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Nayib Bukele, 37 ans, nouveau président du Salvador

Nayib Bukele, 37 ans, nouveau président du Salvador

Le nouveau président d’El Salvador a été élu dès le premier tour, dimanche 3 février. Il n’avait pourtant l’investiture d’aucun des deux grands partis du pays.

Séisme politique au Salvador. Nayib Bukele est devenu dimanche 3 février 2019 le président de cette république d’Amérique centrale, dès le premier tour, avec près de 53 % des voix (résultat encore provisoire). L’outsider de 37 ans met fin à l’alternance entre deux partis à la tête du pays depuis la fin de la sanglante guerre civile en 1992.

Fils d’un homme d’affaires influent d’origine palestinienne, Nayib Bukele était entré en politique en 2012 en devenant maire, à 31 ans, de la petite ville de Nuevo Cuscatlán. Son ascension, dès lors, est fulgurante. En 2015, il est élu maire de la capitale, San Salvador, sous les couleurs du grand parti de gauche FMLN dont il est exclu en 2017 – il prenait un peu trop de lumière.

Mais celui que l’on surnomme la Golodrina (« l’hirondelle », son surnom, dû au blason de son parti) visait dèjà plus haut : la présidence. Alors que la justice salvadorienne semble faire obstacle à sa candidature, il se met en campagne sous les couleurs de la Grande Alliance d’Unité Nationale (GANA), « un ancien parti de dissension de la droite, qui n’est pour lui qu’une machine électorale avec laquelle il n’a aucune affiliation politique » selon Kevin Parthenay, chercheur à l’OPALC/Sciences-Po Paris et spécialiste de l’Amérique centrale.

Du sang neuf pour lutter contre la corruption

Nayib Bukele a su séduire la jeunesse en adoptant ses codes vestimentaires – veste en cuir, casquette de base-ball vissée sur la tête – et sa communication sur les réseaux sociaux où il porte les espoirs de renouveau des jeunes Salvadoriens.

D’après Kevin Parthenay, « l’épuisement des deux partis traditionnels, l’Arena et le FMLN, qui n’ont pas répondu aux préoccupations principales dans un pays durement touché par la pauvreté et la violence », a créé les conditions de son élection. Le FMLN, notamment, avait suscité l’espoir après sa victoire de 2009, mai il « a déçu par son implication dans des affaires de corruption et de blanchiment d’argent ».

Un programme axé sur le social

La lutte contre l’insécurité est l’une des priorités du nouveau président dans ce pays de plus de 6,1 millions d’habitants, densément peuplé, gangrené par les gangs : « Bukele a une approche préventive et non répressive, qui passe par l’éducation, les loisirs et la culture. Le jeune président s’est distingué sur le thème du bien-être social, qui passe selon lui par la réappropriation de l’espace public et la culture », selon le chercheur. Son discours est résolument tourné vers la lutte contre la corruption et la pauvreté. Durant la campagne, il avait affirmé qu’« il y a assez d’argent » pour tous les Salvadoriens « quand personne ne vole ».

Sa victoire écrasante ne dissimule certes pas les difficultés à venir. « Nayib Bukele n’a pas une grande expérience politique malgré ses mandats municipaux », résume Kevin Parthenay. « Il n’y a pas de personnage politique d’envergure qui l’accompagne et l’enjeu pour lui sera de bien s’entourer ».

Matthieu Lasserre

 

 

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