur des campus en l'accusant d'antisémitisme.

Hennes précise que les pressions venues de la « communauté juive » se résumaient à celles de Swiler et de quelques rabbins qui enseignent au Center for Jewish-Christian Learning de Saint Thomas. « Je pense qu'il existe un consensus dans la communauté juive pour trouver ces propos offensants, » répète Swiler

Première nouvelle pour Marv Davidov, professeur associé au programme Peace and Justice. « En tant que Juif qui a subi le véritable antisémitisme au cours de son enfance, je suis profondément gêné qu'un homme comme Tutu puisse être qualifié d'antisémite et ainsi réduit au silence » dit-il. « J'en veux énormément au lobby israélien qui tente de museler toute critique de sa politique. C'est un très mauvais service rendu à Israël et à tous les Juifs. »

La controverse n'en est pas restée là. Furieuse de la décision de l'administration, la professeure Cris Toffolo – titulaire de la chaire du programme Justice and Peace Studies à l'époque – envoya une lettre à Tutu le 24 mai pour l'informer de la décision de l'administration. Elle faisait également part à Tutu de son désaccord avec cette décision et mettait Tutu en garde contre la possibilité d'une campagne de diffamation.

La direction de l'université eut vent de cette lettre et, le 1er août, Tom Rochon, vice président pour les affaires académiques, envoyait lui-même un courrier à Toffolo pour l'informer que les administrateurs de Saint Thomas avaient décidé de la révoquer de la chaire du programme Justice and Peace Studies.
Questionnés sur les fondements de cette révocation, Rochon et Hennes ont refusé de s'exprimer. Toffolo elle-même hésite à faire des déclarations en raison du caractère sensible de sa situation, même si elle a confirmé que sa lettre à Tutu avait été le catalyseur de sa rétrogradation.

« Ce ne sont rien que des foutaises, » déclare Davidov. « En matière de droits civiques, je considère que Tutu est mon frère. Et je considère Cris Toffolo comme ma soeur. Ils font du tort à ma famille ici. Si l'université de Columbia permet à quelqu'un qui nie l'holocauste [le président iranien Mahmoud Ahmadinedjad] de s'exprimer, pourquoi les responsables de Saint Thomas se refusent-ils à laisser Tutu, un apôtre de la non violence, s'exprimer dans la nôtre? » Davidov et d'autres professeurs soutiennent que la situation à Saint Thomas est emblématique d'un problème plus large.

« Ce qui s'est passé à l'université de Saint Thomas n'est pas un événement isolé, » explique Toffolo. « Tant que nous n'aurons pas un débat honnête sur la politique des USA vis-à-vis d'Israël et sur la politique d'Israël dans les Territoires Occupés, la spirale de la violence se poursuivra ».

Source : Djazaïri

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