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Quand Stephen Hawking interrogeait le sens de l'Univers...

Raphaël CONFIANT
Quand Stephen Hawking interrogeait le sens de l'Univers...

    Le décès du (trop) célèbre astrophysicien anglais, cloué très jeune sur une chaise roulante, Stephan HAWKING, fera la Une des médias durant trois ou quatre jours et sera vite oublié malheureusement alors même que l'homme n'a pas été seulement qu'un grand scientifique, mais aussi un grand vulgarisateur. Ce n'est pas donné à tout le monde : la plupart des scientifiques sont enfermés dans leurs formules et leurs équations et n'ont qu'un regard condescendant pour le commun des mortels.

   S. HAWKING fut l'auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation, terme qu'il faut se garder de confondre avec simplification à l'extrême et que peut-être il conviendrait de remplacer par "vernacularisation". En effet, une formule ou une équation ne parlent pas, en tout cas pas dans la langue naturelle et ils demandent donc à être traduits dans ce que les linguistes appellent notre "vernaculaire". Ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils puissent être compris par tout un chacun. En effet, autant le scientifique fait l'effort de nous expliquer son travail, autant nous devons nous aussi, faire l'effort de nous hisser au niveau de ses explications.

   L'ouvrage intitulé "Y A-T-IL UN GRAND ARCHITECTE DANS L'UNIVERS ?", que Hawking a co-écrit avec le physicien Leonard MLODINOW, commence par un coup de marteau :

   "La philosophie est morte, faute d'avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique."

   Comment ne pas être d'accord avec cette affirmation ? Quand on voit des philosophes disserter sur le Temps, par exemple, sans rien connaître de la Relativité restreinte et de la Relativité générale, on a de quoi rester rêveur. Ou bavarder sur la Réalité alors qu'ils semblent ignorer que la mécanique quantique a complètement révolutionné l'appréhension de cette notion en révélant un univers déroutant, celui des particules subatomiques auxquelles il est impossible d'assigner une position et une vitesse sauf quand on entreprend de les observer. Comment dès lors la philosophie peut-elle prétendre parler de ce qu'elle appelle "le sens de l'existence" sans prendre en compte les révolutions scientifiques ? D'ailleurs, le philosophe Luc FERRY n'a-t-il pas déclaré l'autre jour que "les mathématiques ne servent à rien" ? Interdit de rire !

   L'ouvrage de HAWKING nous rappelle, dans une première partie intitulée, "Le Règne de la loi", que l'activité scientifique est aussi ancienne que l'activité philosophique. Nous avons tous entendu parler de SOCRATE, PLATON ou ARISTOTE, mais quid de THALES DE MILLET chez qui, il y a 2.600 ans, "l'idée est apparue que la nature obéissait à des principes que l'on pouvait déchiffrer" ? Quid de tous les autres savants de l'Antiquité grecque tels qu'ANAXIMANDRE, EMPEDOCLE, ARISTARQUE de Samos et beaucoup plus tard, au XVIe siècle, Johannès KEPLER, puis bien d'autres qui n'ont cessé d'observer le ciel pour comprendre les étoiles, les planètes, les comètes et tous les autres objets célestes ? Sans doute HAWKING est-il un peu trop euro-centré puisqu'il effleure à peine la science arabe et n'évoque pas du tout la chinoise, mais après tout, il n'est pas historien.

   Le cœur de son ouvrage est un long chapitre intitulé "Qu'est-ce que la réalité ?" et là encore HAWKING ne nous ménage pas :

   "Notre vision naïve de la réalité est incompatible avec la physique moderne. Pour dépasser ces paradoxes nous allons adopter une approche qui porte le nom de "réalisme modèle-dépendant."

   Et cette approche ne se perd pas en circonvolutions comme la philosophie. Elle pose abruptement les questions :

   "Comment puis-je savoir qu'une table existe toujours quand je sors d'une pièce et que je ne la vois plus ?"

   En fait, lire HAWKING, c'est prendre conscience que la métaphysique (ou philosophie) a toujours été en concurrence avec la physique, toutes deux ayant la même racine à savoir le grec "phusikos" qui signifie "nature". Ainsi quand la première parle du "néant", la seconde parle du "vide", la première de "futur" et la seconde de "devenir" ou encore de "l'éternité" contre "l'infini". Sauf que si la physique calcule, mesure (elle peut mesurer le vide contenu dans une bouteille, par exemple), la philosophie elle, parle. Ou bavarde. Certes, toutes deux prétendent s'écarter du sens commun, mais la physique sort gagnante de cette joute. Ainsi :

   "La dualité onde/particule__l'idée qu'un objet puisse être décrit tout à la fois comme particule ou comme onde__est aussi étrangère à notre sens commun que l'idée de boire un morceau de grès."

   Puis, HAWKING nous fait pénétrer dans l'univers tout à la fois fascinant et déstabilisant de la physique quantique qui "...s'appuie sur un cadre conceptuel totalement différent dans lequel la position, la trajectoire et même le passé et l'avenir d'un objet ne sont pas précisément déterminés." Cela est déstabilisant car pour le commun des mortels, quelque chose qui est passé est définitivement passé. D'ailleurs, DESCARTES, que HAWKING ne cite pas, écrivait que même Dieu de ne peut pas changer le passé. Or, la physique quantique nous explique que le passé est "un spectre de possibilités". HAWKING "vernacularise cela magnifiquement et qu'on se rassure, sans la moindre équation. Mais, n'exagérons pas, tout n'est pas compréhensible pour le profane.

   Dans le chapitre intitulé "La Théorie du tout", il aborde la gravitation, celle de NEWTON, puis celle d'EINSTEIN, en particulier cette dernière, la Relativité générale pour laquelle "...l'espace-temps n'est pas plat comme on le pensait jusque-là, mais courbé et distordu par les masses et l'énergie qu'il contient." Puis, il en vient à la question majeure de l'articulation entre Relativité générale et physique quantique ou plutôt de l'impossibilité jusqu'à ce jour de les rassembler en une seule et unique théorie, ce que certains nomment "la Théorie de la grande unification". Un peu comme si le monde macroscopique (marqué par la gravitation) n'était pas lié au monde microscopique (électromagnétisme, forces nucléaire forte et force nucléaire faible) alors qu'on voit bien qu'il est impossible de séparer l'infiniment petit de l'infiniment grand.

   Et HAWKING d'asséner, en fin d'ouvrage un dernier coup de marteau, à la Religion cette ou plutôt à la Théologie :

   "La création spontanée est la raison pour laquelle il existe quelque chose plutôt que rien, pourquoi l'Univers existe, pourquoi nous existons. Il n'est nul besoin d'invoquer Dieu pour qu'il allume la mèche et fasse naître l'Univers."

   Hum !...

   Ce "spontanée" pose quand même problème et recrédibilise un peu la philosophie et la théologie. Cela a l'air, à première vue, d'un argument d'autorité et non d'une démonstration scientifique, mais tel n'est pas le cas, HAWKING appuyant son propos sur un certain "Jeu de la vie, inventé, en 1970, par un jeune mathématicien de Cambridge du nom de John CONWAY". Ce serait donc un modèle qui nous aiderait à penser la réalité et la création de l'univers. J'ai eu beau lire et relire plusieurs fois les pages que l'auteur lui consacre, j'avoue humblement n'y avoir rien compris du tout.

   Mais en tout cas, en voici un ouvrage excitant pour l'esprit, même si les non-scientifiques n'en saisiront pas toutes les démonstrations...