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QUEL MOUVEMENT POLTIQUE MARTINIQUAIS AURA-T-IL LE COURAGE DE...

Raphaël Confiant
  QUEL MOUVEMENT POLTIQUE MARTINIQUAIS AURA-T-IL LE COURAGE DE...

  ...demander, réclamer ou exiger un référendum sur la question de l'indépendance de la Martinique ? Car la vraie problématique est là et nulle part ailleurs.

 Pour en finir avec d'une part, le CIRQUE ELECTORALISTE et d'autre part, le CIRQUE NOIRISTE, il est temps que le peuple martiniquais se décide enfin sur son avenir. Le système départementalo-assimilationniste mis en place en 1946 est mort. Plus exactement, il est en réanimation constante depuis au moins trois décennies. A coup de remèdes qui ressemblent à des cautères sur une jambe de bois : défiscalisation, perfusions financières européennes, prêts à taux zéro, zones franches partielles dans certains quartiers, aides au départ vers l'ailleurs pour les jeunes, RSMA etc.
 Tout cela n'a servi qu'à retarder l'échéance.
 Or, la Martinique est désormais en état d'urgence absolue. Les conséquences économiques et sociales de l'épidémie du Covid-19 viendront très bientôt créer une situation explosive : faillites d'entreprises en cascade, multiplication des licenciements, grèves et blocages plus fréquents et plus durs que d'habitude, inévitables affrontements ethniques etc...Le malade sera bientôt débranché que nous le voulions ou non et soit nous inventons un remède réellement efficace soit nous sombrerons dans la violence et l'anarchie. Si bien que les déclarations, débats et autres grandiloquences de nos "éminents historiens" pour savoir si Schoelcher était un humaniste ou pas, s'il a beaucoup fait ou rien fait pour faire advenir l'abolition, s'il fut un éminent combattant de l'émancipation ou un colonialiste et franc-maçon etc., relèvent purement et simplement de la posture et surtout de la diversion. A l'époque de l'ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe), au mitan des années 80 du siècle dernier, une imposante statue du Général De Gaulle, érigée à grands frais, au quartier Marie-Reine, dans la commune du Morne-Rouge, fut entièrement brûlée. Elle ne fut jamais reconstruite. Cette destruction a servi à quoi ? En quoi a-t-elle fait avancer les choses, ne serait-ce que d'un millimètre ?
 Il nous faut donc trouver un remède pour notre Martinique exsangue. Quel peut-être ce remède ?
 Il n'y a pas trente-six ni trente-douze-mille comme nous préférons dire dans notre langage à nous : l'accession à la souveraineté nationale. Elle seule pourra ouvrir la voix à un remodelage complet de la société martiniquaise car évidemment, cela signifiera la fin du biberon et des sucettes : subventions européennes, non contrôlées ou rarement contrôlées, aux Békés et autres gros patrons ; 40% de sursalaire des fonctionnaires ; allocations diverses et variées aux couches populaires ; prix de l'électricité plus bas et tutti quanti. Car la souveraineté a un prix et il est inacceptable de faire croire aux gens que tout sera COMME AVANT mais en BEAUCOUP MIEUX.
  Non, tout ne sera plus comme avant !
 Les Martiniquais devront compter d'abord et avant tout sur leurs propres forces, sur leur travail, leur courage, leur ingéniosité et ce faisant, inventer une société de sobriété et de partage. Car il y a un juste milieu entre la société de gaspillage actuelle et la société de misère dans laquelle vivent malheureusement un trop grand nombre de pays à travers le monde. La Départementalisation/Assimilation a fini par nous arracher à la société de misère et il faut avoir l'honnêteté intellectuelle de le reconnaître. Tous nos enfants vont à l'école et beaucoup à l'université ; nous disposons de routes, d'hôpitaux, d'établissements scolaires  assez corrects par rapport à la moyenne mondiale ; notre espérance de vie est de 77 ans pour les hommes et 84 pour les femmes contre 48 ans et 62 ans pour la moyenne mondiale etc...
 Mais cette Départementalisation/Assimilation nous a aussi plongés dans une effroyable société de gaspillage et surtout de non-partage dont ont surtout profité les Békés et dans une moindre mesure, la moyenne et petite bourgeoisie de couleur. Un peu plus de la moitié de notre population n'a jamais profité des réels avancées procurées par la Loi de 1946 et cela est inacceptable. Et cela, outre l'indécente voracité des couches aisées précédemment nommées, pour une raison fort simple : le gaspillage pour tous n'est pas possible. Beaucoup de foyers martiniquais disposent, par exemple, de deux ou trois voitures, mais si cela s'était étendu à toute la population, il aurait été impossible de circuler sur notre minuscule territoire. Et ne parlons même pas de cette non-économie, ce "mode d'improduction" (E. Glisant), plus couramment nommée "économie de comptoir" qui a remplacé l'économie coloniale !
  Seule une société de la sobriété et du partage peut donc nous tirer d'affaire et chacun sait bien qu'elle ne peut être sérieusement mise en œuvre que par les écologistes.
 Tous les partis politiques de part le monde, et donc ceux chez nous également, ont fini par s'approprier le discours écologique, mais de façon purement cosmétique. Cela fait bien de mettre une touche de vert dans son programme bleu (capitaliste), rose (socialiste), rouge (communiste) ou "noir" (panafricaniste) et ça ne mange pas de pain. En réalité, chacun, bleu, rose rouge ou noir, tente de faire accroire au peuple qu'il va ou qu'il peut améliorer son "niveau de vie" et augmenter son "pouvoir d'achat" (l'horrible expression !). Or, il faut désormais cesser de penser en ces termes car ces derniers impliquent que les ressources que nous offrent la nature sont inépuisables. Sans compter que l'exploitation desdites ressources conduit la planète tout droit vers un "effondrement" généralisé pour employer un terme à la mode.
 Une société de sobriété et de partage est tout à fait possible à mettre progressivement en place à la Martinique. A une condition : que les "bleus" (capitalistes), "roses" (socialistes), "rouges" (communistes) et autres "noirs" (panafricanistes) cessent de faire croire au peuple à des lendemains qui chantent et le pousse à voter pour eux. Seuls les "verts" sont en mesure de nous conduire sur cette voie et cela si le peuple accepte enfin de les mettre aux commandes du pays. Car élire un écologiste par ci par là ne sert strictement à rien. Il se retrouvera entouré de "bleus", de "roses" ou de "rouges" (et demain, peut-être, de "noirs") qui vont lui lier les mains au nom de la "croissance économique", du "niveau de vie" ou du "pouvoir d'achat". Il servira d'alibi et c'est que Nicolas Hulot a compris en démissionnant du gouvernement Macron.
 Mais, demandera-t-on, pourquoi ne pas envisager des alliances "bleus-verts", "roses-verts", "rouges-verts" ou "noirs-verts" ? La réponse est NON car cela a déjà été tenté dans beaucoup de pays à travers le monde et tous ceux avec qui les "verts" se sont alliés ont fini par phagocyter ces derniers. Les "verts" allemands, par exemple, les "Grünen", se sont alliés aux "roses", puis aux "rouges" et dans certains "landers" (provinces) aux "rouges", tout cela pour se retrouver réduits à l'état de faire-valoir de leurs partenaires. Il faut désormais des gouvernements ou des pouvoirs "VERTS-VERTS". L'écologie est l'universalisme du XXIe siècle comme la révolution prolétarienne fut celle du XXe et l'universalisme bourgeois occidental celui des XVIIIe et XIXe. 
 Une société "verte-verte", entièrement dirigée par des écologistes ne sera évidement pas un paradis. "Les verts paradis" existent chez les poètes, mais dans la réalité, il n'y aura jamais de Paradis vert. La société parfaite n'existe pas, sauf dans l'imagination de certains idéologues. Et pourquoi ? A cause de cette saloperie qu'on appelle "La Nature humaine" que les philosophes marxistes ont tenté de changer avec  leur (belle) utopie de "L'Homme nouveau". Sauf que cela ne marche que pendant une génération, rarement deux, et ceux qui sont prêts à descendre au fond d'une mine comme le Russe Stakhanov pour extraire deux fois plus de charbon qu'un mineur normal ou encore ces médecins, enseignants ou avocats cubains qui s'en allaient couper la canne à sucre pendant la "zafra" (récolte de la canne), cela n'existe que durant le bref laps de temps de l'une révolution victorieuse. Dès la deuxième ou troisième génération la "Nature humaine" reprend le dessus et comme aimait à le dire aigrement l'ancien président de l'Uruguay, Pepe Mujica : "Dès qu'on commence à sortir les gens de la pauvreté, ils ne pensent qu'à s'acheter un IPhone". L'ancien président brésilien, Lula, en a aussi fait les frais : alors qu'il avait extrait des millions de ses compatriotes de la misère avec la "bolsa familia", chose qui avaient permis à ces derniers de se nourrir correctement et d'envoyer leurs enfants à l'école, ils se sont empressés d'aller voter pour ce facho de Bolsnaro. La "Nature humaine" nous rend hélas tous idiots ! Car enfin, pourquoi dans un pays de 80kms de long comme la Martinique, avec un moignon d'autoroute où la vitesse est limitée à 110kms, s'acheter de grosses cylindrées à 60 ou 70.000 euros qui affichent 280kms/h au compteur ? Pourquoi se faire construire une piscine chez soi alors que nulle part on n'est à plus de 30kms d'une plage ? Pourquoi s'endetter à vie pour s'offrir un appartement à Paris, que l'on n'occupera qu'un mois par ans tant qu'on sera actif et six mois par an quand on sera retraité alors qu'il est bien moins onéreux de prendre une chambre dans un hôtel Ibis ? Pourquoi vouloir à tout prix "construire" c'est-à-dire découper 500 ou 1.000M2 de notre territoire si exigu afin d'y bâtir notre propre maison alors qu'il y a des milliers de maisons à vendre à travers la Martinique et cela pour tous les goûts ? Pourquoi etc...etc...
 Chaque peuple a sa propre facette de cette "Nature humaine". Notre facette à nous, Martiniquais, est le Compère-lapinisme, tactique de survie plus ou moins efficace au sein de la barbarie esclavagiste mais qui depuis l'abolition, s'est retournée contre nous même si nous refusons de l'admettre. En termes bruts ça donne ceci : "Je suis Français quand ça m'arrange et pas Français ou anti-Blanc quand ça ne m'arrange pas". Variante : je ressasse à longueur de journée qu'"il y a trop de Blancs en Martinique", mais dans le même temps, je suis supporter de l'OM (Olympique de Marseille) et j'ai un autocollant de ce club fièrement collé sur la vitre arrière de ma voiture.
 Il nous faut abolir le Compère-lapinisme. Ou au moins lutter pied à pied, sans complaisance aucune, contre lui.  
 Les Martiniquais ne sont pas des enfants, même s'ils ont trop souvent des comportements de "mendiants arrogants" (A. Césaire), et ils peuvent tout à fait comprendre tout ce qui vient d'être expliqué. Ils savent bien, en leur for intérieur, que la Loi de 1946 est obsolète. Ils savent bien qu'un jour, le robinet franco-européen se refermera. Ils savent bien que les Martiniquais ne sauraient demeurer les derniers colonisés de la planète en plein XXIe siècle. Ils savent que tôt ou tard, ils devront prendre leur destin en main. Sans haine de l'ancien colonisateur. Sans discours haineux contre les Blancs. Sans noirisme imbécile (non, ce ne sont pas les Pharaons qui ont construit les pyramides mais des milliers d'esclaves et une pyramide, c'est un tombeau pour le Pharaon et sa famille tandis que lesdits esclaves sont des morts sans sépulture. Pharaons, empereurs, monarques, rois, beys et autres chefs traditionnels = pouvoir héréditaire. Et donc l'exact contraire de la démocratie ! Les vénérer comme le font les noiristes en dit long sur leur projet de société).
 Il nous faut donc, tôt ou tard, prendre notre destin en main comme l'ont fait depuis un demi-siècle déjà des pays de taille et de population comparables aux nôtres : Sainte-Lucie, Barbade, Grenade, l'île Maurice, le Cap Vert, Fidji, Sao-Tomé-et-Principe, ou les Seychelles et tant d'autres. Oui, TOT OU TARD ! Alors, aux Martiniquais de choisir entre "tôt" et "tard". Plus ils choisiront la première solution, "tôt" donc, mieux ils seront en mesure de construire une société entièrement différente de celle de gaspillage et de non-partage dans laquelle on les a plongés. Si, par contre, ils laissent continuer les choses en l'état, privilégiant le "tard" donc, plus le défi sera difficile, voire impossible, à relever.
 Et évidemment choisir le "tôt" signifie logiquement l'organisation d'un référendum sur l'indépendance...
 (NB. Il ne s'agit pas d'une proposition farfelue. Le 27 juillet 1989, lors d'une conférence de presse à Pointe-à-Pitre, l'un des principaux leaders de l'ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe), réclamait déjà "un référendum sous l'égide d'instances internationales sur l'indépendance de la Guadeloupe". Cette proposition était valable aussi pour la Martinique et la Guyane puisque l'action de ce mouvement révolutionnaire s'est développée dans les trois dernières colonies françaises d'Amérique.)
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