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Dépendance, indépendance, interdépendance

V. LES STRATEGIES DE SAUVEGARDE DE LA MARTINIQUE ET LEURS INSUFFISANCES : LA STRATEGIE INDEPENDANTISTE

par Jean Bernabé

Dans un monde marqué par une crise financière des plus inquiétantes et, au surplus, médiatiquement « surjouée », ainsi que par une perte générale des repères et des valeurs, liée à la mondialisation, les Martiniquais – quoi d’étonnant à cela ? – préfèrent s’accrocher à ce qu’ils ont ou croient avoir plutôt que de viser des changements (qu’ils soient radicaux ou seulement limités comme ceux visés par le 74 !). Ces changements apparaissent d’autant plus comme des chimères (ou des épouvantails) qu’aucune {{simulation}} n’est mise en œuvre pour les rendre crédibles, opérationnels, vivables. Aujourd’hui, l’indépendance ne peut être pensée en dehors d’une approche géopolitique renouvelée et bien différente de celle qui pouvait prévaloir dans les années 1950 et 1960. Certes, les indépendantistes martiniquais sont passés de la postulation archaïque, que j’appelle dessalino-fanonienne, au pragmatisme en cours que je qualifie de marie-jeannien. Mais la mutation géopolitique ne s’est pas vraiment réalisée dans toute l’ampleur exigée par le train du monde tel qu’il va et dont tout un chacun a du mal à comprendre où il peut bien aller !

Il est totalement absurde, pour récuser, à la manière de certains, la notion d’indépendance appliquée à notre pays, de dire que tous les pays sont interdépendants et que, de ce fait, aucun n’est vraiment indépendant. C’est là une manifestation de la langue de bois. Il y a en effet, représentés à l’ONU, un nombre parfaitement répertoriés d’Etats-membres, qui constituent autant de nations indépendantes. Point, barre ! Cela dit, la notion d’indépendance de facto reste une notion éminemment relative. De plus, toute désaffiliation suppose une nouvelle affiliation, car l’on sait bien que le neutralisme est un vœu pieux qui, en réalité, cache beaucoup d’hypocrisie, de volontarisme inefficace et de distorsion de la réalité. La prétention la Suisse à la neutralité est soit une farce soit une imposture. L’absence totale de scénario de la nouvelle affiliation possible ou probable d’une Martinique indépendante rend peu attractif, voire peu crédible auprès des larges masses le message de l’indépendance. Autrement dit, l’indépendantisme, qui est en soi une valeur fondamentale faite de la haine de la dépendance, du rejet de la sujétion et de l’aliénation qui s’ensuit, se trouve en quelque sorte « plombé » par l’incapacité ou plutôt la difficulté actuelle des indépendantistes à générer une simulation fondée sur des bases géopolitiques cohérentes et rénovées. Ce déficit de {{projection}} et de{{ scénarisation}} incombe en fait, autant à la pensée indépendantiste elle-même qu’à l’extrême complexité et opacité de la donne géopolitique ambiante. Fini le simplisme binaire de la guerre froide, simplisme au terme duquel Cuba, à quelques milles des USA, a héroïquement choisi le camp soviétique, censé être un camp anticapitaliste, un camp communiste, alors que le régime économique de l’URSS n’a jamais été autre chose qu’un capitalisme d’Etat. Le fonctionnement actuel de la Chine montre bien que l’on peut allier totalitarisme politique et libéralisme économique, monstre qui aurait probablement horrifié Marx. La chute du mur de Berlin et les énormes difficultés qui en ont découlé pour l’économie cubaine ne sont pas pour susciter un attrait de la population martiniquaise de base pour l’indépendance, quand celle-ci devient dépendance à un camp, et ce, compte tenu de la propagande anti-castriste, qui continue à opérer sournoisement ou plus franchement, selon les canaux utilisés. Il ne faut pas sous-estimer ces données dans la formation de {{l’indépendantophobie}} manifestée par l’électorat martiniquais.

Il n’est pas non plus interdit de se poser la question de savoir si une nation simplement autonome par rapport a un Etat donné ne peut pas avoir des marges de manœuvres bien plus importantes que tel pays indépendant soumis, par le jeu des forces de la mondialisation, à des pressions et des contraintes particulièrement aliénantes. En d’autres termes, quel territoire, par exemple, a le plus de marge de manœuvre : le pays basque espagnol ou bien la Jamaïque ? La Catalogne ou bien l’Île Maurice ? Pour les politologues, difficile question, en vérité, dont la réponse est indécidable, tant les paramètres en sont multiples et complexes. Cela dit, les peuples, eux, ont en général des réponses instinctives qui ne s’embarrassent pas d’a priori méthodologiques. La politique, loin s’en faut, n’est pas affaire d’expérimentation scientifique !

La plupart des partis indépendantistes martiniquais ont, me semble-t-il, confondu {{projection}} vers le futur et {{anticipation}}. Ainsi leurs mots d’ordre sont ordinairement favorables à la participation aux élections locales (municipales, régionales, cantonales, dans un premier temps, puis législatives, quand il s’est avéré que les postes de députés étaient à leur portée) mais ils récusent à ce jour toute intervention dans les élections dite « nationales françaises ». Le premier point, en plus du fait qu’elle est de type schizophrénique, implique une confusion des enjeux politiques locaux actuels avec ceux d’une collectivité autonome qui, je le redis, devrait pour être efficace rompre structurellement d’avec l’actuelle configuration du département-région (assignant aux communes une vocation féodale). Quant au deuxième point, le refus de participer aux élections dites « nationales françaises », les indépendantistes le justifient par la volonté de ne pas « s’ingérer dans la vie politique d’un autre Etat ». C’est là une anticipation pour le moins aventureuse. Cela peut passer pour une marque de fierté nationale, voire d’orgueil. À moins qu’il ne s’agisse là que de simple cohérence doctrinale. En effet, à y regarder de plus près, les indépendantistes, compte tenu de leur logique interne, ne me semblent pas avoir tort d’adopter cette distance d’avec les échéances nationales françaises, car il y a lieu de craindre que l’indépendantisme ne se voue lui-même au dépérissement s’il ne recherche pas le moyen symbolique de tracer une frontière entre un « domaine national français » et un « domaine national martiniquais », ce dernier fût-il en gestation ». Seule la postulation de cette frontière peut légitimer le refus de voter lors des présidentielles.

Ce qui paraît incongru, c’est que l’argument du refus d’ingérence ait pu s’assortir sinon d’une timidité du moins d’un manque d’empressement à critiquer le pouvoir dans sa politique quotidienne, comme si la politique de l’Etat français n’avait pas de répercussion sur la politique martiniquaise. Quand on constate que cet « autre Etat » est précisément la France, métropole actuelle de la Martinique, on en reste interloqué. Bref, nous avons affaire là à un surprenant déni de la réalité, justifié par des motifs tactiques. Non seulement ce choix tactique risque de conduire à assimiler l’indépendantisme à un fantasme, mais encore, loin de rapprocher l’indépendance désirée, il ne fait que l’éloigner. Car, de deux choses l’une : ou bien le pouvoir d’Etat est colonialiste ou il ne l’est pas. S’il ne l’est pas, la notion d’indépendance s’abolit d’elle-même et il n’y a pas lieu d’en entretenir la flamme ! Si, au contraire, il l’est, la lutte ne devrait souffrir aucun distinguo dilatoire !

La formulation particulièrement insidieuse des questions afférentes à la récente consultation a été si favorable aux « nonistes », qu’on pourrait s’imaginer que tout ou partie du camp « noniste » a conclu un deal secret avec le chef de l’Etat. Cela, nous pouvons le conjecturer, mais nous n’en aurons jamais la certitude. Par contre, il semble qu’il y ait eu une « négociation » implicite et par conséquent tacite entre le Chef de l’Etat et les partisans du OUI au 74. Je prends bien soin de mettre entre parenthèse le mot « négociation » afin de ne pas accréditer l’idée qu’il y ait pu y avoir des pourparlers particuliers entre les partisans du OUI et l’Etat. Les choses se sont passées à un niveau subliminal. S’accompagnant dans les mois qui ont précédé la consultation des 10 et 24 janvier 2010 d’arrière-pensées tactiques, l’attitude de non ingérence, sauf mésinterprétation de ma part, a donné lieu à ce que je n’hésite pas à qualifier de « moratoire » dans la critique, notamment, du gouvernement sarkosyste. Motif non avoué parce que difficilement avouable : éviter de heurter le pouvoir et gêner la « négociation ». Résultat : il y a eu « négociation » avec le pouvoir et ce dernier, qui, bien entendu, avait toutes cartes en mains a « couillonné » ceux qui croyaient qu’en « mollissant » tactiquement, ils allaient obtenir satisfaction : une consultation à double détente inscrite dans un calendrier contraire à toute volonté d’information véritable a eu le résultat escompté par son metteur en scène. Le projet de réforme BALLADUR prévoyant de confondre en une seule et même personne le représentant de la Région et du Département, il est clair que dans le cas d’une région monodépartementale comme la Martinique, cette configuration ressemble à quelque chose qui s’appelle « assemblée unique », sans être exactement cela ! Deux consultations, un vrai cirque électoral, pour aboutir à un résultat purement cosmétique qui ne fait qu’anticiper une disposition déjà mise en perspective. Exactement le résultat voulu par le chef de l’Etat ! Belle opération de prestidigitation politique. Salut l’artiste ! N’étant pas devin, j’ignore si les pratiques du mouvement du 5 février 2009 (proche du LKP de Guadeloupe) seront à terme efficaces, mais je suis convaincu qu’elles sont une source d’inquiétude pour le pouvoir, parce que ce dernier n’aura pas été en mesure de mettre en œuvre à leur endroit le même type de manipulation. Rien ne semble donc justifier un fléchissement, fût-il tactique, dans la lutte quotidienne contre le pouvoir, si du moins on le considère comme hostile aux intérêts du peuple martiniquais.
Su ce point précis, le comportement tendanciel des indépendantistes, toutes choses égales par ailleurs, n’est pas en soi fort différent du moratoire césairien de 1981, même si une telle assertion est de nature à choquer plus d’un. Cela ne m’empêchera pas de faire les analyses qui me semblent devoir être faites, dans le but de contribuer, dans la mesure de mes moyens, au développement de notre peuple. À mes yeux, ce qui est critiquable en soi, ce n’est donc pas le moratoire, disposition qui, en son temps, fut tellement reproché à Césaire. Un mouvement militant a en effet le droit souverain, à un moment donné, d’ouvrir une parenthèse. Ce qui est critiquable, c’est le fait de compter sur la « bonne intelligence », même subliminale, avec l’Autre, l’adversaire, pour la réalisation de ses propres désidératas, de ses objectifs politiques. Césaire avait cru ou avait voulu croire, en effet, que le socialiste Mitterrand allait initier l’autonomie telle que lui, Césaire, la concevait, alors que le nouveau président de la République française ne lui a offert que la participation à une décentralisation générale comportant plus d’effets pervers que d’avancées utiles au peuple martiniquais. Conclusion : le renard socialiste a « couillonné » le corbeau progressiste humaniste, au beau plumage noir ! C’est souvent ce qui se passe quand on est en position de faiblesse. La question se pose alors de savoir ce que nous devons faire pour nous trouver en position de force !

La stratégie de la « bonne intelligence » avec les représentants de l’Etat, il faut le rappeler, a été de nouveau remise à l’honneur dès la fin des années 1990 dans les rapports de la gauche martiniquaise avec la ministre de l’Outre-Mer, Madame Girardin, personnage à qui il faut reconnaître un certain doigté et une réelle aptitude au dialogue. De même, bien des indépendantistes ont, tout récemment, voulu se persuader que cette fameuse « rupture » préconisée tous azimuts par Sarkozy allait amener ce dernier à « comprendre » la situation martiniquaise et à mettre un terme à l’immobilisme statutaire. Il faut nuancer le propos et indiquer que tous les partis de la gauche n’ont pas donné dans cette erreur, loin s’en faut : il en est même qui n’ont pas tari de critiques quotidiennes envers la politique du pouvoir, tandis que d’autres ont jugé plus politique de mettre la sourdine. Dans les milieux autonomistes, cette tendance a pu être notée, sauf pour le PCM, parti prolétarien ou encore parfois la FSM, laquelle, on le sait, modèle son discours sur celui de la « Centrale » de la rue de Solférino, fondamentalement inscrite, pour des raisons d’opposition systématique, dans une rhétorique anti-Sarkozy. Avec ou sans moratoire, il ne semble pas cohérent d’arrêter ou de suspendre, même provisoirement – l’espace, fît-il bref, d’un espoir « mal papay » – la lutte revendicative pour ce que les Martiniquais croient être l’émancipation sociale et politique, même et surtout si l’adversaire, sarkoziste ou autre, s’identifie à l’Etat et cela, pour autant, bien sûr, que l’action dudit Etat s’avère délétère ! Car il n’y aurait aucune raison de ne pas dialoguer sur un mode coopératif avec un Etat qui manifesterait une volonté affirmée et non équivoque de régler les problèmes qui obèrent le développement de la Martinique. A cet égard, on se plaît à espérer que rien de ce qui s’est passé à la dernière consultation n’est dépourvu de leçons pour l’avenir.

Une autre critique, de nature différente des précédentes, relève du fait que le mouvement indépendantiste n’a pas su ou n’a pas voulu mettre en œuvre de manière ouverte et explicite la notion de « {{compromis historique}} » du marxiste italien Gramsci, selon qui, à un moment donné, il convient, sinon de renoncer à ses principes, du moins de les adapter à la réalité du pays. Le passage de « l’indépendance tout de suite » à l’autonomie tactique n’a, en effet, rien de honteux ni d’humiliant en soi. Il n’a cependant jamais été présenté autrement que sous forme de non dits plus ou moins suggestifs. Cela s’explique probablement par le fait que les indépendantistes adeptes du 74 n’avaient pas pris, avant cette dernière consultation, la mesure de {{l’indépendantophobie}} de l’électorat martiniquais, sentiment dont le niveau était masqué par le jeu presque égal du OUI et du NON, lors de la consultation de décembre 2003. C’est vrai que les plus optimistes des indépendantistes, bien avant les prises de position décisives en, la matière de certains partis de gauche pour le NON au 74, ne pouvaient imaginer, 7 ans après, un tel tsunami « noniste ». Il faut dire que la droite départementaliste et la gauche autonomiste, objectivement alliées, n’avaient pas davantage prévu une telle vague.

La notion de {{nation martiniquaise}} (je le redis notamment à l’intention d’une droite martiniquaise appelée à se transformer sous le coup de la nouvelle conjoncture, mais que ce concept effraie encore passablement) n’implique en rien le séparatisme, pas plus d’ailleurs qu’elle ne l’exclut. Il existe des nations sans Etat, et si l’indépendance peut être jugée souhaitable par certains, elle n’est pas en soi indispensable à l’assomption de la nation. Mais la nation, elle, est une nécessité. Pour cette raison, le fait que s’agissant de la Martinique, cette notion puisse et doive même être assumée par l’éventail politique le plus large me paraît une des bases les plus porteuses d’une véritable rénovation de la politique martiniquaise. Si ce {{minimum identitaire commun}} n’est pas atteint, on pourra s’autoriser à douter de la sincérité de ceux qui prétendent que leur action est au service d’une communauté martiniquaise inscrite, selon eux, de façon harmonieuse dans la nation française, je veux parler, on l’aura compris de la droite. Sans ce minimum-là, il n’y a guère de vraisemblance que les forces vives de la communauté martiniquaise se sentent motivées à lutter pour son propre développement, soit en liaison avec la nation française, soit en rupture d’avec elle. Pour désigner les Martiniquais, il faut aller plus loin que les termes de « communauté », de « peuple » et accréditer celle de « nation ». Seule cette dénomination, assumée par le plus grand nombre redonnera à l’ensemble des citoyens de ce pays la confiance en son destin. Le sentiment national ne se confond pas avec le nationalisme. Ce dernier sentiment s’exprime bien souvent sous forme de xénophobie même en l’absence de sentiment national. Vouloir occulter la nation martiniquaise par peur des dérives perverses d’un nationalisme martiniquais relèverait d’une sorte de politique de gribouille.

J’ai dit précédemment que l’enjeu actuel est de prendre à bras le corps la question de l’autonomie comme étant la {{question martiniquaise}} la plus pertinente de l’heure, ce qui la rend absolument prioritaire. On n’est pas si naïf que de croire à un front ! Cette autonomie sera abordée de façon différente par des partis différents, mais la thématique n’en doit pas être diluée. Les indépendantistes ne doivent pas l’abandonner aux seuls partis actuellement étiquetés autonomistes. Les indépendantistes et les autonomistes ne doivent ni s’étonner ni s’inquiéter de ce qu’une partie de la droite pourrait bien assumer la nation martiniquaise. Cela conduira assurément à un vrai branle dans le paysage politique. Après les prochaines élections régionales on verra si et comment cette thématique sera mise en avant comme une donnée à rendre incontournable. Même si pour le mouvement indépendantiste, l’autonomie est une donnée tactique, il devra lui aussi, lui surtout, s’atteler non seulement à la promotion de ce statut, mais aussi à son {{illustration scénarisée}}, dans une projection instructrice pour les larges masses. Les masses constituent la caisse de résonance à laquelle doit s’accorder l’imaginaire du changement. Il s’agit là d’une urgence démocratique, l’électorat ayant exprimé en un temps T son refus de l’indépendance. {{L’autonomisme circonstanciel}} {{(*)}} doit céder la place à un {{autonomisme de compromis}}, qui ne soit pas une marque de {{compromission}}. Comment pourrait-il l’être, alors qu’il y va de l’intérêt supérieur du peuple martiniquais ? Même si l’actuel électorat ignore ou veut ignorer encore cet intérêt. Le mouvement indépendantiste, dans toutes ses composantes, devra avoir à cœur de mettre en exergue jusque dans les moindres détails les {{règles éthiques}} devant présider à la gouvernance d’une collectivité autonome martiniquaise ainsi que toutes les novations systémiques qui pourront la rendre crédible, efficace, gagnante pour une véritable sauvegarde et promotion du peuple martiniquais. Il ne sera pas mauvais qu’une compétition s’instaure entre tous les partis du mouvement pour pousser le plus loin possible les propositions pour une autonomie qui soit véritablement source de progrès.

L’échec, dans ce qu’il peut avoir d’objectif, à la dernière consultation sur le statut ne doit pas ouvrir la voie à la torpeur, au doute, à l’effritement. L’indépendantisme, désormais débarrassé de ses impédiments archaïques (il faut du moins le lui souhaiter) doit être, plus que jamais, soucieux d’un perpétuel aggiornamento. En effet, je n’hésite pas à dire qu’il représente ce que le pays peut produire de contestation la plus avancée des pratiques d’Etat, quand ces dernières sont contraires au progrès. À ce titre, il porte le flambeau de la lutte contre l’aliénation politique, sociale et culturelle. Il est et doit demeurer la conscience éclairée et éclairante de nos pays. Il en a les ressorts psychologiques et les ressources intellectuelles. À quoi s’ajoute l’expérience d’un échec qui, sous certaines conditions, pourra se transmuer en atout. Bref, s’agissant du combat pour l’autonomie, la mouvance indépendantiste doit maintenant mobiliser ses {{ressources citoyennes}} en friche, intensifier ses {{projections}} pour un imaginaire lui-même mobilisé pour une gouvernance optimale… et crédible de notre pays ! Il appartient à tous les hommes politiques qui se veulent de progrès d’ajuster leur logiciel idéologique et politique aux nécessités de l’heure, sans pour autant faire la sourde oreille aux appels exigeants de demain, Ce sont ceux de la jeunesse d’aujourd’hui.

{{(*)}} Je dis « circonstanciel », en ce sens que{{ l’autonomisme objectif mais tacite}} des partis indépendantistes n’a pas fait l’objet d’un projet assumé et porté par une programmation adéquate. Cela est normal, puisqu’ils ne se sont jamais auto-labellisés autonomistes, ce qui d’ailleurs eût été en contradiction avec leur posture. Ce qui fait que, paradoxalement, tout en étant dépendant des circonstances politiques (consultation sur le statut), le contenu de cet autonomisme n’était pas véritablement {{circonstancié}}, je veux dire : en phase avec un projet mûri s’exprimant dans un programme adéquat. Les autonomistes, eux non plus, n’ont pas eu pour la dernière consultation un projet en rapport avec leur idéologie. Cela, probablement, parce qu’eux aussi ont été pris de court par la conjoncture crée par le vote du congrès, un vote dont il faut reconnaître que, paradoxalement, il nous aura fait avancer sur la voie de la responsabilité collective. Bref, tout le monde a fonctionné dans une relative improvisation imputable au fait qu’aucun parti ne détenait les clés du « jeu » politique, entre les mains du chef de l’Etat. Les responsables (Marie-Jeanne et Lise) de la nouvelle conjoncture où nous sommes, ouverte à toutes les recompositions doivent être félicités sans aucune réserve d’avoir permis ce que j’appelle une avancée encore inconsciente d’elle-même de la pensée politique martiniquaise. L’avatar que nous sommes en train de vivre n’aura constitué une régression que si nos forces vives de gauche et de droite perdent espoir en elles-mêmes. La vie d’un ensemble humain, d’un groupe, d’une communauté, d’un peuple, d’une nation, est faite d’essais et d’erreurs, d’avancées et de reculs. N’allons pas nous imaginer que l’Histoire a un sens univoque dont on n’aurait plus qu’à tirer les conséquences. Ne nous comportons pas en prophètes du passé qui ne se rendraient pas compte qu’ils ne font que théoriser abusivement (selon leurs propres désirs) et après-coup la réalité.

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Dépendance, indépendance, interdépendance

VI/ Réflexion générale sur une nouvelle dynamique du jeu politique

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