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Une équipe d’ethnologues découvre le dernier militant de la LCR encore en activité

Une équipe d’ethnologues découvre le dernier militant de la LCR encore en activité

On connaissait l’histoire de ces soldats japonnais qui poursuivirent la Seconde Guerre Mondiale des années après l’armistice, cachés dans les jungles du Pacifique. L’histoire est ici assez similaire : José De Hoñoda, militant de la Ligue Communiste Révolutionnaire vient d’être retrouvé dans un village abandonné du sud de la France. Il militait seul et coupé du monde depuis 1988.

Besancenot, Poutou ou NPA sont des noms inconnus pour José. Avant ce 24 juin 2019 le dernier groupe militant avec qui l’homme des bois eut des contacts remontait à mars 1988. A cette époque, José est établi dans une scierie située à proximité du village de Sainte-Eulalie-des-Causses, quelque part entre la Lozère et l’Aveyron. Lorsque l’usine ferme, ses camarades de cellule décident de retourner en ville. Lui reste, afin dit-il, « de maintenir une activité subversive et d’alimenter les luttes ». Il disparaît alors des radars pendant trente-et-un ans. Mais comment a-t-il été retrouvé ?
 

C’est l’équipe du professeur Fabien Mülder, du département d’ethnologie politique de l’université de Montpellier qui a retrouvé la trace du militant trotskyste. « Nous sommes très attentifs aux légendes urbaines locales », nous explique la co-responsable du projet, Danielle Sculie. « Nous recueillons par exemple les témoignages des gens affirmant avoir vu des spectres autour des usines, poursuit-elle. C’est la plupart du temps des militants de Lutte Ouvrière en chair et en os qui font leur boulot, mais on ne sait jamais. ». Le professeur Mülder complète : « Nous collectons également des photos des slogans gauchistes peints sur les murs. C’est comme ça qu’on a commencé à remonter la piste de José. Des « Pinochet Assassin » datant de la fin des années 2000 nous ont donné des indices. En 2016 une équipe d’étudiants part alors sur les lieux et commence une minutieuse enquête de terrain. Finalement, la cinquantaine d’ habitants de Sainte-Eulalie-des-Causses raconte qu’un homme hirsute descend une fois tous les trois ou quatre ans de la montagne pour distribuer des tracts ronéotypés siglés du logo de la Quatrième Internationale.



 



Mais l’homme ne se laisse pas facilement approcher. Les ethnologues vont alors user d’un stratagème. Des autocollants d’Occident vont être reconstitué en laboratoire puis collés un peu partout dans un rayon de trois kilomètres autour du village. L’instinct antifasciste du militant LCR va le pousser à tous les arracher. Des caméras infra-rouge vont alors remonter sa trace. Un premier contact a lieu en avril 2019 avec Danielle Sculie. Mais José suspecte un « coup-monté des fachos » et refuse de toute façon de discuter avec « une greluche qui n’y connaît rien en politique » (sic). Rendez-vous est donc pris le 24 juin dernier avec le professeur Mülder accompagné d’un ancien camarade de José, François D. aujourd’hui conseiller régional PS. Le militant se montre très intéressé par le portrait de notre société que lui présente le professeur. « Et Juquin ? Il a fait combien aux présidentielles ? » telle est l’une des premières questions que pose José De Hoñoda, désormais âgé de soixante-et-onze ans.



 



« C’est une découverte extrêmement rare, précise F. Mülder, le dernier cas remonte à 2003 lorsque nous avions retrouvé un couple de militants du PSU caché dans une cave près de Grenoble. Nous suivons encore la piste de ce groupe de militants de la Cause du Peuple disparu en 1978 lors d’une Longue Marche en Guyane, mais il y a peu de chance de les retrouver vivants. »



 



A Sainte-Eulalie-des-Causses, à la demande de José, Alain Krivine serait attendu en fin de semaine pour l’autoriser à cesser enfin son travail d’implantation. 
 

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